PHARMACOVIGILANCE


Les ultimes essais cliniques sur la base desquels sont prises les autorisations de mises sur le marché – dits de phase 3 – enrôlent en général entre quelques dizaines et une centaine de milliers de volontaires en population générales ou pour les maladies fréquentes, beaucoup moins pour les affections plus rares. De ce fait, si la fréquence d’un effet secondaire sévère est de l’ordre de 1 pour 100.000 ou inférieure, s’il est très tardif, s’il ne concerne que des situations particulières, cet effet ne sera pas reconnu avant la mise sur le marché du produit qui doit de ce fait être impérativement associée à une procédure soigneuse et prolongée de recueil et d’analyse de toutes les alertes. C’est ce que l’on dénomme la pharmacovigilance.

Tout le monde a en mémoire les drames des malformations fœtales provoquées par la Thalidomide, la Dépakine, le Distilbène…

Dans la catégorie des effets à long terme, le scandale du Médiator, produit Servier, est dans tous les esprits. Cependant, le plus dramatique de l’histoire récente est celui du Vioxx, un antiinflammatoire non stéroïdien Merck Sharp & Dohme. Ce produit très innovant est mis sur le marché en 1999. Il devient rapidement un « blockbuster » utilisé par au moins vingt millions de personnes rien qu’aux aux États-Unis et cause dans ce pays la mort d’au moins 60.000 personnes. Avant son retrait du marché en 2004, le Vioxx engrange un cumul des ventes supérieur à 11 milliards de dollars. Dès 2001, en fait, la pharmacovigilance établi que le Vioxx accroit le risque d’infarctus du myocarde, il sera établi qu’il est multiplié par six. Et l’enquête révèle que des essais de phase 3 suggéraient déjà une telle dangerosité au fabricant.

Dans les épisodes récents des débuts de l’utilisation large des vaccins anti-covid à vecteurs adénoviraux, ceux des firmes Astra-Zeneca puis Johnson & Johnson (on n’a pas de données pour le vaccin Spoutnik russe), la pharmacovigilance a bien joué son rôle puisque après quelques mois – semaines pour J&J -, d’utilisation , le risque spécifique d’un syndrome sinon rarissime associant coagulation intravasculaire, thrombopénie secondaire et thromboses de veines profondes cérébrales ou abdominales est reconnu ; il frappe une personne sur 100.000 en moyenne (les chiffres s’affineront, ils sont au 24 avril de 1/40.000 au Danemark, 1/100.000 à 1/120.000 ailleurs) ; la mortalité de ces complication est de l’ordre de 30%. Ces données rapidement acquises permettent en peu de temps de limiter l’usage de ces vaccins aux populations chez lesquelles le rapport bénéfice-risque de la vaccination reste très favorables car elles sont les plus exposées aux formes graves de covid, après 18 à 30 ans aux États-Unis (J&J), 30 ans en GB, 55 à 60 ans ailleurs. La confiance dans les vaccins en général est maintenue à un haut niveau. Si, après vaccination de deux cents millions de personnes, les conséquences graves avaient été brutalement rapportées chez 2000 personnes, mortelles chez 600, cela eut été un désastre à plusieurs titres !

J’ai, je dois l’avouer, été très surpris de l’indignation déclenchée par les alertes et les mesures prudentielles qui les ont suivi. Même chez certains confrères et collègues. Alors qu’il y a toutes les raisons de se féliciter de la rapidité du traitement de ces données de pharmacovigilance.

Axel Kahn, le 24 avril 2021.

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19 thoughts on “PHARMACOVIGILANCE

  1. Bonjour Monsieur
    Ne peux- t – on cependant penser que les anglais , dont l’épidémiologie est fort bonne , n’ont pas alerté sur ce problème pour pouvoir poursuivre rapidement leur vaccination? Et la cela pose plus question , la vaccination a 20 ans étant surtout altruiste pour l’instant.
    Merci pour vos explications toujours passionnantes pour la pédiatre que je suis

  2. Bonjour Professeur,
    Merci pour tout votre travail.
    J’ai deux questions svp :
    1) Que pensez-vous du risque d’insertion de l’ADN du vecteur adénoviral dans le génome de la cellule hôte et du risque d’oncogenèse ?
    2) Sait-on combien de temps l’ADN du vecteur (adénoviral) peut rester dans l’organisme (sous forme quiescente dans le noyau de la cellule) dans le cadre d’un vaccin comme celui d’Astrazeneca ?
    Merci infiniment pour vos réponses éclairées.

    • En principe, l’ADN adénoviral ne s’intègre pas dans le génome de l’hôte. Raison pour laquelle il a été abandonné comme vecteur de thérapie génique au profit des lentivirus ou de l’AAV.

      • Merci beaucoup pour votre réponse.
        Désolé d’abuser de votre temps un tout petit peu plus mais si vous le permettez j’aimerais une petite précision :
        Et qu’en est-il simplement du risque de persistance de l’ADN recombinant dans le noyau de certaines cellules (sans insertion) ?
        J’avais cru lire dans certaines études sur des modèles animaux qu’on retrouvait, plusieurs mois après injection intramusculaire de vecteur adenoviral, une persistance de cet ADN sur biopsies, principalement au site d’inoculation.
        A-t-on aujourd’hui des données sur son temps d’élimination, sa durée de persistance, etc… ?
        Le coté éphémère de la quasi-totalité des vaccins concerne-t-il également Astrazeneca et autres vaccins à vecteur adénoviraux ?
        Merci beaucoup du temps que vous consacrez à nous informer.
        Cordialement

        • Oui, l’ADN est assez stable, il peut persister non intégré au génome quelques semaines. Ce n’est pas pour moi sujet d’inquiétude.

  3. Bonjour,

    Les gens sont peu réceptifs à la notion de bénéfice/risque à propos des vaccins d’astrazeneca et Johnson et Johnson. Ils se disent que nous disposons d’autres vaccins (pfizer en particulier) qui ne présentent apparemment pas le risque de thromboses (quand bien même seraient-ils rares) et qui de surcroît semblent beaucoup plus efficaces.

    Et à l’évidence, même si il n’y a qu’un risque sur 100000, compte tenu du nombre d’injections qui sont et seront réalisées, il y aura d’autres thromboses et d’autres morts. En fait, c’est comme le loto. Le risque (ou la chance) a beau être minime, cela finira toujours par “tomber sur quelqu’un’. Que répondez-vous aux personnes qui tiennent ce raisonnement ?

    • Oui, vous avez raison. Lorsque les vaccins ARN seront abondants, le vaccin AZ sera abandonné. Peut-être J&J.

  4. Bonjour Monsieur, est-on absolument sûr que l’adenovirus simien de l’AZ ne sera pas à l’origine de certains cancers. Après tout, d’autres adenovirus sont oncogenes, non?

  5. J’ai l’impression que la défiance envers le vaccin Astra Zeneca n’est pas tant due aux rares effets secondaires graves mais plutôt au fait que la 2e dose AZ est trop lointaine. Les gens se disent que s’ils prennent maintenant AZ, ils ne seront protégés que trois mois plus tard, tandis que s’ils attendent 2-3 semaines pour un vaccin ARN ils seront non seulement mieux protégés mais surtout plus rapidement, puisque les ARN protègent mieux et la 2e dose est plus rapprochée.

    • La seconde dose des virus ARN est maintenant préconisée 6 semaines après la première, voire 6 mois pour l’Académie de médecine !

  6. Nous voila arrivés a la dernier semaine d’avril…. et l’excellent site COVID tracker nous annonce que nous sommes 8 millions de francais a avoir recu une vaccination complete en 2 doses. Medecin, je suis sidérée, sachant que des lundi, et plus generalement le trois mai les gens en age de travailler vont s’agglutiner dans les transports en commun, les bistrots se preparent a Paris a reouvrir leur terrasses…. et ca va repartir comme l’eté dernier : bavardages sans masque (alibi : la tasse de café) pendant des heures. Et alors que six milles personnes sont en reanimation. Et queles mutant de 2021 sont des fusées.
    Je suis atterrée par les chiffres de vaccinations que je lis sur le site COVID TRACKER. De quelles armes disposons nous pour accelerer la distribution de vaccins ?

  7. Je vous sens très attristé par l’attitude de (certains) de vos collègues. Vous vous en êtes exprimé sur Facebook également. Cette situation inédite bouleverse la réflexion de personnes que l’on imaginait très cartésiennes, nous l’observons tous autour de nous. Ne faiblissez pas, nous sommes nombreux à vous suivre dans votre raisonnement et surtout dans votre volonté de “servir”. Merci BEAUCOUP !
    Dominique

    • Bonjour,
      Merci pour ces chroniques régulières et le partage de votre point de vue.
      De manière générale le risque lié à la vaccination est étudié ou défini sur le court terme ou en tout cas rapidement après la vaccination (allergies, thromboses…). Je suis assez étonné qu’il ne soit jamais évoqué les risques potentiels à plus longue echeance. Savez vous pourquoi? Y a t il un risque que nous ne pouvons pas identifier aujourd’hui du même type que ceux décrits dans votre blog pour les médicaments ? Est ce un risque comparable à tout autre type de vaccin avec du coup une balance bénéfice risque largement favorable? Certes le retour d experience manque mais je pense que nous sommes nombreux à nous poser cette question, pourtant élémentaire, sans jamais que ce sujet ne soit abordé. Je vous remercie d avance pour votre réponse.

      • Y a t il des effets secondaires à long terme avec les vaccins en général ? On n’entend pas grand chose car probablement n’y a t il pas grand chose non plus … Par contre je peux vous faire part d’une conversation datant de la semaine passée avec une de mes filles qui est infirmière dans un centre de revalidation (accidentés de la route, amputations dues au diabète, AVC, etc ET les malades post covid ) . Je la cite à propos des post covid: “je n’ai pas jamais vu des cas aussi effrayants, c’est répugnant ! Ces malades ont été couchés sur le ventre pdt des semaines et présentent des escarres sur le ventre et les cuisses, et maintenant ce sont des escarres sur le dos. Certains sont encore intubés par la trachée et ont des quintes de toux , le bruit qui en résulte est effrayant , il faut ensuite aspirer les glaires avec un aspirateur. Certains disent (on comprend difficilement ce qu’ils disent) qu’ils préfèreraient “partir” … Et pour terminer, elle me disait: “au lieu de montrer les patients placés en coma artificiel dans les hôpitaux et les morts , ils feraient bien mieux de montrer les post covid, ça aurait plus d’impact !”

        • Merci pour votre réponse Martin.
          Rassurez vous, je ne doute pas une seule seconde du bien-fondé de la vaccination. Je la ferai des que possible. Je m interroge juste sur cette opacité qui mériterait d etre levée pour justement convaincre le plus grand nombre.

  8. Bonjour Docteur,
    Je me permets de vous demander votre avis sur une question liée à la vaccination Covid que je ne vois jamais abordée dans les médias : un article du Vidal mentionne des interrogations concernant d’éventuels anticorps “favorisants” qui pourraient être générés du fait justement de la vaccination et qui seraient susceptibles de conduire à des formes aggravées de la maladie en cas de 2ème infection. Il s’agirait donc d’effets indésirables à long terme. Il est même précisé que pour cette raison le taux d’anticorps devrait être surveillé chez les personnes vaccinées. Qu’en pensez-vous personnellement ? J’ai 69 ans et redoute de me faire vacciner si de telles interrogations subsistent. Je vous remercie pour votre réponse.

  9. Bonjour professeur,
    Je suis régulièrement vos interventions et je vous remercie pour votre honnêteté intellectuelle.
    J’ai 71 ans et j’ai reçu ma 1° dose d’AZ quelques jours avant sa suspension.Effets secondaires légers mais je suis très angoissée à l’idée de recevoir la seconde dose(car non éligible à un autre vaccin).
    Le médecin m’a prescrit des anti dépresseurs mais est-il raisonnable de les prendre, n’y a-t-il pas de possibles interférences avec ce vaccin?
    Et en cas de nouvelle vaccination (à l’automne) , pourrons nous prétendre à un vaccin ARN ?
    Je vous remercie pour votre réponse.

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