J‘ai accepté de parrainer avec d’autre la campagne contre le sexisme lancée ce jeudi huit septembre par la Ministre de la Famille, de l’Enfance et du Droit des Femmes, Laurence Rossignol. En effet, l’humanité est féminine et masculine, toute espèce de discrimination entre les droits de ces deux composante est inacceptable pour quiconque se dit humaniste. Affirmer cela n’est pas nier la spécificité du sexisme, ses liens avec la structure patriarcale des familles et des sociétés, avec le machisme le plus phallocratique. Il s’agit de souligner la profonde incohérence entre toute revendication à l’humanisme d’hommes qui manifesteraient par ailleurs des attitudes sexistes. Certes, je ne me fais aucune illusion, les campagnes antisexistes ne feront pas plus disparaitre le phénomène que les campagnes antiracistes dans leur domaine. Cependant, elles sont indispensables en tant que mobilisation maximale contre des fléaux persistants, les avancées réelles observées dans de nombreux pays –hélas pas tous – témoignent de leur capacité à faire évoluer les états d’esprits, les comportements et les lois. Nous avons tous en tête aussi le recul des droits des femmes constaté depuis des décennies du fait de la montée en puissance de l’islam wahhabite et de la situation géopolitique dans de grandes régions du monde. Cependant, les manifestations d’un sexisme ordinaire réel ne se limitent pas à ces désastres, ils restent nombreux, bien trop nombreux. Je ne les confonds bien entendu pas avec les comportements de séduction entre femmes et hommes où le désir n’entame en rien le respect plein et entier pour le « sujet de désir ».
De manière très personnelle et sans chercher à tendre à l’exhaustivité, je tiens à énumérer ci-après des comportements que je juge sexistes et qui me révoltent et m’indignent, sans établir entre eux une quelconque hiérarchie. Ils témoignent tous de l’évidente nécessité de la mobilisation.
. L’interruption sélective de grossesses en cas de fœtus féminins, la différence de soins apportés aux nourrissons garçons et aux filles, phénomène d’ampleur dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique. Il en résulte dans ces pays un fort déficit de filles puis de femmes dans la société.
. Les mutilations sexuelles féminines
. La différence d’éducation apportée aux garçons et aux filles, les stéréotypes domestiques imposant aux secondes de servir les premiers, limitant dans de trop nombreux pays leur accès au savoir et à la culture, cantonnant leur formation à des métiers dits « féminins ».
. Les différences persistantes entre la solennité des rites religieux concernant garçons et filles, par exemple trop souvent encore les bar mitzvah juives.
. Dans les pays arabes où elles perdurent (de moins en moins heureusement), les procédures de répudiation, les différences entre hommes et femmes pour ce qui concerne les héritages et les divorces.
. Le maintien, surtout dans les pays musulmans, des femmes sous l’autorité obligatoire des hommes, pères, frères puis maris.
. Les pratiques encore en vigueur de dot en Inde, le pouvoir, parfois mortel, des belles familles sur les jeunes épousées. Tous les mariages arrangés.
. La contrainte spécifique faite aux femmes de masquer leur corps pour tout autre que des maris dont elles constituent un bien.
. L’impureté des femmes durant leur menstruation et des semaines après un accouchement, proclamée par la religion juive.
. Les inégalités entre hommes et femmes dans l’accès aux fonctions religieuses.
. Le commerce sexuel sous contrainte du corps des femmes.
. La gestation pour autrui sous contrainte économique.
. La pression économique et sociale freinant la carrière des mères, les poussant à démarrer des maternités de plus en plus tardives, incitant les femmes à congeler leurs ovules pour plus tard plutôt que d’être de jeunes mamans.
. Le déni de la maitrise par les femmes de leur corps, la pénalisation de l’IVG dans certains pays, les limitations à la contraception.
. L’indulgence vis à vis des violences faites aux femmes, physiques ou psychologiques, la culpabilisation dans certains pays des femmes violées, les crimes d’honneur.
. Les stéréotypes économiques et sexistes imposant des standards du corps féminin et en faisant un champ rentable d’activité de chirurgie esthétique, de prothèses mammaires, etc.
. L’objectivation du corps féminin assimilé à un objet de désir pour les hommes, une voiture ou autre marchandise.
. La pornographie commerciale.
. Les standards différentiels de jugement moral de la liberté sexuelle masculine et féminine.
. L’essentialisation de la fonction reproductrice des femmes vue comme indispensable à leur épanouissement.
. L’obligation faite aux femmes de ne pas se mouvoir dans la ville et les cités avec la même insouciance et liberté que les hommes.
. Les contraintes vestimentaires imposées aux femmes, celles qu’elles croient prudent de s’imposer.
. Toutes les formes de harcèlement sexuel….
Je suis sûr que les lecteurs m’aideront à compléter cette liste, merci.
Vous le voyez, il reste du pain sur la planche, la tâche est immense, elle sera de longue haleine, elle exige une mobilisation active et durable de tous ceux qui se disent humanistes et n’en veulent pas limiter le champ à un peu moins de cinquante pour cent de l’humanité, l’humanité masculine.
Axel Kahn, le huit septembre 2016
Je considère que les femmes sont victimes de sexisme lorsque dans une société, les lois, les coutumes, les usages, les traditions de quelque nature qu’elles soient, et les comportements masculins ordinaires leur imposent des règles de vie ou leur inculquent une image de ce qu’elles doivent être restrictives de liberté en raison uniquement de leur sexe. L’homme a beaucoup d’imagination pour en inventer. C’est pour cela que leur liste n’est pas, ne sera jamais close. Elle est infinie.
Cependant c’est un beau travail de faire la liste de ce qui existe dans le monde actuel à ce sujet.
Un peu étonné de lire “la pornographie commerciale”. Bien sûr il existe des cas “limites” mais, la plupart du temps, les actrices de l’industrie X sont parfaitement libres et mènent une vie épanouie. D’autant que de nos jours de plus en plus de femmes aiment regarder ce genre de films ou de vidéos, et je ne vois pas ce qu’il y a de mal à cela. Ne confondons pas féminisme et puritanisme, ce serait un contre-sens et une lourde erreur..
Ce qui m’étonne, mais je n’y connais rien dans ce domaine et n’ai jamais rencontré acteurs ou actrices vivant de cette industrie. “Il faut bien vivre” et parfois on n’ a que ce choix à l’esprit. En parlez-vous en connaissance de cause? N’y-a-t-il pas dans ces films, même sous-jacente, humiliation de la femme présentée comme simple objet sexuel?
Michèle Iung on 9 septembre 2016
Donc je remplace “même sous-jacente” par “toujours”. L’industrie du sexe a pour objet uniquement de répondre ou de devancer le désir sexuel masculin , le corps de la femme n’étant qu’un moyen d’y parvenir. Industrie au service du sexe masculin. Là il n’est pas question de sentiment amoureux, de beauté, d’intelligence, de rencontres humaines, d’échanges entre personnes d’égale valeur.
C’est aussi une industrie purement commerciale qui n’existe que parce qu’il y a des demandeurs, des clients, pas des clientes.
La totale objectivation du corps féminin ramené à un dispositif d’excitation et d’usage sexuel derrière lequel disparait l’humanité féminine, ne m’apparait pas de l’ordre d’une sexualité libérée entre personnes adultes consentantes.
Les choses sont un peu plus compliquée, dans la réalité. Loin de moi l’idée de dire de la pornographie que c’est un idéal ou un exemple, mais il existe plusieurs sortes d’industrie X, et chacune des actrices a un vécu et une personnalité qui lui sont propres. Certaines sont très épanouies et leur vie ne se résume pas à leur métier, dont au demeurant on peut penser ce qu’on veut. Mais là n’est pas la question. Ce qui me gêne, c’est que les intégristes religieux qui souhaitent faire de la femme une machine à procréer et qui considèrent la nudité féminine comme une”incitation au péché” tiennent eux aussi ce genre de discours contre le X, la nudité dans les médias etc…Et si certain(e)s féministes commencent à raisonner comme des intégristes religieux, je me dis que l’horizon du féminisme est bien sombre. Il fut une époque où les oeuvres du marquis de Sade, un monument de la littérature, furent mises à l’index pour des raisons un peu similaires, et je ne souhaite vraiment pas vivre dans une société où règnerait une sorte de puritanisme à l’américaine. Le puritanisme est une déviance du féminisme, de la même façon que le nationalisme est une déviance du patriotisme ou que le fanatisme est une déviance de la foi. Cordialement.
C’est vrai que la dissimulation islamique du corps de la femme et son exploitation commerciale pornographique me semblent toutes deux éloignée de la féminité humaniste libérée que j’appelle de mes vœux. elles se dénoncent d’ailleurs et se justifient l’une l’autre. Ce n’est en l’occurrence pas le labeur de la femme pornographe, artisane besogneuse, qui me pose problème, mais bien l’image totalement objectisé du corps de la femme. De même, si quelqu’un affirme “toutes les femmes ne sont pas plus que des sacs à foutre”, ce n’ait pas tant celui ou celle qui l’affirme que je jugerais en danger – je le poursuivrai pour diffamation méprisante et inhumaine des femmes – mais les femmes ramenées à cela. Maintenant, je ne suis guère répressif. En matière de prostitution, un combat ancien et déterminé, difficile, j’ai toujours milité contre la répression des femmes prostituées – soit volontaires libres, soit plus souvent esclaves sexuelles soumises à une épouvantable contrainte, mais pour la répression déterminée des réseaux de traite esclavagiste et la responsabilisation des clients. Voila ma position morale longuement élaborée, ici hélas résumée.
Totalement d’accord avec vous en ce qui concerne la prostitution, qui est souvent une forme d’esclavagisme. Le seul problème c’est que vous faites un parallèle entre cette pratique ignoble et l’industrie du X, alors que ce sont (sauf exceptions sordides) deux choses qui n’ont absolument rien à voir. Prenez une actrice X comme Chanel Preston, dont le nom est suffisamment connu, croyez-vous que ce ne soit pas une personne consentante et libre de ses choix ? Ce n’est pas une prostituée, c’est une femme plutôt équilibrée et bien dans ses baskets qui fait parfaitement la distinction entre son métier et sa vie privée. Maintenant si vous me dites que ce genre d’industrie renvoie une image dégradante de la femme, je vous répondrai que beaucoup de femmes ne sont pas de cet avis et qu’en réalité chacun y voit ce qu’il veut y voir. Que des adultes consentants aient des relations filmées n’a rien en soi de dégradant : celui qui respecte les femmes y verra un simple spectacle esthétique et celui qui au contraire a des opinions sexistes ne le deviendra pas plus qu’avant. Comme je l’ai dit plus haut, ce genre d’industrie ou de divertissements ne saurait constituer un idéal ou un mode de vie à suivre, mais émettre l’hypothèse que ce serait une incitation au sexisme me semble en décalage avec la réalité et simpliste. L’incitation au sexisme est en revanche bien réelle dans les textes de certains rappeurs ou certains sites d’internet particulièrement scabreux. Là, effectivement, on trouve ce que vous appelez une image “objectisée du corps de la femme”. Et puis il y a surtout lles intégristes religieux, (et pas seulement islamistes). Je ne souhaitais pas au départ me lancer dans une longue digression sur le X, dont je me fiche, le but de mon propos était avant tout de montrer le danger que représente une vision puritaine du monde et l’impasse dans laquelle elle mène le combat féministe. Cordialement.
Donc je remplace “même sous-jacente” par “toujours”. L’industrie du sexe a pour objet uniquement de répondre ou de devancer le désir sexuel masculin , le corps de la femme n’étant qu’un moyen d’y parvenir. Industrie au service du sexe masculin. Là il n’est pas question de sentiment amoureux, de beauté, d’intelligence, de rencontres humaines, d’échanges entre personnes d’égale valeur.
C’est aussi une industrie purement commerciale qui n’existe que parce qu’il y a des demandeurs, des clients, pas des clientes.
Chère Michèle lung, désolé de vous contredire, mais certaines femmes tout à fait respectables aiment les vidéos X. La demande existe aussi chez le sexe féminin, et même de plus en plus. La frontière entre pornographie et érotisme étant par nature très subjective, chacun ou chacune y voit ce qu’il ou elle veut y voir. Cordialement.
Je dois donc être très naïve pour ne pas dire complètement neuneu, si ce que vous affirmez est exact. S’agirait-il donc dans ces vidéos de plaisir sexuel féminin autant que masculin? Je persiste à ne pas y croire.
Pardon, je viens de me relire : le terme qui convient est “déviation” et non “déviance”.
Et il faut lire “les choses sont plus complexes” au lieu de “compliquées”…d’où l’intérêt de se relire avant d’appuyer sur “laisser un commentaire”.
Sylvain, si vous me connaissiez, vous me sauriez à des années lumières du puritanisme. De plus, je vous ai expliqué que les actrices du X n’étaient nullement sujet de mon inquiétude majeure, en général car j’ai eu à connaitre se situations d’exploitation esclavagiste sous contrainte de jeunes femmes. Rien de plus beau qu’un acte d’amour, mais c’est exceptionnellement ce que présente le hard X. Bien souvent, il donne à voir une image dégradante de la femme, deshumanisée, objectisée, parfois bestialisée, brutalisée. Oui, produire ces spectacles m’apparait mériter d’être ajouté à la liste des manifestations de sexisme. Bonne journée.
Bonjour Monsieur Kahn. Il y a de tout dans l’industrie du X. Certains mariages sont de vrais désastres et finissent même parfois de manière dramatique. Ce n’est pas pour autant que je jette l’anathème sur l’idée de mariage, car quelques-uns sont de vrais contes de fées et, contrairement aux apparences, je suis un incorrigible sentimental. Pour l’industrie du X, c’est un peu, toutes proportions gardées, la même chose.
Pour revenir au sujet de la discussion, le sexisme, on est tous d’accord pour dire que les viols, les réseaux de prostitution, les mariages forcés et le harcèlement sexuel sont des abjections qui doivent être combattues de manière implacable. Tout comme les discriminations sexistes et homophobes instituées par le fanatisme religieux. Vous et moi sommes donc bien d’accord sur l’essentiel. Je ne vous accuse pas de puritanisme, mais cette dérive existe chez certaines pseudo-féministes qui se trompent de cibles. Très cordialement.