MA FÊTE DES PÈRES DANS LES MONTS DU FOREZ


Elle avait commencé sous les meilleurs hospices et avait tout pour être bénie puisqu’une soeur de ND de l’Ermitage m’avait préparé un copieux petit déjeuner dès sept heures du matin et que l’aumônier avait tenu à me souhaiter bonne route avant la méditation matinale à l’oratoire avec les religieuses. Muni d’un solide casse-croute, je me mis en route avant huit heures mais fis une courte halte à la fontaine réputée être miraculeuse selon les fidèles ( mais pas les autorités ecclésiastiques), devant le sanctuaire dédié à ND de l’Ermitage (jadis, puisque cet endroit est lieu de pèlerinage depuis le onzième siècle, ND du désert) et en remplis ma gourde. Je ne saurais conclure quant aux vertus supposées de cette eau mais elle était en tout cas merveilleusement fraiche et agréable à boire. Je ne puis après tout exclure qu’elle ait joué son rôle dans le prodige de cette étape. Elle fut en effet prodigieuse, du début jusqu’à la fin.

La montée depuis l’Ermitage, puis le chemin de crête tant qu’il resta à une altitude compatible avec la persistance des bois, se firent dans une forêt NATURELLE, situation dont j’eus peu l’occasion de profiter depuis mon départ. Ici, se mélangent en quantité variable selon l’exposition, le terrain et l’altitude, des arbres à feuillage persistant (sapins, épicéas, mélèzes, différents types de pins, genévriers, etc) et à feuillage caduque (hêtres, bouleaux, charmes, trembles à ce qu’il me semble, alisiers, sorbiers, etc) qui deviennent, plus hauts, de petits arbustes ne laissant jamais toute la place aux conifères. Nous sommes ici dans la coopération qui est le milieu naturelle de la vie, à mille lieux de ces mortifères plantations de Douglas avec lesquelles je ne parviendrai jamais à me réconcilier. Ici, une pelouse diversifiée et fleurie, des myrtilliers, des clairières d’herbes accueillantes au promeneur à l’heure de la pause. Là, un parterre acide et stérile envahi dès qu’il pleut par une boue que le sol devenu étanche n’assèche plus. C’est dans ces bois clairs et gais que je m’arrêtais pour déguster “l’en-cas” des soeurs. En cas de départ pour les terres lointaines des actions missionnaires dont religieux et religieuses de la Salette se sont fait une spécialité, m’a-t-il semblé tant le picnic léger que j’avais demandé était en fait un pantagruélique casse-croute que j’avalai pourtant affalé dans l’herbe avant de commencer de le digérer à l’occasion de la première sieste post-prandiale autorisée par le temps où la nature du terrain depuis mon départ des Ardennes.

Ensuite, vers mille quatre-cents mètres, les arbres se firent rares, le terrain et la vue se dégagèrent au dessus d’un tapis persistant où les pensées sauvages, les pâquerettes, les boutons d’or, les feuilles de gentiane et même du muguet très tardif, encore en grain, parsemaient les parterres de myrtilliers et de bruyère fleurie. Ici et là des arbustes persistaient, isolés ou en boqueteaux; ils donnaient à la steppe des cimes foreziennes un aspect aimable qui, avec la multiplicité des plans au lointain et, en ce beau dimanche de juin, la ronde de petits nuages proprets plus décoratifs que menaçants, composait l’un de ces paysages auquel je suis si sensible. Quand je parle de sensibilité, d’autres corrigeront peut-être en avançant le terme de sensiblerie. En effet, j’ai la larme rare dans l’adversité et facile quand l’émotion que crée la beauté m’étreint. À dire vrai se mélange toujours à ces pleurs de joie un peu de tristesse : j’éprouve en effet alors un chagrin infini de pas pouvoir partager le bonheur que je ressens avec qui j’ai aimé et aime et qui n’est plus. C’est que cette dilatation de l’âme que l’on observe seul se partage pourtant, elle est don et quête qui requièrent un autre, ici ou ailleurs, prêt à recevoir ou à donner. Son absence me laisse alors un peu orphelin.

 

Axel Kahn, le seize juin 2013.

 

 

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5 thoughts on “MA FÊTE DES PÈRES DANS LES MONTS DU FOREZ

  1. Bien sûr on peut comprendre ton chagrin mais n’oublies pas qu’avec les récits et les magnifiques images que tu donnes, tu diffuses beaucoup de bonheur .
    Avec toutes mes fidèles pensées

  2. Bonjour,
    L’atlas de la France installée sur mon bureau, je suis votre voyage déja impressionnant par la longueur du chemin parcouru.Les descriptions des paysages titillent l’envie de retrouver nos belles campagnes, les vacances approchent.Les fleurs décrites nous indiquent un terrain plutôt granitique, vous serez bientôt au pays des volcans du Velay
    C’est un plaisir de suivre vos récits, photos et également les commentaires des internautes, qui ne manquent pas d’umour parfois.

  3. Bonjour AXEL,
    randonneur de moindre envergure que vous,j’aimerai savoir comment vous solutionnez la cartographie (emport des cartes,renouvellement de celles-ci au cours de votre progression) que vous consultez pendant votre périple,et quelle échelle utilisez-vous 1/25000 ou 1/50000.
    Merci de votre réponse,et mes encouragements pour la suite.

  4. Quand mes pensées m’entrainent vers un passé qui s’ en est allé je repense à cette phrase” on croit que tout est fini mais alors il ya un rouge-gprge qui se met à chanter”
    Metci grâce à vous je voyage je suis moins seule.

  5. Salut Axel, avec gd sourire, vigoureuse poignée de mains droites et tapes des gauches sur les épaules droites!
    Lendemain de fête des pères.
    J’ai été fraternellement ému par ton micro-blog d’hier. Mes 2 cadets jumeaux m’ont aussi souhaité une bonne fête; pas mes aînés, qui eux ne téléphonent jamais, mais sont tj adorables qd on se voit…
    A la lecture du résumé de tes tristes impressions et réflexions économiques, je me suis dit:
    1°) Clouterie ardennaise, fonte lorraine…: nécrologie de la 2ème révolution industrielle (si la 1ère a été textile); Thomson: nécro de la 3ème (biens manufacturés de masse); quel relais maintenant ds ces régions? Une nouvelle agriculture? Ca sent un peu le “retour a la terre”…Le tertiaire de pointe? Mais qu’irait-il faire ds ces régions? Vastes préoccupations, derrière la macroéconomie de l’emploi…
    2°) Le kmd AK porte tj en son coeur et ses neurones aiguisés le souci des conditions de vie de ses concitoyens: bonne nouvelle! Peut-être ses pas (physiques et politiques) le ramèneront-ils “plein d’usage et raison” vers un Quartier Latin en déshérence de représentation politique respectable et progressiste?
    J’espère que tu passes entre les grêlons et les gouttes les plus redoutables,
    J’ai une tante a Vichy; je me souviens du Mayet de Montagne.
    Salut et Fraternité tj aussi obstinés et amicaux,
    F B

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