Les randonneurs rencontrés, très espacés, diffèrent aussi de ceux du Camino en ce que les ainés y sont beaucoup moins représentés, la moyenne d’âge va des jeunes gens aux adultes jeunes ou “encore jeunes”. En revanche, il est un paramètre très significatif d’un phénomène social qui unit les usagers du tracé très “civilisé” du Camino et ceux des GR montagnards, voire des “hautes routes” plus exposées et difficiles que les GR, c’est l’importante fréquentation féminine. Les hommes sont soit seuls, soit en couple(s), rarement en groupes masculins. Les femmes sont en revanche nombreuses aussi en compagnie d’une ou de quelques autres femmes. Ce phénomène est un reflet de ce que l’on observe dans les villes et villages ou des associations organisent des promenades collectives les jours fériés : quatre-vingt pour cent au mois des participants sont des femmes. Tout se passe comme si leur autonomisation, au moins en Occident, leur avait permis de révéler dans une diversité d’expression certaines de leurs caractéristiques fréquentes, l’énergie, la sensibilité au spectacle de nature, la facilité conservée de s’en émouvoir, la curiosité des choses, des spectacles et des êtres. En ce qui me concerne, le chemin est une occasion de renforcer ma croissante admiration pour cette façon d’être humain.
Sinon, mais vous l’avez compris, je me suis aujourd’hui régalé de bout-en-bout. J’aime ces rudes montées qui sur le moment font semblant de vous épuiser mais qui vous laissent frais comme des gardons après cinq minutes de repos, j’aime ces reliefs francs, ces crêtes et ces à-pics, ces parois et ces failles, ces plissements, ces successions de sommets, la multiplicité de ces perspectives lointaines, j’aime tout. La montagne basque à l’ouest et nord-ouest de la Basse-Navarre et dans le Labour ne dépasse guère les onze cents mètres mais qui dominent immédiatement une vallée à environ cent-cinquante mètres si bien que les dénivelés sont sérieux et les sensations puissantes. Quoique à des altitudes modestes, l’impression est ici celle des hauts alpages alpins au-delà des deux mille mètres : les arbres sont absents et le pastoralisme est très développé : chevaux, blondes d’Aquitaine, ovins à tête noire. J’imagine, mais peux me tromper, que ce pastoralisme et les inévitables animaux morts dans la montagne expliquent la remarquable abondance en ces lieux des impressionnants vautours déjà décrits hier, car ce sont bien des vautours qui vivent en colonie. Ces charognards stricts sont réputés irascibles, toutes caractéristiques peu sympathiques. En fait, ce sont des oiseaux magnifiques, immenses, au ventre blanc et au dessus des ailes qui m’est apparu orange doré quoiqu’ils ne soient pas des gypaes, en tout cas scintillant lorsque leur plané silencieux qui dessine d’incroyables arabesques les amène à virer sur l’aile devant vous ou à s’enfoncer dans une vallée à vos pieds. Lorsque las d’observer, fasciné, cette danse céleste le regard se reporte sur la pente, il s’arrête parfois à une bergerie en pierres sèches, une borde selon sa désignation locale, dont la forme allongée quadrangulaire et le toit presque plat sont ceux des jasseries du Haut-Forez dans la Loire. C’est donc ravi que je suis arrivé à l’étape dans une auberge basque qui a achevé de me combler par les belles spécialités basques, le fromage de brebis consommé avec la confiture de cerises noires, le tout arrosé de vins d’Irouleguy. Oui, vraiment, il est des soirs où la différence entre “être” et “ne pas être” apparait dans sa crudité.
Axel Kahn, le vingt-neuf juillet 2013.
Envoyé de mon iPad
ça me rend malade de vous lire, parcourant le camino.
Je l’ai fait 2 fois : 1 en vélo = négatif…
2 à pied “Le Puy – Santiago” = idéal
Je ne peux + le faire… raisons de santé.
Profitez-en, mais alors profitez de tout jusqu’à l’indigestion que finalement vous n’aurez JAMAIS !
Sur le chemin, un jour, on m’a refusé de l’eau. 5′ plus tard, à peine, Dieu m’envoyait un humain, qui sans que j’exprime quoi que ce soit, dans mon dos avec une petite tape, me tend une gourde d’eau FRAICHE…
BUEN CAMINO !!!
Une dernière proposition…. Et les mégalithes, les cromlechs, les nuraghes, les dolmens et menhirs ? Notre marcheur ne nous a rien raconté sur les sites mystérieux où les historiens, chargés de fouilles, scientifiques en “proto”… échangent des propos parfois contradictoires ? C’est si vieux… AK serait bien avisé (!) de nous renseigner AUSSI sur les cromlechs basques. Je l’en remercie par avance et en souvenir d’une fin de journée d’avril 19.. où je m’étais échinée à le trouver, enfin ! Et où je ne peux plus aller sauf en chaise à porteurs ! La photo de notre témoin, coiffé du béret au bleu de Lectoure me ravirait; vraiment. Je l’en remercie et si cette tentative n’est pas “hors” de son programme !
Bonne fin de route – et merci
“a thing of beauty is a joy for ever”
Bonjour
C’est vrai que les montagnes basques sont attachantes.
Toutefois, je n’ai pas voulu que vous couriez le moindre risque et je me suis permis de téléphoner à mes copains les laminaks pour qu’ils vous laissent tranquille lorsque vous passeriez le Pont d’Enfer.
J’espère qu’ils ont été sages.
Encore deux journées et vous pourrez prendre une gorgée de bière avec Pierre Loti.
Bonne marche
Cordialement
Bel itinéraire que vous proposez là, ça doit quand même être assez fatigant, à moins d’être d’une forme olympique.
Excellent choix pour une bonne journée en famille
Je testerai lors de mes prochaines vacances dans la région!