RESSORT, UN PEU D’OPTIMISME 24.7


J’ai signalé le cas de Figeac, noté l’optimisation dans le Quercy des productions d’une terre ingrate, chanté la profusion des productions fruitières et maraîchères en complément d’une riche polyculture et, déjà, du développement d’un actif marché “du gras” (foies gras et confits) dans le Tarn-et-Garonne, etc. Dans certains de ces territoires, la terre est riche (Tarn-et-Garonne, vallée du Lot), dans d’autres elle est aride, dans les deux cas les agents économiques font preuve d’un incontestable ressort qui rejaillit, directement et indirectement, sur les autres secteurs d’activité : les services puisque des richesses sont créées et du pouvoir d’achat engendré, parfois aussi l’industrie sans relation avec l’agroalimentaire lorsqu’elle trouve intérêt à bénéficier en terme de notoriété d’une image valorisante. Tel est le cas de Cahors où une assez grosse société, La Manufacture Appareillage Électrique de Cahors, a tenu à conserver sa référence à la ville tout en diversifiant et internationalisant ses activités. Bien entendu, une telle situation favorable est plus aisée à conserver et à développer dans les régions qui n’ont jamais été massivement industrialisées que dans celles qui ont fait au XIXème siècle le pari du développement industriel quasi-exclusif.

Pourtant, on ne peut s’arrêter seulement à cette observation de bon sens. Je suis ce soir dans le jardin de la famille qui propose la chambre d’hôtes où je vais passer la nuit, sur la ligne de crête de la colline où se trouve Arthez-de-Béarn. À mes pieds se trouve le bassin de Lacq dont le gisement de méthane est maintenant épuisé, comme la mine de houille à ciel ouvert de Decazeville ou les mines de fer de lorraine l’ont été en leur temps. Cependant alors que l’épuisement de la ressource naturelle, au moins son appauvrissement en deçà d’un seuil de rentabilité de l’exploitation, a abouti là à l’un de ces désastres industriels que j’ai notés, on assiste ici, à Lacq, à un réel mouvement de reconversion et d’implantation d’usines nouvelles qui emploient et emploieront des milliers de personnes. Bien sûr, hélas pas autant qu’au temps de la pleine exploitation du gisement mais le mouvement existe, amenant par exemple à l’implantation d’un groupe japonais, Toray, spécialiste de la physicochimie et ingénierie des fibres de carbone. Parmi les paramètres de cette différence de sort il faut relever le type d’activité, ingénierie chimique contre travail de mineur, et le niveau professionnel requis en moyenne. La reconversion à Lacq bénéficie à l’évidence de la possibilité d’utiliser les compétences de nombreux techniciens chimistes dans d’autres secteurs que celui de la chimie du méthane local. Cependant, je suis loin d’être convaincu que dans les autres situations de changement de donne par épuisement d’une ressource naturelle, le souci du bien commun des décideurs de l’époque les ait amenés à étudier très en amont de l’événement prévisible toutes les solutions au drame humain qui s’annonçait sans cela.

L’influence dans les villes, Figeac mais aussi Pau en Béarn, de l’atmosphère d’innovation autour de l’aéronautique dont Toulouse est le centre bénéficie du nombre important d’Écoles, grandes et plus modestes, Grands établissements et Universités en Aquitaine et Guyenne, facteur d’un pourcentage élevé de diplômés.

Sur un autre plan, l’importance des ressources agricoles a abouti dans le Sud-Ouest, pas seulement mais ici à un niveau remarquable, à des opérations de diversification des activités de grandes coopératives qui sont devenues des puissances économiques majeures. Je sais la forte opposition de mouvements agricoles à cette évolution capitalistique du mouvement coopératif et leur hostilité au pouvoir hégémonique acquis par certains de ces groupes. Pourtant, je dois reconnaître que l’utilisation des profits tirés des activités les plus traditionnelles pour investir, par exemple, dans l’agroalimentaire à base régionale participe à l’impression de grand dynamisme de la région. Maïsadour est l’exemple typique de ce type de stratégie et d’évolution. Au départ mouvement coopératif des maïséculteurs, il est devenu aussi un acteur majeur des foies gras et confits, du jambon de Bayonne (jadis expédié par Bayonne mais préparé au Béarn comme au Pays basque), du caviar d’Aquitaine, du saumon, etc

Enfin, autre bénédiction de ces régions, elles bénéficient des possibilités du tourisme de masse sur la côte atlantique et dans les Pyrénées et leur piémont, de la manne non-négligeable du pèlerinage de Compostelle, toutes sources là encore de ressources conséquentes, peut-être dix pour cent de l’ensemble des activités économiques. Le pouvoir d’achat ainsi engendré est facteur de maintien des commerces et de développement des services, ce qui constitue un facteur d’appel à cette nouvelle ruralité, facteur de renouveau et de consolidation de petites villes et de cantons ruraux que j’ai évoqués à plusieurs reprises.

En bref, sans que mon constat désolé de la situation socio-économique de tant de territoires français soit à réviser, j’ai la satisfaction de terminer mon périple dans des régions qui témoignent d’un incontestable ressort économique et humain. Il n’offre hélas pas de solution miracles pour les sites les plus sinistrés qui ne jouissent pas des mêmes atouts mais il existe, il participe à la réalité de la France et donne certaines pistes en ce que parmi ses facteurs on trouve des mots clés de valeur sans doute générale : diversification, niveau de formation, fierté et patriotisme local, optimisme.

 

Axel Kahn, le vingt-quatre juillet 2013.

 

 

 

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2 thoughts on “RESSORT, UN PEU D’OPTIMISME 24.7

  1. Bonjour Monsieur Khan

    Cela fait déjà quelques années que je « m’immerge » ponctuellement avec délectation dans vos pensées, réflexions et prospectives, et ce au gré de vos publications qui ont toujours cette vertu de nous permettre de nous élever.

    Bien que pourtant au fait de l’actualité je n’ai appris que très récemment le projet que je qualifierais d’audacieux que vous concrétisez depuis le mois de mai dernier à savoir la traversée à pieds de notre beau pays.

    Cette marche entreprise depuis maintenant plusieurs semaines me paraît être le parfait prolongement de votre démarche initiée il y a de cela de nombreuses années. En effet, après avoir consacré une partie importante de votre vie à la réflexion sur l’Homme dans ses différentes dimensions, quoi de plus beau finalement que de partir à la rencontre de votre sujet, au cœur de son environnement.

    En outre, comme vous le dites parfaitement, ce pèlerinage (puisque tel est le sens de votre initiative) permet également une introspection et de poursuivre, comme vous l’exprimez, « la quête de soi-même au contact des gens enracinés dans leur territoire » : revenir au vrai, à l’épuré, pour donner un sens, donner du sens.

    Il vous a fallu pour cela accepter d’endosser l’habit du « simple » marcheur (certes chercheur) et vous dépouiller du « costume » de la notoriété pour vous fondre plus encore dans l’environnement et vivre cette expérience comme n’importe quel autre randonneur ou pèlerin.

    Enfin, votre démarche qui consiste à organiser une rupture brutale avec le quotidien me paraît partagée par nombre d’entre nous qui vivons ainsi par procuration la concrétisation de cette envie. Qui n’a pas eu la tentation (ou fantasme) d’abandonner une vie trépidante, stressante, matérielle, pour une quête de qualité de vie, de tranquillité, voir de spiritualité ? de là à passer à l’acte …!

    Il me paraît cependant indispensable, pour goûter toutes les saveurs d’une telle démarche, et d’en retirer tous les fruits, que cet épisode soit limité dans le temps. Se pose donc naturellement, comme vous le faites dans l’une de vos pensées en chemin, la question de l’après. C’est précisément l’idée du temporaire, de fin, qui donne tout son « sel » au moment présent quand bien même la gestion de cet après peut s’avérer délicate.

    Je termine en regrettant n’avoir pris connaissance que très récemment de votre périple que je suis désormais régulièrement. Chaque matinée commence part la découverte de votre « billet ».

    Merci de nous faire partager vos découvertes, réflexions et ressentis.

    J’ai hâte de découvrir l’ouvrage qui résultera de ce long chemin.

    Bonne continuation et bon courage.

  2. Chapeau !, enfin béret ,Monsieur et bienvenue en Béarn!

    T’est toi quand tu marches .

    Si vous le faites une autre fois par le chemin du Piémont, posez bisac et frappez au heurtoir . Je vous offre gite et couvert dans ma modeste demeure .

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