La coupe était déjà pleine. Chacun des attentats des dernières années, en particulier dans notre pays, m’a bouleversé tant ils manifestaient tous à des titres divers ce contre quoi je me suis efforcé de lutter depuis mon adolescence, la haine de l’autre pour ce qu’il est et non ce qu’il fait, sa quintessence lorsque la qualité visée devient son humanité même, celle d’un être de vie, de fantaisie, de désir, de plaisir, de foi libre, d’engagement, de pensée. Lorsque la déraison et l’inhumanité – hélas bien humaine – sont déployées comme fanions. La bouillie sanglante du quatorze juillet à Nice sous forme de laquelle sont retombées les feux d’artifice dans la baie m’a épouvanté. Le sacrifice après la messe d’un vieux prêtre, dans la chœur et devant ses quelques fidèles du matin dans une cité industrielle de Haute Normandie, m’a bouleversé. Cet homme était décrit comme bon, militant actif de la fraternité entre les communautés religieuses, entre les chrétiens et les musulmans. Il se préparait sans doute à quatre-vingt quatre ans à rejoindre son Dieu, il l’a rejoins dans le cœur de tous les croyants auxquels je n’appartiens pas. Le symbole de son immolation devant l’autel est terrible, il sera dévastateur, il l’est déjà. Hier soir, mardi 26 juillet, je ne pouvais même penser dormir et, à chaud, dans la foulée de l’émotion et du désespoir, j’ai publié sur Facebook le statut que je reproduis sur ce blog.
Mercredi matin, 26-7-2016
Rien qu’en France, en moins de deux ans, tant d’horreurs ! Des caricaturistes tués parce qu’impertinents. Des jeunes fauchés parce qu’heureux de vivres. Des juifs mis à mort parce que juifs, des policiers parce que servant le pays. Des estivants broyés parce que goûtant l’été, les vacances, la fraîcheur du soir illuminé des feux d’artifice sur la mer, célébrant la République. Un prêtre âgé immolé en publique à l’idole de la haine, sacrifié comme un agneau jour d’Aid. Tous les mots semblent superflus, ceux de haine, qui le sont toujours, mais aussi ceux sinon en eux-mêmes et dans d’autres circonstances beaux, sages, émouvants……. Même la prose de Christiane Taubira pour laquelle j’ai pourtant affection et admiration me met mal à l’aise, son esthétisme assumé m’apparaissant comme décalé. Et que dire alors des gouvernants tenus si souvent – comment s’en dispenseraient-ils ? – de faire les mêmes déclarations d’où il ressort que la France ne cédera pas, que l’État de droit triomphera, que la guerre sera longue et impitoyable, que les terroristes seront débusqués dans leurs tanières…….Seul le silence buté et déterminé d’un peuple faisant face uni, sûr de ses valeurs conviendrait mais le peuple n’est pas et ne sera pas uni, tous ne partagent pas les mêmes valeurs. Bien sûr, le langage prosaïque de l’action et de la stratégie est justifié, il est indispensable, il bute pourtant sur le doute inévitable qui s’attache à l’efficacité des mesures qui s’imposent sans garantie quant à leur efficacité. J’hésite moi-aussi à rappeler combien je regrette que nous fassions partie de la “coalition” ciblée par Daech tant cela risquerait d’être pris pour du défaitisme donnant raison à la cruauté de l’ennemi. Ma seule défense est que telle était déjà ma position avant les premiers attentats revendiqués par cet EI, elle était cependant plus facile à tenir alors que maintenant.
Les mots ont un incontestable pouvoir de réconfort et de soin, leur décalage croissant avec le ressenti aggrave une situation qui devient épouvantable. L’implication de plusieurs réfugiés dans les attentats en Allemagne hier et en France le 13 novembre, après les agressions de femmes à la Saint Sylvestre Outre-Rhin, sonne le glas de la générosité de Madame Merkel et marque le triomphe de tous les états et peuples peu sensibles aux milliers de noyés pour avoir tenté de fuir comme ils ne pouvaient manquer de le faire. Une fois passée la réaffirmation fière des valeurs de la République, la réalité est qu’elles ont cessé d’être des priorités absolues pour une large proportion de nos concitoyens et que jamais depuis la dernière guerre tant des nôtres n’ont été prêts comme aujourd’hui à des accommodements à leur propos en contrepartie de plus de sécurité. Tout dans les attentats récents constitue un ébranlement de l’idéal du “vivre ensemble”, l’égorgement du vieux prêtre occupé à co-célébrer une messe étant de ce point de vue particulièrement épouvantable.
Ne nous faisons aucune illusion, en difficulté sur le terrain, Daech, d’autres demain, peuvent réussir à déstabiliser les peuples d’Europe et aboutir à un climat généralisé de guerre civile toujours propice aux plus extrémistes, dont eux. Peut importerait alors que leurs territoires eussent été écrasés sous nos bombes, ces dernières n’ont pas la même efficacité au cœur de nos villes. Les assassins comptent récupérer en leur faveur la réaction de populations musulmanes paisibles en butte à une hostilité chaque jour croissante des Européens dépeints comme les descendants des croisés éternels. Pourtant, contrairement à ce que Daech veut laiiser à penser, non, ce n’est pas à une guerre de religion que l’on assiste. C’est à l’humanité de l’homme que les assassins islamistes font la guerre. Ils tuent des musulmans, sunnites et chiites, des catholiques, des réformés, des orthodoxes, des juifs, des alévis, des bouddhistes, des yézidis, des athées, ils tuent ce qui est humain et fier de l’être, aspire à la liberté et au bonheur au sein de “la coalition”. Non, ce n’est à l’évidence pas une guerre de religion. Sur le fond politique de leur conflit avec “la coalition”, ils tuent en son sein ce qui est humain.
La seule façon de vaincre la propagation de l’idéologie islamiste sur notre propre territoire est de réaffirmer le caractère non négociable de la laïcité et d’en finir avec une certaine forme de culture de l’excuse qui est le propre d’une partie de la gauche et surtout de l’extrême-gauche. Edwy Plenel, Raphaël Liogier, Emmanuel Todd et beaucoup d’autres demi-savants ou demi-habiles (comme dirait Pascal) ont une très grande responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui. Auront-ils l’honnêteté intellectuelle de reconnaître leurs erreurs ? J’en doute fort.
Peut-on être fort et humaniste en même temps ou doit-on nécessairement être plus faible que l’adversaire ? Peut-on lutter efficacement contre les barbares en oubliant d’examiner les racines du Mal, du malin et en procédant à un examen de conscience sans concession ? Peut-on ne pas céder à la peur de l’autre qui lui n’a peur de rien ? Peut-on faire confiance à des personnalités politiques qui affichent une arrogance qui masque l’impuissance et la responsabilité ? Peut-on être pacifiste et non violent quand ces postures n’ont pas la moindre valeur dans les yeux de l’adversaire ? Peut-on ne plus être rationnel face à ces adversaires que l’on tue maintenant sans sommation alors que vivants, ils pourraient être plus utiles ? Peut-on rester sourd aux sirènes complotistes alors que tant d’incohérences et d’inconsistances nourrissent ces mêmes thèses et que le règne des injustices s’impose de manière magistrale ? Peut-on ne plus douter d’un avenir serein et dont la sérénité serait partagée avec équité ? Peut-on, peut-on, peut-on… Je rejoins le désarroi d’Axel Kahn sans partager sa critique de Christiane Taubira qui offre, dans ses mots, peut-être, une possibilité d’humanité… Peut-on l’entendre ?
Les mots sont parfois essentiels quand ils sont là pour informer, cerner la vérité des faits au plus près possible, montrer la complexité des situations. Car il est essentiel de s’informer et d’apprendre à se méfier des idées simplistes qui viennent spontanément à l’esprit et sont la plus part du temps fausses ou inexactes. Des mots qui donnent à réfléchir, à mieux réfléchir. C’est si difficile à appréhender un sens à l’Histoire quand on est en train de la vivre. Surtout cette Histoire-là faite de terrorisme et de drames humains.
Je trouve essentiels les mots de Jérôme Fenoglio directeur du Monde dans son article de ce soir “Résister à la stratégie de la haine”. Il parle de quelques vérités simples ( l’adjectif est important) qu’il faut répéter parce qu’elles doivent guider notre comportement (des journalistes bien sûr mais aussi la nôtre).
Il explique l’origine de la terreur qui est DAECH quelque soit le terroriste en action. Il rappelle pourquoi la France est en 1ère ligne plus que d’autres pays (du moins pour l’instant).
Il souligne qu’il y a des limites à l’esprit critique.
En voici un extrait:
” L’évaluation constante et critique des politiques de sécurité suivies est un impératif démocratique. L’exécutif et les institutions doivent pouvoir reconnaître que, dans cette lutte sans merci contre le terrorisme, des erreurs peuvent être commises, des dispositifs doivent être améliorés.
Mais il doit y avoir des limites à l’exercice critique mené par les partis d’opposition. Ceux-ci ne peuvent pas laisser entendre n’importe quoi et, notamment, qu’en prenant telle ou telle mesure miracle une autre majorité politique arrêterait net la guerre que nous mènent les djihadistes. Cela relèverait du mensonge et de l’exploitation électorale d’une situation tragique. Laisser croire que nous nous sauverons en changeant en profondeur ce que nous sommes reviendrait à nous perdre plus sûrement. Défendre les valeurs de notre démocratie implique de ne renoncer à aucune, même transitoirement.”
Enfin il explique quelle est actuellement la réflexion des journalistes et les décisions que ceux du Monde ont prises.
Lire ces mots-là m’ont fait respirer et sortir du chaos dans lequel je me trouvais. Alors oui les mots sont essentiels. Les vôtres aussi, car toujours ils s’adressent à l’intelligence de l’homme. Et bien sûr on peut ne pas partager tous vos mots.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/07/27/resister-a-la-strategie-de-la-haine_4975150_3232.html
1ere médaille d’or au concours complet!!!!… VIVE NORMAN..(pas à propos dans cette rubrique, sorry). BRAVO A NOS CAVALIERS!! et ces chevaux ..trop beaux!!
2ème médaille d’or en équitation……!!!BRAVO!!!!! à tous les Norman de FRANCE..(et leurs cavaliers!!)
Je me suis laissé emportée, c’est une médaille d’argent, mais BRAVO de tout façon!!