OUESSANT, la possibilité d’une île


Tout au bout là-bas, au delà même, imaginez. Une île de granit battue par les vents et les tempêtes, hérissée de récifs acérés, presque sans arbre, seulement la mer, l’écume, la roche et la lande. Ouessant. Un confetti de métropole à la proue du navire, rectangle allongé d’ouest en est et dont les deux petits côtés sont échancrés en deux baies, celle de Lampaul au ponant, du Stiff au levant. Et pourtant, des femmes et des hommes y habitent depuis dix mille ans, y survivent contre vents et marées. Les naufrages qui se sont multipliés dès les débuts de la navigation ont apportés aux Ouessantin(e)s un partie de ce qui leur manquait si cruellement, des outils, du bois pour les constructions, du vin, de l’huile, etc. Jadis de l’orge, aujourd’hui des pommes de terre et quelques autres légumes y poussent, des moutons en prairies encloses  et des chèvres en liberté sur la lande côtière y paissent. Jadis, leurs crottes et de la tourbe séchées constituaient l’essentiel du combustible. Sinon, tout est minéral, ici, cristallin, granitique. Les vieux villages où quelques maisons s’élèvent à l’intérieur d’enclos de pierres sèches….

Poull Guéguen, en allant vers la pointe de Pern

..les quelques ruines récentes que les tempêtes n’ont pas encore dispersées…

Le vieux fort et l’ancre du 18e siècle, vers la pointe de Pern

….des murets dans la lande, la côte incroyablement découpée, le granit est roi. Ses teintes se déploient sur une palettes étonnante, du blanc immaculé du feldspath et de ses reflets par les cristaux de quartz, les grains et trainées plus sombre des micas et autres minéraux, la couverture par les lichens ocre ou brique, leurs traces desséchées blanchâtres, les algues et les berniques agrippées…

Veine de feldspath, granit et lichens

Sur la côte, les vents et les vagues ont comme déployé un incroyable génie de sculpteur…

Pointe de Pern, “silhouette du pénitent”. Le vent sculpteur

 

Pointe de Pern, “Le pénitent soutenu par l’oiseau mystique”. Le vent sculpteur

Sinon, le littoral est artistiquement dentelé, toujours changeant au rythme des cieux clairs ou des nuées menaçantes, de la mer pour un temps apaisée ou à nouveau soulevée par les vents, suroît, noroît, sudet…. Se succèdent des canyons, des golfes, des baies, des pointes, des caps, des penn, des roc’h, des porz, des men, des youc’h…Un musée fantastique des merveilles de la mer sur lesquelles, s’i y était aussi venu, Victor Hugo aurait ajouté des vers épiques et brûlants à ceux que la pointe de Guernesey lui a inspiré. Là, je fais silence, observez, admirez !

La baie de Lampaul

 

Youc’h Korz dans la baie de Lampaul en allant vers la pointe de Pern

Les dangers sont tels que les phares se sont multipliés, les sémaphores, les tours radars..

 

La pointe de Pern, le sémaphore de Créac’h.

 

Côte nord, vue vers Cor Héré

 

Le Phare de Créach

 

Côte nord. Phare de Créac’h depuis Corn Héré

 

ïle de Kekker et Penn ar Men Du depuis la baie de Béninou

 

Côte nord, ile de Keller depuis Penn ar Ru Meur. À gauche au loin, le Phare de Créac’h

 

Passée au nord l’île de Kern, qui fut cultivée et où un grand bâtiment est habité en été, on parvient au à la pointe de Cadoran, puis  à la point de Bac’haol qui domine la baie et le port du Still, avec un phare et un sémaphore auxquels un grande tour radar a été ajoutée dans les années 70.

Depuis la pointe de Cadoran, l’île éponyme et la pointe nord est d’Ouessant, Bac’haol. Tour radar, maison de la pointe

 

La maison de la pointe Bac’haol

 

Depuis la pointe Bac’haol

 

La baie de Toull Auroz depuis la maison de la pointe Bac’haol

Sur la côte sud, par un noroît fort et le visage fouetté par les giboulées, des splendeurs, encore.

Côte sud, vers Penn ar Viler

 

Penn ar Viler et Porz Doun, vers le phare de la jument, noroît.

 

L’arche et le tunnel côtiers vers Men ar Lan, côté sud

Pour terminer, en signe de l’incroyable émotion qu’a provoqué chez moi ce séjour à Ouessant dont je rêvais depuis des décennies, une élégie :

Une île de granit, des femmes et des hommes solides comme des rocs. Les un(e)s et les autres battus par les tempêtes, léchés par les embruns, caressés par le pur et éphémère soleil du Ponant. Habitée depuis plus de dix mille ans, proue du navire France, elle s’est modelée, à été martelée, comme burinée bien avant que la nation n’existât, exposée et protectrice. Hérisson de roches acérées, elle est prompte à déchirer ceux qui ne savent prendre les forme. Il faut la cajoler avant qu’elle ne se laisse pénétrer, sinon gare. « Qui voit Ouessant (sans manière) voit son sang » mais à ses amoureux véritables, quel accueil ! Jadis, les Ouessantin(e)s étaient prompt(e)s à tirer bonne fortune de tous les navires dont la fortune de mer avait été dramatique. Mais ils sauvaient aussi les naufragés et les accueillaient avec bonté. Peu de choses ont changé, en fait. Naufragés de la vie, Ouessant, je ne vous dit que ça.

Axel Kahn, le vingt mars 2018

 

 

 

 

 

 

 

3 thoughts on “OUESSANT, la possibilité d’une île

  1. Merci Axel Kahn de m’avoir rafraichi la memoire en publiant ces belles photos. Je vais souvent à Ouessant passer quelques jours et bien que l’île ne soit pas très grande les ballades ne sont jamais les mêmes et la mer toujours inattendue…Dj

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