Ce qui était l’expression d’un désarroi provoqué par une impression de territoire durement touché par une crise dont j’ai décelé les manifestations en maints endroits à travers le pays et dénoncé le système et les forces qui en sont les responsables a été qualifié de dénigrement, ce qui est absurde. Je n’entrerai bien sûr pas dans la polémique et ses excès et me contente de reproduire ici la lettre envoyée à Monsieur le directeur du syndicat d’initiative de Decazeville.”
Cher Monsieur,
J’avais appris par la lecture de la Dépêche du Midi que vous désiriez me joindre. Le titre de l’article de ce journal est bien sûr à des années lumières de ce que j’ai ressenti et dont j’ai témoigné. Le dénigrement implique une volonté de nuire alors que j’ai surtout manifesté ma profonde tristesse de ce que j’ai vécu et analysé comme un territoire incroyablement et injustement frappé par la crise dont les habitants sont les premières victimes. J’ai marché pendant soixante-douze jours et parcouru deux mille cent-soixante km de la frontière belge dans les Ardennes à la frontière espagnole et à l’océan au Pays basque. Durant tout ce voyage, j’ai partout fait part de mes impressions, c’est tout ce à quoi un marcheur au long cours a accès. Celles-ci ont cependant été nourries de nombreux entretiens avec tous ceux qui, au courant de mon passage, désiraient me voir ; elles ont aussi en général été confirmées dans les réactions à mes billets sur mon blog, lus chaque soir par plusieurs dizaines de milliers de personnes. Cela a d’ailleurs été aussi le cas de mon billet sur Decazeville, sur Twitter et Face Book.
Lorsque je suis descendu dans la cuvette de Decazeville, j’ai été profondément malheureux de ce que je croyais percevoir. Pendant des jours, je n’ai pu me défaire de cette image. Si vous me connaissez un peu, vous savez aussi ma complète solidarité avec tous les “damnés de la terre”. Mon billet reflète avec une totale sincérité ce que furent mes observations, les contacts noués et les émotions suscitées. A Livinhac, à l’étape, un groupe de citoyens, comme souvent, avait souhaité échanger avec moi. Avant de poster mon billet, bien entendu subjectif puisqu’il est question de ressenti et d’émotions, je l’ai lu aux Aveyronnais présents qui m’ont dit : “Oui, c’est tout à fait cela”, avivant ma tristesse. J’eusse préféré qu’ils me détrompassent. Maintenant, je lis dans la Dépêche que je me suis effectivement trompé, c’est là une merveilleuse nouvelle. Rien ne pourrait me faire plus plaisir que d’apprendre que des entreprises notables se sont implantées à Decazeville, qu’elles créent de l’emploi, que les habitants peuvent croire désormais à leur avenir, que le dynamisme renaît dans la cité. Si telle est la situation, j’avoue ne l’avoir pas perçue et je trouve que c’est formidable.
Croyez, cher Monsieur, à ma plus réelle sympathie, à mon admiration pour votre action et à mon entière solidarité avec les habitants du bassin de Decazeville.
Axel Kahn
Monsieur , j’ai pu parcourir votre commentaire sur decazeville. Exception faite de votre coup de pub gratuite , il ne mérite aucune attention . Le respect de ceux qui se sont battus n’a pas a être bafoué par qui que ce soit . Faire l’amalgame du decazevillois à une personne accroc à l’alcool vêtu de guenilles est intolérable et indigne de la personne que vous semblez vouloir représenter. Se considérer comme un chercheur pédestre avec une attitude aussi affligeante m’interpelle sur la nécessité de vous abreuver ce jour de visite de notre cité. Si le manque de respect de l’homme permet d’être lu nous sommes tombés bien bas . Je ne vous salue pas et vous invite à poursuivre la fréquentation des salons feutrés qui paraissent mieux vous convenir.
Monsieur Bony.
C’est bien d’être Chauvin, mais attention de ne pas l’être trop ! Un humaniste comme Axel Kahn ne peut être attaquer comme vous le faîtes! Je suis très choqué et triste vous ne pouvez que vous être trompé. Je suis du Cantal versant sud dans la vallée de la truyére pas très loin de L’Aveyron. Quand on parle à un grand nombre on prend toujours le risque d’être mal compris par des personnes qui ne disposent pas de tout le recul nécessaire. Je pense que ce n’est pas votre cas, et que vous savez de quoi vous parlez ? Vous pouvez voir la bouteille à moitié pleine, mais d’autres peuvent la voir à moitié vide. Il faut être constructif, vous devriez réfléchir plus encore avec de la tolérance sur l’état de votre région qui s’est bien améliorée, mais il reste toujours des blessures que certains peuvent voir encore avec un regard neuf.
Vous me faîtes un peu pensé à l’écrivain Pierre Joudre qui a écrit le roman ” Pays perdu” à propos de son village natal du Cantal “LUSSAUD” . Quand il est retourné dans son village il s’est fait jeté à coups de pierre. Au fin fond des villages il y a aussi beaucoup d’inculture, on risque toujours mal compris quand on prend trop de hauteur.
Alain CHANTAL
Bonjour Mr Kahn
Après m’être régalée pendant ces trois mois en lisant chaque matin votre blog, je suis triste de lire ces mails tellement violents contre vous, j’imagine que vous êtes touché, et déçu, tout ça est tellement injuste, votre regard clairvoyant sur l’état de la France est des plus passionnants, j’ai écouté l’émission de radio, je n’y ai ressenti aucun mépris pour qui que ce soit, mais toujours de l’empathie, des analyses justes et utiles, des messages d’espoir, des recherches de solutions…
J’ai marché sur le chemin de Compostelle l’année dernière, c’est vrai qu’après Conques, et sa foule, Decazeville était désert, le gite ” les volets bleus ” était à moitié vide, au désespoir de l’ hôtesse.
Vous n’avez rien inventé, je vis moi-même en province près d’une petite ville dont le centre se vide peu à peu, il n’y reste que des banques , et des agences immobilières , presque plus de commerces, nous en sommes sans doute tous un peu responsables quand nous préférons aller faire nos courses dans les grandes surfaces de la périphérie .
J’espère que cette polémique ne va pas gâcher votre bonheur d’avoir réussi votre pari, continuez à participer au débat, nous avons besoin de l’avis de personnes de votre qualité pour inventer de nouvelles manières de vivre ensemble.
Merci encore
Catherine
Cher Monsieur,
Votre mésaventure decazevilloise m’a gentiment fait sourire. Absente au moment de la “polémique”, j’en ai été informée par mon voisinage, dès mon retour cette semaine, tant l’affaire était grave ! “On” avait parlé de Decazeville et “on” en avait dit du mal… ne sachant me contenter de on-dits et de rapports tronqués, je suis venu vous lire “dans le texte” pour juger par moi-même.
Native de Decazeville et y habitant depuis quelques années, je souscris totalement à vos propos, du moins dans leur quasi-totalité. Vous n’avez pas à vous excuser de ce que vous avez vous-même présenté comme un ressenti. Chacun est libre de sa perception, des gens et des choses, et il faut ne pas avoir grande confiance en soi et en ses concitoyens, pour prendre la mouche comme certains l’ont fait.
Alors, oui, Decazeville, un samedi de juillet, premier jour des vacances scolaires, par 34° à l’ombre, entre midi et deux, c’est d’un ennui mortel !
Et c’est là, votre seule “faute”…
Après avoir fidèlement retranscrit le moment, l’ambiance et le lieu, votre empathie vous a empêché de tenir compte des circonstances “accablantes” dans lesquelles vous découvriez la ville.
Je peux vous rassurer, à cette heure là, et par cette chaleur, les decazevillois ne sont pas assez fous pour sortir, ils sont bien mieux chez eux, autour de la table, en famille ; se préparant à prendre un repos bien mérité ou se dépêchant pour repartir au travail… Car tout le monde n’a pas la possibilité de baguenauder sur les chemins, n’est-ce pas.
Et, oui, à part les pauvres pèlerins égarés, il n’y a dans les rues que les malheureux, sans abri, sans espoir, sans ami…
C’est moins pittoresque que les chiens ou les poules, que l’on croise dans nos villages à la même heure, cherchant un peu d’ombre pour leur sieste. Mais c’est moins inquiétant à mes yeux que les “hordes” de touristes qui envahissent les rues de Conques, de Figeac et d’ailleurs sans guère plus, ou mieux, voir les gens du crû, ni appréhender un tant soi peu leur vie.
Notez, que personnellement, je me moque du Chemin de St Jacques, comme de ma première chemise. Il n’est jamais passé ici, et la propension de certains à vouloir en faire à tout prix une étape, semble passablement ridicule aux yeux de la majorité des habitants du Bassin.
Par contre, si vous avez un jour envie de repasser par ici, n’hésitez pas à me faire signe, je me ferai un plaisir de vous accueillir et de vous faire découvrir la réalité de cette ville.
Venez, donc en hiver, il fera moins chaud !
;o)
annick
Vous vous êtes intéressé, cher monsieur, au devenir de cette ville qui depuis longtemps vit dans un passé social et économique révolu. Votre contenu sociologique est d’une rigueur exhaustive. Il s’agit bien d’une ville qui se meurt. 42 % de la population a plus de 60 ans (moyenne France 21 %) sur une population de 6.000 habitants, en une génération 2.500 d’entre eux seront amenés à disparaître. Ce constat est sans appel.
Il est préférable de passer sous silence les manières d’être et d’exister de la population de cette bourgade.
Ils se reconnaissent eux-mêmes avoir “la tête près du bonnet” et s’en glorifient. leurs réponses à vos propos attestent de cet obscurantisme local. Finalement, cher monsieur, vous leur avez fait trop d’honneur en parlant de leur territoire qu’il qualifient de “Decazevillix” eu égard au fait qu’ils savent se battre non pas pour exister mais “réxister” terme d’une action “culturelle menée en 2011 par la collectivité communautaire
Bonjour,
Sur votre blog, je n’arrive plus à accéder à la page consacrée à Decazeville. Choqué par la violence du premier commentaire étant Decazevillois de naissance et de cœur mais ne vivant pas sur place. Il faudrait aux derniers mohicans cet éclair de lucidité pour voir la réalité et prendre le virage en gardant le souvenir de ce bassin comme un laboratoire social vraiment précurseur. Pas bon vent mais bonne marche; merci – Hugues D.