MILLE E TRE 22.7


Non, attablé à une table de pierre au bord de l’Adour, je ne tente pas de me remémorer mes bonnes fortunes : mes aventures ont été nulles avec les bergères qui m’ont joué les scènes de l’Arlésienne, une histoire avec une péniche a avorté prématurément et seules mes godasses allemandes ont accepté de m’accompagner jusqu’au bout. En fait, je suis aujourd’hui entré dans les Landes que je quitterai dès demain pour le département des Pyrénées-atlantique que je ne quitterai plus jusqu’à Ascain, terme basque de ma grande traversée diagonale de la France. Je me résous par conséquent à faire un premier bilan en forme de catalogue de l’aventure. Il faut dire que sinon l’étape de ce jour n’exige pas que je lui consacre de longues lignes. Je suis parti dans les champs de maïs à six heures cinquante trois et suis arrivé vingt-huit km après par les champs de maïs à 12 heures. Je pourrais certes vous entretenir des tailles différentes des tiges de cette belle plante sur la terre sablonneuse, vous décrire les différents types d’engins gigantesques utilisés pour arroser indistinctement les plants et les pèlerins de passage, tous également ravis par la canicule ambiante, mais craindrais de vous lasser. Juste une remarque. La monotonie de l’environnement a au moins l’avantage de permettre une distinction entre ceux dont la vie intérieure est intense et dans laquelle ils se réfugient alors et les autres, qui pestent.

Catalogue, donc. J’ai abordé aujourd’hui mon dix-neuvième département, et en aurai au total traversé ou effleuré vingt ; Ardennes ; Marne ; Meuse ; Haute-Marne ; Aube ; Côte-d’Or ; Yonne ; Nièvre ; Saône-et-Loire; Allier ; Loire ; Puy-de-Dôme ; Haute-Loire ; Lozère ; Aveyron ; Lot ; Tarn-et-Garonne ; Gers ; Landes ; Pyrénées-atlantique. Mes pas m’auront aussi mené dans sept régions : Champagne-Ardennes ; Bourgogne ; Auvergne ; Rhône-Alpes ; Languedoc-Roussillon ; Midi-Pyrénées ; Aquitaine. J’ai successivement traversé les bassins de la Meuse, de la Seine, de la Loire et de la Garonne et ai fait une brève incursion dans celui du Rhône.

S’il me fallait, sans réfléchir, associer les différents territoires à des images fortes dont j’exclus les séquelles de la désindustrialisation du pays qui reviendraient trop souvent et qui est une observation d’ensemble, au même titre que le beau pays agricole que reste notre pays, j’énoncerais : la vallée de la Meuse et de la Semoy tranchant dans le vif du bouclier ardennais ; l’Argonne si belle et dans laquelle pourtant des centaines de milliers de jeunes hommes se sont massacrés de façon absurde ; les églises à pans de bois de Champagne et le lac du Der-Chantecoq ; les coteaux champenois ; la statuaire de l’école troyenne du XVIème siècle ; les châteaux du Tonnerrois ; Vézelay ; les paysages du Morvan du nord-ouest et du Sud, le Mont Beuvray ; les châteaux de l’Allier; tout le Haut-Forez, superbe, inouï, méconnu, un coup de cœur ; les villages du chemin de Compostelle en Haut-Forez ; les volcans du Velay, les sucs de part-et-d’autre des gorges de la Loire ; La basilique St-Michel au sommet du rocher d’Aighuille, le vieux quartier du Puy ; la sauvagerie de la Margeride et le damier de l’Aubrac, leur pureté cristalline ; La Haute vallée du Lot ; Conques, bien sûr ; mais aussi Figeac la médiévale prospère ; l’incroyable profusion agricole du Tarn-et-Garonne, jardin d’Eden ; Moissac, le cloître, l’abbatiale et le Tarn ; les bastides, villages fortifiés, châteaux-forts et cathédrales ou collégiales gothiques du Gers.

Dans l’ordre décroissant de la détestation, peu de choses, en fait. Mon animosité principale va aux plantations de pins Douglas, à un degré à peine moindre d’épicéas ; ils détruisent toute diversité biologique sous leur couvert gluant, fangeux, sinistre et noir ; les quads et les motos trials dans les chemins de randonnée pédestre, une totale absurdité qui a considérablement dégradé les GR depuis deux décennies pour les motos, dans les dix dernières années pour les quads ; les automobilistes indélicats avec les marcheurs cheminant par temps de pluie au bord des routes ; l’arrosage absurde en plein soleil des immenses champs de maïs. Mais je n’ai pas fini encore mon parcours, après St-Jean-Pied-de Port je remonte en moyenne montagne, le Béarn et le Pays basque me réservent sans aucun doute encore de belles émotions. Je vous les ferai partager, c’est promis.

 

Axel Kahn, le vingt-deux juillet 2013.

 

 

 

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One thought on “MILLE E TRE 22.7

  1. J’ai suivi avec grand plaisir votre parcours, apprécié vos photos et vos observations. Je viens de lire votre propos concernant les plantations de douglas au détriment de la bio-diversité.
    Je ne sais si vous savez à quel point la forêt du Morvan est menacée par une immense industrie assortie d’un incinérateur polluant. L’Entreprise qui veut piller notre forêt est Belge, il s’agit d’ERSCIA, l’opération menée par un ancien du Medef local est soutenue (sous couvert de promesses d’emplois) par le PS et ne l’est pas par les écologistes.
    Si cela vous intéresse, je vous suggère d’aller sur le site d’ADRET MORVAN (et/ou de les voir sur facebook et sur twitter).
    Merci de votre attention, je vous souhaite une fin de parcours heureuse et riche.

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