QUINQUENNAT MACRON AN DEUX : AU FIL DE L’HISTOIRE EN ACCÉLÉRÉ


Le sept mai 2017, à vingt heures, j’ai publié un billet intitulé : « Quel type de Président sera Emmanuel Macron.  https://axelkahn.fr/type-de-president-sera-emmanuel-macron/ Vingt-deux mois après, qu’en est-il ? Voici un résumé synoptique de ce début de quinquennat. Arrivera-t-il à son terme, et si oui dans quelles conditions ?

  • Sept Mai 2017. Emmanuel Macron est élu Président de la République par plus de 66 % des voix, avec 25% d’abstentions. Il avait obtenu 23% des suffrages au premier tour. Moins que Nicolas Sarkozy et François Hollande, plus que Jacques Chirac en 2002. Son programme était relativement explicite. De coloration nettement libérale néoclassique sur le plan économique, libérale centriste sur le plan sociétal, pro-européenne et volontariste pour ce qui est de l’Europe et du monde. L’appui du Modem de François Bayrou a été essentiel dans cette victoire. Dans la foulée, les législatives de juin lui donne la majorité absolue à l’Assemblée avec  LREM, même sans le Modem.
  • Mai 2017 – janvier 2018. Les Français sont sans doute nombreux à être plutôt hostiles à des mesures telles la réforme de la l’ISF, une politique ouvertement pro-business de l’offre, la hausse de la CSG non compensée pour les retraités. Cependant, cela faisait explicitement partie du programme du candidat. Sa popularité reste assez bonne jusqu’à la fin de l’année, la réforme du code du travail est adoptée sans coup férir. Les mobilisations syndicales et de LFI sont des échecs au moins relatifs. L’opinion publique, comme avec Nicolas Sarkozy en 2007, est sans doute prête à accorder du crédit au nouvel élu.  À la condition qu’elle produise des résultats perceptibles par les gens.
  • Janvier – juillet 2018, les bulletins de retraites amputés de la hausse de la CGG arrivent aux destinataires. L’émoi est intense, la mise en accusation du « Président des riches qui fait la poche des pauvres retraités » s’accroit. Sur le plan politique, le soutien à Emmanuel Macron se limite nettement au Modem. Les ouvertures vers l’UDI, les LR et le PS se referment. Pourtant, la réforme ferroviaire, plutôt populaire à droite, est conclue sans obstacle véritable. De même, le mouvement universitaire contre Parcoursup, impulsé par LFI et l’extrême gauche, reste ultra-minoritaire et ne met pas en danger la réforme.
  • Juillet 2018. L’affaire Benalla, en réalité minuscule, est traitée comme une affaire d’État. Toute la presse sans exception affiche désormais une hostilité plus ou moins grande à l’encontre de Macron : virulente à Valeur Actuelles, Le Figaro, Le Monde, Médiapart. Forte à Libération. Nette à l’Obs, au Point, à l’Express, à Marianne. Le Sénat forme une commission d’enquête à charge, assez hargneuse. J’écris pour ma part un papier « Ils ne le lâcherons plus » où je me déclare pessimiste sur la suite du quinquennat. L’organisation en parti véritable de LREM est un échec, elle est quasi-inexistante sur les territoires. Toutes les forces politiques en dehors du Modem sont désormais opposées au Président, ainsi que toute la presse. Gouverner et réformer dans ces conditions m’apparaît une gageure peu tenable.
  • Mi-2018. Les statistiques témoignent que, partis en trombe, les résultats économiques de la politique de l’exécutif sont médiocres : le chômage stagne, la croissance est poussive, d’autres pays d’Europe font beaucoup mieux. J’analyse dans un billet la lourde faute de l’économiste Emmanuel Macron. Soucieux avant tout d’impulser la politique de l’offre et de rentrer dès 2017 dans les limites européennes de 3 % tolérés de déficit budgétaire, son gouvernement diffère à la fin de l’année les mesures censées donner un petit coup de pouce au pouvoir d’achat qui baisse d’abord un peu jusqu’au printemps 2018 avant de se rétablir et d’augmenter légèrement en fin d’année. L’opinion publique était prête à voir les résultats des réformes libérales mises en œuvre. Elle voit, ne reste que son opposition croissante à l’injustice ressentie de la politique du « président des riches ». La confiance s’effondre, les « anticipations positives » des consommateurs s’épuisent. Le contexte européen et international des affaires se dégrade.
  • Sur le plan international, la politique européenne du Président se heurte à la montée des populismes. Des débuts internationaux prometteurs avec Vladimir Poutine et Donad Trump ne se confirment pas.
  • Depuis le début du quinquennat, et même auparavant lorsque Macron était Ministre de François Hollande, son « parler vrai » assumé est reçu comme une marque de mépris et d’arrogance. De fait, cela y ressemble à l’occasion fichtrement. Toujours dénoncées par son opposition, les « petites phrases de Macron » deviennent vite insupportables à une partie croissante des citoyen(ne)s.
  • Haine. Emmanuel Macron, homme jeune, visage avenant, lettré, un brin aristocratique, ancien banquier de chez Rothschild, jugé condescendant, est susceptible de séduire autant que d’attirer la haine. C’est désormais une haine sans borne qui domine.
  • Macron est très inexpérimenté en politique, exagérément confiant en son intelligence et en son intuition. L’épisode de l’augmentation de la la CSG non compensée pour les retraités en témoigne. Il multiplie les interventions à la marge sur les cotisations et taxes, confiant que la somme algébrique sera bénéficiaire aux salariés. Algébrique mais non politique : la perception individuelle négative d’un retrait de trente euros l’emporte de loin sur la satisfaction d’un coup de pouce de quarante euros. La grogne est générale.
  • Des territoires éloignés et jadis industriels sont laminés depuis des décennies (Ardennes, Champagne, Centre, Loire, Aveyron, etc). Les agriculteurs se raréfient à mesure que la taille des exploitations augmente. J’ai décrit durant mes deux traversées pédestres de la France en 2013 et 2014 des « populations en état de sécession ». Le phénomène ne date évidemment pas du président actuel. Cependant, son style, la limitation à 80 km/h de la vitesse automobile sur les routes et l’accroissement de la taxe carbone sur les carburants exaspèrent une population très majoritairement de droite dont un tiers à plus de la moitié des électeurs votent FN depuis la dernière décennie.
  • Novembre 2018. Dans ce contexte, le mouvement des gilets jaunes lancé sur les réseaux sociaux par des personnes sans appartenance politique marquée prend comme un incendie à proximité d’une réserve de poudre. D’emblée des mouvements identitaires, nationaliste, fascisants embrayent. Les premiers mots d’ordre factieux et séditieux fleurissent sur les réseaux. Les partis d’extrême droite puis la droite viennent en soutien.
  • LFI et la gauche hésitent, les syndicats restent sur la réserve. Cependant, dès le milieu novembre, la direction du PS et autres groupes de gauche manifestent leur compréhension du mouvement, LFI s’engage. Elle appelle aux manifestations des  gilets jaunes, notamment dans le quartier de l’Élysée. On voit sur les Champs-Élysées, au milieu des manifestants, des députés de LFI, des leaders connus de groupes d’extrême-droite et quelques personnalités du Rassemblement national. Cela ne s’était jamais produit sous les troisième, quatrième et cinquième républiques.
  • Début décembre, le gouvernement et le président sont en grande difficulté. Le « peuple de gauche » est désormais très minoritaire dans le pays, le peuple de droite est majoritaire. Rejoint par une partie du peuple de gauche, cela se manifeste par un soutien massif au mouvement des gilets jaunes. Les manifestations prennent un tour de plus en plus violent à Paris et dans tout le pays. Les mécontentements particuliers tendent à s’agréger, lycées et université frémissent. Les syndicats de salariés sont sous pression.
  • Des concessions sur les mots d’ordre initiaux des gilets jaunes sont et seront sans doute insuffisantes pour stopper le mouvement dont la cible affichée est désormais la démission du président Macron et la dissolution de l’Assemblée nationale. Cette dernière est réclamée par les leaders de LFI et du RN, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Le Président est certain qu’une dissolution de l’AN entraînerait l’élection d’une majorité sans doute écrasante de droite et d’extrême droite. S’il jouait comme Mitterrand après la défaite de 1986 cette carte afin d’apparaître un recours en 2022, il est loin d’être assuré que la majorité serait légaliste et le laisserait terminer son mandat, même sans pouvoir intérieur. Son influence en politique européenne et internationale serait sans doute jugée inacceptable.
  • Si la trêve des confiseurs apaise l’incendie, les inévitables frustrations et incompréhensions de la réception des fiches de salaire amputées du prélèvement à la source pourraient faciliter la reprise du sinistre.
Axel Kahn, le quatre décembre 2018

5 thoughts on “QUINQUENNAT MACRON AN DEUX : AU FIL DE L’HISTOIRE EN ACCÉLÉRÉ

  1. Sue la grogne des retraités, je suis quand même très interrogative. D’abord parce que je connais des retraités (dans ma famille) dont la retraite est bien supérieure à tous les salaires que j’ai pu avoir pendant ma vie professionnelle et aussi parce que sur ma propre retraite de 1600 euros, la diminution de la CSG (15 euros par mois) a été, à peu près compensée par la baisse de la taxe d’habitation. Ensuite, étant malade depuis 14 mois (hospitalisée 7 mois), j’ai constaté que les services de santé continuent de fournir des services de qualité et que la sécurité sociale permet des soins que peu de gens pourraient s’offrir sans elle. Hors les retraités, du fait de l’âge, sont de gros consommateurs de soins…
    En cas de changement complet de majorité, je crains que beaucoup ait à regretter “l’ère Macron” malgré toutes les erreurs commises par le gouvernement.

    • Moi aussi, je nourris les plus grandes craintes pour la Sécurité sociale si la droite prenait le pouvoir. Le gâteau à donner aux assurances privées serait trop tentant pour la droite.

  2. Mr Kahn, les notions “peuple de gauche” et “peuple de droite” sont des notions TOTALEMENT vides de sens. Être,prisonnier d’une étiquette politique est déjà en soi un signe d’aliénation et de soumission intellectuelle : la majorité des gens, a fortiori s’ils possèdent un minimum d’esprit critique, ne se laissent pas embrigader dans une idéologie, c’est-à-dire dans une secte, et n’appartiennent pas plus au “peuple de droite” qu’au “peuple de gauche”. Il faudra d,ailleurs que vous m’expliquiez ce qui existe de commun entre un électeur de Florence Portelli et un électeur de Marion Maréchal Le Pen, entre un électeur de Manuel Valls et un électeur du NPA. Penser en terme de “gauche” et de “droite” d’une manière aussi systématique, aussi essentialiste, c’est tout simplement ne pas penser.

    Quant à E.Macron, il mérite tout particulièrement d’être placé dans la liste des “populistes”, pour les raisons que j’avais explicitées dans mes commentaires effacés et pour bien d’autres. LREM est actuellement le parti qui attise le plus le feu et cherche à dresser les Français les uns contre les autres. Le parti qui fait preuve du plus de démagogie. Aucune personne sérieuse ne croit que Macron cherche à préserver l’ordre républicain. C’est d’ailleurs ce qui a poussé Gérard Collomb, qui avait tiré la sonnette d’alarme sur les risque d’implosion de la République et a été systématiquement rembarré par Macron-Castaner-Griveaux, à la démission.
    Et un dernier ajout : vous dites l’extrême droite. Vous devriez plutôt dire une petite partie de l’extrême droite : la plus visible . Je ne sache pas, par exemple, que Houria Bouteldja ait apporté son soutien aux gilets jaunes. Monsieur Kahn, je vous le dis sans animosité, mais parfois vous voyez l’extrême droite là où elle n’est pas, et vous ne la voyez pas là où elle est.
    Bien à vous.

  3. Je n’ai entendu personne jusqu’ici évoquer le fait suivant, qui me semble particulièrement significatif : les trois derniers Présidents de la République ont été élus, au deuxième tour, par une minorité des électeurs inscrits (minorité encore plus faible si l’on regarde par rapport à l’ensemble des français).
    SARKOZY : 42,68 %
    HOLLANDE : 39,07 %
    MACRON : 43,61 %
    Le premier n’a pas pu être réélu. Le second n’a pas pu se représenter. Le troisième est totalement décrédibilisé après un an et demi de mandat.
    Je ne parle même pas des députés dont pour une très grande majorité, le score par rapport aux inscrits est encore nettement plus faible. Pour une proportion d’entre eux non négligeable, ce résultat se situe en dessous de 20 % et dans les pire cas autour de 12 % des inscrits !
    Quand aux sénateurs, ce sont des zombies totalement inconnus des citoyens ordinaires qui ne les élisent pas.
    Et on pense que tout cela ne peut avoir de conséquences ?

    En 1981 un changement était attendu. Il a eu lieu. Puis en 1983, avec le “tournant de la rigueur”, on est revenu aux politiques libérales (avec quelques variantes un peu plus sociales, mais sans changement sur le fond). Ce mouvement s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui avec en plus les “exploits démocratiques” de la remise en cause du vote des français (entre autres) lors du traité européen et la négociation “en secret” et sans débat public du TAFTA.
    Et on pense que tout cela ne peut avoir de conséquences ?

    La question n’est pas épuisée avec ces éléments de réflexion. Peut-on simplement ne pas les évacuer des débats ?

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