MORVAN. COMME UN AIR DE “DÉLIVRANCE”. Dix-huitième étape de Vézelay à Chalaud.


 Je ne suis pas comme d’autres un “combattant de l’athéisme”, car la croyance appartient selon moi entièrement au registre privé mais n’ai en ce qui me concerne aucune interrogation d’ordre métaphysique. Pourtant, l’émotion évoquée ne procède pas seulement de la beauté incroyable des oeuvres mais aussi de l’atmosphère globale qui se dégage d’elles et des lieux où elles se trouvent. Or cette atmosphère ne peut être séparée de leur signification pour les croyants, en particulier les artistes de l’époque. La foi de ces derniers est un des paramètres essentiels de l’inspiration des sculpteurs, tailleurs de pierre et maitres architectes qui ont bâti la basilique de Vézelay comme des bâtisseurs de la Mosquée de Kairouan. Un tel fondement de l’acte créatif ne se limite pas au champ de la religion, la ferveur patriotique et l’indignation jouent sans doute un rôle similaire dans la force du “Tres de Mayo” de Francisco Goya. En bref, ma réaction à Vézelay procède sans doute à la fois de l’émotion esthétique, du respect pour l’effet de ce lieu sur les croyants et de l’émerveillement pour la passion qui habitait ceux à l’origine de telles merveilles.

M’éloignant de la “colline magique”, je pénétrais dans le Morvan, soudainement ; j’entrais alors dans un univers tout différent de ceux traversés jusqu’alors, étrange, une question d’atmosphère là encore. Dans le merveilleux film “Délivrance”, le passage des deux canoës sous le pont où un adolescent joue du banjo marque la bascule dans un monde fantasmagorique et terrifiant . Au delà de ce pont, n’espérez plus de salut! J’ai un peu ressenti, sur un mode bien sûr moins inquiétant, ce sentiment en passant le pont sur la Cure à Pierre-Perthuis, la ville de Vauban. À partir de là, plus de grandes cultures, de vignes, de gros bourgs. Le paysage devient plus découpé, les vallées sont des entailles, les grandes prairies sont remplacées par de petits champs à la pente forte séparés les uns des autres par des haies entre lesquelles passent des chemins creux typiques d’un pays de bocage. Les grandes étendues céréalières ou de colzas ont fait place à cette marqueterie des prés entrecoupés de mares, de lacs naturels ou de retenues artificielles. De petits bosquets d’arbres parsèment aussi les flancs des vaults dont la crête est occupée par des bois que la fréquence des pins assombrit. Les genêts ont fait leur apparition, ils remplacent désormais le colza, la glycine sauvage et les lys pour donner une touche d’or à la campagne. Des hameaux sont disséminés un peu partout, limités à quelques foyers dont la plupart sont définitivement éteints. De nombreuses demeures et dépendances agricoles menacent de tomber en ruine, d’autres sont rénovées et coquettes, avec parfois à proximité des véhicules immatriculés NDL : les Hollandais trouvent dans ce paysage accidenté somptueux et désert l’antidote parfait à leur pays surpeuplé et plat. Les bourgs sont à peine plus gros que certains hameaux, leur qualité ne tenant qu’à ce que mairie et église sont proches. C’est que ce territoire n’a jamais été qu’agricole, et agricole pauvre. De ce fait, les habitations n’avaient pas de raison de s’éloigner des exploitations. Aujourd’hui, la majorité des prés est vide, les clôtures de certains ne sont pas entretenues. Sinon, paissent selon les endroits des moutons, peu exigeants, ou, comme presque partout depuis mon départ, les grands bœufs blancs du Charolais. Le chemin emprunté me rappelle celui de mes deux premières journées sur la plateau ardennais, il joue à “saute-ruisseau”. Cependant, compte tenu du temps, les chemins eux-mêmes sont des ruisseaux, ces derniers sont des petits torrents tumultueux assez difficile à franchir, des troncs déracinés sont couchés de part en part en travers le chemin. Vrai, après le pont sur la Cure à Pierre-Perthuis, tout a changé.

Axel Kahn, le trente mai 2013

 

.

Partager sur :

3 thoughts on “MORVAN. COMME UN AIR DE “DÉLIVRANCE”. Dix-huitième étape de Vézelay à Chalaud.

  1. Bonjour,
    Il me semble que ce que vous appelé la glycine sauvage (jaune) est un cytise. L’inflorescence en grappe inclinée est élégante et de plus cette plante fixe l’azote de l’air comme le font luzernes, trèfles et autre lupins.Des “engrais verts” donc.
    Les boeufs blancs, probalement des Charolais sont assez près de leur biotope d’origine maintenant , en Bourgogne du sud. La viande du Morvan est excellente, les prés sont si verts. La nature, l’homme ont façonné un beau pays que vous nous décrivez à merveille.Merci aussi de nous parler de vos rencontres et de vos émotions

  2. Rectificatif .. ! 🙁

    Il me semble que ce que vous appelez…..

    Désolée

  3. Cher monsieur Kahn,
    Je lis votre journal avec plus d’un mois de retard. Qu’importe. Juste une petite note :
    Vézelay est le village où Romain Rolland a fini sa vie. A moi qui suis musicien, c’est un écrivain qui est particulièrement cher, pour son “Jean-Christophe” et ses écrits sur Beethoven. En plus, j’ai un rapport tout à fait personnel avec lui, puisque je suis né à l’heure même de sa mort.
    Malheureusement, l’oeuvre de ce grand humaniste tombe de plus en plus dans l’oubli.
    Bonne route, et que les mânes de Romain Rolland soient avec vous.
    J-Pierre Hervieu

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.