MAI 2012, OCTOBRE 2015. POLITIQUE AUJOURD’HUI À LA LUMIÈRE D’HIER


Il y a quatre ans et demi, François Hollande était élu Président de la République. Aujourd’hui, après déjà deux élections perdues (municipales, puis européennes) et à un mois et demi d’un scrutin régional où ce serait une divine surprise que la gauche conserve plus de trois ou quatre des nouvelles régions (Grande Aquitaine et Grand Languedoc, sûrement ; Bretagne, c’est jouable ; Île de France, c’est loin d’être joué), tous les sondages témoignent de la grande difficulté rencontrée par la gauche dans la perspective des élections de 2017. Dimanche, pour la première fois, un sondage publié par le JDD a proposé qu’en cas de duel de deuxième tour entre le Président sortant et Marine Le Pen, cette dernière l’emporterait très nettement. J’espère sincèrement que ce sondage sera contredit bientôt sans cela cette possibilité entrainerait une désertion massive des électeurs encore fidèles de François Hollande qui voudraient avant tout éviter un tel désastre. Il m’a semblé intéressant de me replonger dans les réflexions que m’inspirait la situation en 2012,  publiées dans “Un chercheur en Campagne, Paris, Stock, 2012″.

La victoire, joie et inquiétudes le sept mai 2012

                Au terme d’une campagne éprouvante, François Hollande était élu septième Président de la cinquième République française par 51,64% des suffrages contre 48,36%. Les votants atteignaient 85,35% des inscrits mais les bulletins blancs ou nuls s’élevaient à 5,82%, le double du chiffre habituel pour un second tour. Le vainqueur l’emportait au total sur son adversaire avec une avance indiscutable de 1.140.000 voix. Pourtant, derrière la satisfaction d’une victoire arrachée de haute lutte, je ne pouvais – et ne peux – sceller une sourde inquiétude. De la situation économique du pays, bien sûr, de l’ampleur de la tâche à entreprendre pour le nouveau président et son futur gouvernement, s’il gagnait les législatives. Mais aussi de la situation politique et psychologique du pays qu’indiquent les résultats. Certes, Marine Le Pen a gagné son pari, tous ses électeurs ne se sont pas reporté sur le sortant ; certes, Patrick Buisson et Nicolas Sarkozy ont perdu le leur mais de peu. Il est incontestable, en fait pour la première fois réellement depuis son entrée en lice, qu’une vaguelette a poussé Nicolas Sarkozy durant les derniers jours de campagne. Cela est d’autant plus remarquable que tout le monde s’accordait à voir François Hollande net vainqueur de leur confrontation télévisée, les sondages unanimes le confirmaient. Il y a hélas fort à parier que, en accord avec la stratégie audacieuse de Buisson, la surenchère droitière extrême du discours et des symboles choisis comme axe politique de l’entre-deux tours, son attrait pour les électeurs de Marine Le Pen, ait fonctionné. L’examen attentif des résultats circonscription par circonscription semble le confirmer à l’exception des villes où une partie importante de l’électorat frontiste provient de la gauche et de l’extrême gauche et où une proportion notable des voix acquises à Marine Le Pen s’est alors reportée sur le candidat de la gauche. En revanche, ailleurs, le transfert Le Pen-Sarkozy est massif. C’est le cas à Paris, en particulier dans la 2ème circonscription, mais le phénomène est y classique car cet électorat d’extrême droite, assez faible et plutôt stable, correspond avant tout aux catholiques intégristes (Saint Nicolas du Chardonnet est dans le 5ème arrondissement) et à une tradition de type pétainiste un temps incarnée par Jean-Louis Tixier-Vignancour. Compte tenu de la tonalité de sa campagne, le report de cet électorat sur le sortant allait de soi. Mais ailleurs, les chiffres sont impressionnants. La Champagne méridionale, fief de ma famille, en donne une douloureuse illustration. Dans la deuxième circonscription de l’Aube, Nicolas Sarkozy (NS) est en tête avec 31,8% des suffrages suivi de Marine Le Pen MLP), 24,3%. Au second tour, Sarkozy réunit 58,3% des voix.              

                Mieux même, à Gyé-sur-Seine, une petite commune vinicole prospère du sud de la circonscription, le premier tour donne 40,92% à MLP et 33% à NS. Au second tour, ce dernier réunira 72,66% des suffrages. Au total, le 6 mai 2012, environ la moitié des Français a, soit voté pour un candidat qui avait de façon délibérée mené campagne sur les thèmes traditionnels de l’extrême droite, lui a même parfois imprimé une tonalité franchement pétainiste, soit a répondu, pour sans doute un million d’entre eux, à la consigne de vote blanc de la cheffe du Front National. Aux prochaines échéances électorales nationales, dans cinq ans, c’est cette sensibilité qui pourrait l’emporter si la conjonction des difficultés liées à l’exercice du pouvoir et à la crise, et le désir d’alternance devaient amener la défaite de la gauche.

Un chercheur en Campagne, 2012.

Aujourd’hui, bien sûr, la victoire de Marine Le Pen n’est pas inéluctable. Elle n’est pas même probable car, selon tous les sondages depuis trois ans, le risque principal serait qu’elle fût opposée à François Hollande au second tour de 2017, éventualité bien incertaine. Il faut reconnaitre que l’équation à résoudre par notre président, même mis à part le désamour dont il est victime – injuste, car il est intelligent et à des coudées supérieures à son prédécesseur – est difficile. Comme je le rappelais dès le sept mai 2012, il a hérité d’une France où, déjà, la droite et l’extrême droite réunissaient au moins cinquante pour cent des électeurs. Dans ces conditions, sa victoire a bien entendu exigé le vote en sa faveur des quelques douze à quinze pour cent des électeurs du FDG, EELV, et gauchistes du premier tour. D’ailleurs, je le dis à tous nos amis hollandais, vallsistes et macronistes, à force de les canarder à longueur de billets et discours, vous allez achever de les décourager à réitérer ce « soutien républicain ». Pour la présidentielle, les socialistes et autres soutiens du Président ont plus besoin d’eux que l’inverse. Quoiqu’il en soit, la réélection de François Hollande en 2017 dépend plus de la bonne volonté de cette « gauche de la gauche », minoritaire mais incontournable, que de tout autre paramètre. En effet, les vrais transferts de la droite vers la gauche sont lilliputiens, ainsi que l’inverse. Le seul flux significatif est, hélas, celui de la gauche de la gauche (et, moins, de la gauche), de la droite, vers le FN. La politique du Président devait par conséquent être efficace, bien entendu, mais aussi donner des gages symboliques et sociaux à la partie gauche de son électorat. Cela dit, j’espère que tous ceux qui lisent ce blog désirent comme moi de toutes leurs forces limiter la résistible avancée de la vague bleu marine. Pour ma part, j’aimerais de plus que l’idée d’une alternative pour une gauche juste, généreuse et humaniste, ne fût pas enterrée trop profond par la possible avalanche d’une défaite annoncée….mais bien entendu contre laquelle il convient néanmoins de se mobiliser. La difficulté est que je crains que ceux qui voient dans le pétulant Emmanuel Macron le ferment de cette mobilisation ne souffrent de troubles de la vision.

Axel Kahn, le vingt octobre 2015

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