RÉFLEXIONS SUR LA MORALE POLITIQUE


Affiche du PS après la loi Maillé

Ce matin, une affiche du parti socialiste opposé en 2009 à la loi Maillé et à l’extension des dérogations au principe du repos dominical, après les déclarations de François Hollande à Lille le 17 avril 2012 (voir mon billet “Le travail le dimanche”, puisqu’on en parle”), m’a amené à réfléchir sur les notions de la morale politique et sur ses références. Celles-ci sont multiples.

1. La sincérité. Dans l’affaire qui nous occupe, admettons que le PS en 2009 et le candidat François Hollande en 2012 aient été sincères, cette sincérité peut néanmoins avoir à s’articuler avec un autre principe :

2. Le réalisme et l’adaptation aux circonstances. Si en 2015 les circonstances, le rapport des forces, l’évolution de la situation économique amènent à faire l’inverse de ce que l’on avait annoncé et à aller plus loin dans le sens de la loi du gouvernement de Nicolas Sarkozy que l’on dénonçait (loi Maillé), il importe certainement de faire ce que le “bien public” impose puisque c’est là l’engagement principal d’un élu de l’exécutif. Cependant, ce “pragmatisme” n’exclut pas :

3. La franchise. Cette dernière impose, en principe, de reconnaitre que l’on a changé d’avis et d’en expliciter les raisons devant les citoyens qui seraient sans cela justifiés à se considérer bernés. Du côté des partisans d’un pouvoir en responsabilité exécutive, une valeur importante est sans doute :

4. La loyauté. Il ne fait aucun doute que l’exercice du pouvoir est complexe et que sans l’union de ceux qui ont permis à une équipe de l’exercer, il n’est pas d’action cohérente et durable possible. Cependant, difficile de prétendre que cette loyauté doit toujours l’emporter sur un autre engagement vis-à-vis des électeurs :

5. La fidélité. On ne peut raisonnablement se sentir délié de cette dernière, c’est à dire de l’application du programme sur lequel on a été élu, qu’à la condition de pouvoir arguer avec franchise de sa sincérité, mais de l’obligation devant laquelle on s’est trouvé de faire preuve de réalisme.

Sinon, il serait bien  illégitime pour une équipe qui a choisi de renier ses promesses sans reconnaitre qu’il s’agit d’un reniement, sans convaincre de son absolue nécessité pour des raisons explicitée, d’instruire le  procès en trahison de ceux que la fidélité à la parole donnée pousse à fronder. La sixième vertu “politique” évoquée ici est :

6. Le courage. Il est indispensable aussi bien pour remplir ses engagement dans la loyauté malgré les oppositions de toute sorte lorsque l’on est convaincu que tel est l’intérêt du plus grand nombre de citoyens et du pays que pour savoir ne pas les tenir par réalisme et sens de l’État et sen expliquer devant les Français dans la sincérité. 

Axel Kahn, le vingt-trois février 2015.

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6 thoughts on “RÉFLEXIONS SUR LA MORALE POLITIQUE

  1. J admire la justesse et concision de vos propos , critiques toujours constructives qui ne sentent pas le reglement de compte et la lutte d ego ou de parti en permanence comme chez certains …

  2. Vous faites bien de rappeler ce qui devrait être, pour les élus comme pour les citoyens, des évidences et c’est bien triste de constater qu’elles ne le sont plus.
    J’ajouterais aux références que vous citez une disposition plus guère partagée : le courage. Le courage de dire la vérité aux Français, de ne plus les infantiliser et de leur expliquer que, durant les 10 ou 20 ans à venir, il va falloir se retrousser sérieusement les manches. Mais aussi le courage de dénoncer les puissants animés par rien d’autre que la cupidité.
    Il faut espérer que nous ne manquons pas, parmi le personnel politique, d’hommes de bonne volonté. Il est pourtant à craindre que, parmi ceux-ci, les hommes de courage soient comptés.

    • Vous avez raison, je vais introduire une mention au courage…..
      Merci à tous…..
      En ce qui concerne la nécessité de l’effort, je l’ai notée dans mon billet sur le progrès.

  3. Les philosophes grecs prônaient la nécessité de cultiver les vertus essentielles.En voilà plusieurs de citer, et c’est vrai que le courage était l’une des vertus cardinales. Pour agir comme vous le préconisez, il faut prendre le temps, peut-être de suspendre l’action et d’expliquer.
    Peut-être est-ce la faiblesse de celui qui est au pouvoir et à qui on demande des résultats le plus rapidement possible : le manque de temps ou la sensation que le temps lui manque.

  4. Avoir le souci de conforter et d’ accroître le Bien Commun me semble constituer un fondement éthique à redécouvrir…

  5. conforter et accroître le Bien Commun me semble un principe éthique à redécouvrir…

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