C’est que l’épreuve proposée par Marie-Françoise donna des résultats réjouissants mais non susceptibles de régler mon dilemme d’un abri pour me restaurer. Au lieu-dit la Maison du Val, un peu avant 13h, j’avise un homme qui s’affaire à son automobile, à la porte duquel je n’ai par conséquent pas à sonner pour lui poser la question fatidique: “Bonjour Monsieur, je suis un marcheur, vous le voyez, et j’ai grand faim. Or, il pleut beaucoup. Pouvez-vous m’indiquer, s’il vous plait, un endroit abrité où je puisse me restaurer?” La réponse faillit me faire pouffer de rire: “Montez un peu dans le hameau, il y a là bas un abri-bus!” Du coup, suffocant d’une hilarité rentrée, je ne vis pas l’édicule et arrivais à jeun à Revigny.
Une autre épreuve de la marche par mauvais temps réside en le comportement de beaucoup d’automobilistes. Les chemins de traverse sont souvent impraticables et, de toute façon, il me fallait ce matin emprunter des axes assez importants pour franchir une ligne TGV et une autoroute. La surface des voies de circulation est couverte de ce mélange de boue et de résidus de gasoil ou de graisse dont les conducteurs expérimentent les effets sur leur pare-brise, et moi sur mon corps. Parmi les automobilistes, différentes catégories de comportements peuvent être distingués. Quelques uns, rares, envoyaient un signe de connivence et d’encouragement en me croisant ou me doublant, voire même s’arrêtaient pour me congratuler. Beaucoup adoptaient une position correcte d’une parfaite neutralité, ralentissant parfois et s’écartant autant qu’il était possible. D’autres, hélas assez nombreux, tendaient au contraire à accélérer et à me serrer au plus juste de sorte que rien de la gerbe crasseuse qu’ils soulevaient ne me soit épargné. Risquant d’arriver à l’étape dans le même état qu’un jockey sur la ligne du Grand Prix d’Amérique par temps de pluie sur l’hippodrome de Vincennes, je pris alors le parti de leur présenter les fesses au passage, non pas comme une mauvaise manière en réponse à leur goujaterie mais pas simple protection. Lassé cependant de cette attitude contrainte, j’en adoptais ensuite une autre plus active. Fixant de loin les véhicules qui fonçaient vers moi comme d’un air de défit, j’esquissais un petit pas vers la droite, c’est-à-dire vers la route. Les automobilistes sont sans doute conscients des désagréments qui s’ensuivraient pour eux s’ils écrasaient le marcheur, ils s’écartent donc, et moi aussi vers la gauche à leur passage, éloignant de ce fait de moi les projections.Il n’empêche, ce fut là ce matin l’occasion de vérifier combien être automobiliste rend plus difficile de se comporter en humaniste….
Axel Kahn, le quinze mai 2013
☔☔ http://www.youtube.com/watch?v=rmCpOKtN8ME ☔☔
J’ai beaucoup apprécié votre façon de commenter la journée d’Axel Kahn.
A bientôt et bonne chance Axel Kahn pour la route de demain. La pluie n’arrête pas le pelerin
Que faire quand il pleut? marcher, encore marcher tout en pensant, en analysant ce qui se présente devant soi, ne serait-ce que les gouttes d’eau qui font impact sur la petite flaque du chemin qui mène loin, très loin avec son cheminement à travers bois et champs. Quelle est belle notre nature en ce mois de mai, même en l’absence de notre étoile qui gravite autour de la Terre. Marcher à travers la campagne, admirer et plaindre ces ruminants ruisselants puisque le modernisme ne permet plus aux bétail en pâture d’avoir des abris, marcher à travers la forêt, écouter le bruit de la pluie sur le tendre feuillage de nos arbres majestueux, bravo Monsieur KAHN pour votre désir de voir la France profonde, bravo pour votre volonté et votre abnégation à affronter ces intempéries qui n’ont de cesse. Avec toute mon admiration. Pierre BROGGINI.
Je vous soutien par la pensée, pauvre voyageur sous la pluie. Mais je ne doute pas que trouverez
tout de même que la vie est belle et vous aurez raison…..
Je vous embrasse. A bientôt.
Simone
Quel plaisir de suivre cette marche solitaire et quelque peu initiatique. Effort de chaque moment, sensibilité au bord du coeur, vous avancez inexorablement vers un seul but, la rencontre.Merci de nous faire partager ces instants.Philippe
je viens de découvrir qu’une de mes personnalités favorites est passée à quelques km de chez moi, il aurait fallu que je le sache avant, et le point de restauration aurait été au chaud, chez nous, avec chambre d’ami et petit repas “à la bonne franquette”….