PIÉMONT, DU BÉARN AU PAYS BASQUE


Ce fut alors le règne sans partage du maïs dont il est possible d’apprécier les qualités agronomiques et l’importance économique tout en se lassant des paysages de monoculture traversés. Vous imaginez de ce fait ma satisfaction à retrouver en m’avançant vers le sud-ouest du Béarn des paysages qui annoncent le piémont pyrénéen. En principe, j’aurais du entre-apercevoir déjà la chaine montagneuse depuis trois jours depuis les crêtes encore modestes qui sont les premières manifestations du plissement d’où sont nées les Alpes et les Pyrénées. Ces ondulations ont d’abord été fort espacées, séparées par d’interminables plaines où j’ai retrouvé soit mon ami le maïs – à ce propos, j’en ai mesuré hier matin à près de deux mètres de haut, preuve supplémentaire qu’il pousse à vue d’oeil, car sinon ce serait dire qu’il vient mieux au Béarn que dans les Landes ce qu’Henri Emmanuelli ne me pardonnerait pas -, soit le bassin de Lacq, passionnants sujets de réflexion mais objets “touristiques d’intérêt limité. Depuis l’abbaye de Sauvelade croisée hier matin les choses changent, les vallonnements se sont rapprochés les uns des autres selon une orientation générale parallèle à la chaine des Pyrénées, entrecoupés par des vallées plus étroites et elles-mêmes “ridées”. Les vaches et leurs clochailles sont réapparues, les pentes des prairies entrecoupées de boqueteaux deviennent plus raides, les fleurs réapparaissent dans leur diversité au bord des chemins, on s’approche d’une vraie montagne, on la sent même si on ne la voit pas encore vraiment, sauf ce matin pour les sommets basques situés le plus au nord.

Le Béarn traversé est, en contraste frappant avec le reste du chemin de Saint Jacques depuis le Haut-Forez après Vézelay, très pauvre en chapelles, églises ou sanctuaires plus importants. La transition est brutale quand on vient de la Gascogne gersoise qui possède une impressionnante profusion de ces édifices religieux souvent exceptionnels. C’est que les guerres de religion sont passées par là et qu’elles ont été féroces en Béarn. Jeanne d’Albret, la fille d’Henri II et la mère d’Henri III de Navarre (futur Henri IV de France), chacun le sait, s’est convertie à la religion réformée. Nièce de François Ier, elle a été élevée dans la religion catholique et a épousé le très papiste Antoine de Bourbon, premier prince du sang. Sans doute sensible à l’influence de sa mère Marguerite de Navarre, proche du protestantisme, Jeanne s’en rapproche elle-même alors qu’elle est devenue reine de Navarre à la mort de père. L’arrivée du pasteur Théodore de Bèze à sa cour hâte sa conversion officielle à Noël 1560. Elle devient alors une militante acharnée de “la cause”, fait transformer les églises en temples, guerroie avec les troupes protestantes. Elle échappe en 1569 à la défaite probable contre les troupes de Charles IX grâce d’abord à la résistance inflexible de la bastide de Navarrenx que son père Henri II a fait fortifié par un architecte italien, après la conquête de la Basse Navarre par l’Espagne, en une citadelle imprenable, puis par l’intervention de l’armée de secours anglaise commandée par Montgomery. Les luttes sont par conséquent violentes, seules les églises passées au culte réformé subsistent.

Ce matin, le passage, du gave “le Saison” a marqué un changement complet et immédiat dans l’habitât. La maison béarnaise est en général en pierres grises ou blondes ; à Litchos, dès le gave franchi, elles sont toutes devenues blanches, passées à la chaux, aux volets en général, ici dans la Soule, rouge-foncé bruns. Cette province basque, puisque le gave en marque la frontière, est agricole, elle était jadis exploitée par les nombreux métayers d’un petit nombre de gros propriétaires. C’est dire, compte tenu de l’iniquité du système, que la pauvreté régnait. Les huisseries étaient aussi “peintes” au sang de boeuf qui ne coutait rien. Selon un principe de même ordre, les pécheurs basques d’antan utilisaient pour leur part le résidu de la peinture à bateaux, expliquant la tradition sur la côte des volets verts et bleus. Le paysage de la Soule, puis de la Basse Navarre vite abordée avant Saint-Palais, est en revanche dans la continuité de celui que j’ai auparavant décrit, fait de collines presque contigües ou paissent des vaches de la race des “Blondes d’Aquitaine” et où poussent de plus petites parcelles de maïs, moins irrigué qu’en Béarn ou en Gascogne et d’aspect un peu différent. C’est que sous contrat avec les grands semenciers nationaux et internationaux, des agriculteurs préparent ici des semences hybrides en plantant des successions de quelques rang d’une variété mâle castrée avant l’époque de la pollinisation, et d’une autre variété qui jouera le rôle de pollinisatrice obligatoire.

Demain, une longue étape m’amènera aux pieds des Pyrénées, dans la ville basque de Basse Navarre, Saint-Jean-Pied-de-Port. Peut-être, dimanche, pousserai-je une première fois jusqu’au col frontière qui mène à Ronceveau, puis je quitterai définitivement le Camino pour suivre, à partir de lundi et accompagné de mon épouse, la crête pyrénéenne jusqu’à Ascain, à une encablure de Saint-Jean-de-Luz.

Auparavant, ayant trempé le gros orteil droit dans la Meuse à la frontière belge, j’aurai humecté le gauche dans la Bidassoa. Nous serons le premier aout, je serai arrivé.

Axel Kahn, le vingt-six juillet 2013.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 thoughts on “PIÉMONT, DU BÉARN AU PAYS BASQUE

  1. Bonjour… Il se chuchote et se murmure à Paris, que les Ministres et leurs cours respectives vont attaquer la Route dans un dénuement total et égal au vôtre et qu’en chemin, ils/elles seront attentifs au moindre frémissement de “reprise”. La copie est à rendre dans une quinzaine de jours… La Révolution est en marche ! Votre -dé-marche vient d’y contribuer…
    Bonne FIN de route et portez-vous bien

  2. Cher Monsieur Axel Kahn

    Ces quelques lignes pour vous dire notre admiration pour ce parcours « raisonnable et humain », riche d’anecdotes que, nous savourons depuis votre départ. Dommage que votre itinérance s’arrête à Ascain. Mais vous connaissant un nouvel épisode n’est peut être pas exclu dans le futur.
    Avec beaucoup de plaisir, le récit des étapes nous permet de découvrir ou de retrouver des lieux voire, de nous remémorer des nuances comme le bleu de Lectoure. Au travers de vos pérégrinations dans le Gers, nous avions l’impression, de marcher à vos côtés… dans les pas de d’Artagnan.

    Après des années passées à Paris au service d’un Institut que vous connaissez bien, nous avons depuis, élu domicile dans le Béarn. Plus précisément, à quelques lieues du Château d’Arricau Bordes appartenu ayant au XVIII °s, à la famille Montesquiou d’Artagnan… Nous sommes installés en pleine nature, avec la chaîne des Pyrénées pour horizon. Notre région du Vic Bihl recèle de vignobles produisant le Madiran, riche en polyphénols et le Pacherenc, des valeurs sûres pour accompagner la gastronomie régionale.

    Mais qui sommes-nous ?
    Mon épouse a travaillé auprès de notre ami Pierre Corvol.
    Avec beaucoup de plaisir ’ai eu, maintes fois, l’occasion de croiser votre route. Dans le cadre des CIJ, par exemple, lors un parcours matinal autour l’ile Berder ou a la Feria del Libro de Bogota. A ma demande, en septembre 1999, vous m’adressiez un texte sur votre vision de l’image. « L’image est pour le chercheur en biologie un lieu où se confrontent une hypothèse et une vision fugace de la réalité, mais où devrait toujours aussi pouvoir ce tapir le joyau imprévu dont rêve tout scientifique ».
    Ce texte a fait le tour du monde….
    Je n’en dirai pas plus car, connaissant votre perspicacité, j’imagine que vous m’avez déjà démasqué.

    Avant que vous ne quittiez cette chaude mais belle région, nous aurions plaisir à vous rencontrer et à vous recevoir avec Madame, à votre convenance. Serait-ce possible sans interférer dans vos projets.

    Avec nos amicales pensées. Annie et Michel Depardieu 0631703550
    m-depardieu@orange.fr 18 CD 143 – 64330 TADOUSSE USSAU

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