Sars-CoV-2, précisions, ajustements, hypothèses.


Tous ceux qui me lisent ici ont été informés très tôt des caractéristiques de l’épidémie de pneumopathies virales sévères liées au coronavirus Covid_19. Alors que l’on entendait encore un peu n’importe quoi (la grippette devant laquelle on aurait tort de s’affoler !), j’avais, avec quelques autres mais pas tant que cela, précisé ce que l’on savait, ce dont on était certain à l’époque : une épidémie inquiétante, 2 à 2 fois plus infectieuse, 10 à 30 fois plus mortelle que la grippe saisonnière. J’avais aussi donné la formule de l’évolution épidémique pour un accroissement des cas de 30 à 40  % par jour : No x (1,30 à 1,40)n, No représentant le nombre de cas au jour zéro et n le nombre de jours écoulés depuis le jour zéro. J’ai par la suite affiné la constante de progression à 1,27, avec des variations selon la densité de la population intéressée par la vague épidémique. Je n’étais pas doté de super pouvoirs, simplement très préparé à une pareille analyse. Médecin-chef de la préfecture de Haute-Kotto de République Centrafricaine en 1967 – 1968 (en réalité seul médecin !), j’avais vu émerger et se répandre une épouvantable épidémie de rougeole, 3 ans après la précédente campagne de vaccination du service des grandes endémies. Puis, co-créateur et rédacteur en chef de la revue franco- québécoise Médecine Sciences de 1985 à 2000, j’avais suivi, analysé et commenté l’épidémie de Sida, rendu compte des épidémies de fièvres de Lhassa, du Nil, d’Ebola, et d’autres. Cette familiarité avec « le génie épidémique » m’a permis d’y préparer les services de La Ligue suffisamment tôt pour qu’elle poursuive ses missions dans le confinement actuel.

Au 26 mars, l’analyse de la pandémie mondiale amène à préciser quelques données, à les ajuster.

  • 1, cas asymptomatiques, porteurs sains.

Ces données restent mal connues, seule une étude sérologique détectant les anticorps en population générale après l’épidémie permettra de répondre. Les formes asymptomatiques, et donc les porteurs infectants sains, représentent au moins 30 du total, peut-être beaucoup plus.

  • Tableau clinique.

C’est celui d’une pneumopathie virale modérée à sévère dans 15 % des cas, avec alors défaillance respiratoire imposant une mise sous ventilation assistée durant une période prolongée dans 5 % des cas, parfois même circulation extracorporelle.

  • Mortalité globale.

Établie à environ 3 % des cas avérés en Chine, moins dans d’autres pays d’Asie, la mortalité mondiale est plus élevée, de l’ordre de 4,5 % dans le monde (530.000 cas, 24.000 morts), et même plus en Italie, Espagne, et sans doute France lorsque les décès extrahospitaliers auront été décomptés. La mortalité après 70 ans est très forte, elle l’est aussi chez les personnes fragiles avec réduction de la capacité respiratoire (maladies broncho-pulmonaires, obèses, femmes enceintes, maladies cardiaques) ou de l’immunité (post-chirurgie, chimiothérapies, radiothérapies, cachexies, etc.).

  • En Asie et hors d’Asie.

De façon globale, le Sars-CoV-2 semble faire plus de dégâts hors d’Asie qu’en Asie. Certes, l’efficacité remarquable du confinement coercitif chinois, la discipline citoyenne des pays d’Asie et leur très haut niveau technologique ont joué un rôle. Peut-être les chiffres réels des personnes contaminées et décédées en Chine ont-ils été sous-estimés ? Je formule, sans preuve à ce stade, une autre hypothèse :  que les épidémies coronavirales de ces dernières années en Asie du Sud-est et en Chine aient laissé subsister une mince immunité résiduelle. À voir.

  • Lutte contre la pandémie.

En absence de tout traitement éprouvé, seul le confinement strict est efficace. Ciblé lorsqu’au début de l’épidémie tous les cas suspects peuvent être testés par PCR (Corés du sud, Savoie…), sinon généralisée (Chine, Europe, États-Unis). L’évolution de l’affection est la suivante : Incubation de 5 à 13 jours, infectante jusqu’à 4 jours avant les premiers symptômes. Puis évolution initiale de 7 jours au terme desquels les symptômes commencent à régresser ou bien s’aggravent. L’éventuelle mortalité est maximale entre 12 et 21 jours d’évolution. Par conséquent, les premiers signes sur la courbe de mortalité d’un confinement radical demandent deux à quatre semaines avant de se manifester. En Italie, le nombre de contaminations nouvelles confirmées a commencé de régresser.

  • Et Maintenant.

La Pandémie est sévère, ses conséquences humaines et économiques seront très lourdes. Son asynchronie posera de redoutables difficultés aux pays qui en seront sortis. En Europe, par exemple, parce que l’Afrique pourrait être alors encore en pleine épidémie.

Axel Kahn, jeudi 26 mars 2020

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10 thoughts on “Sars-CoV-2, précisions, ajustements, hypothèses.

  1. Très clair, très utile pour des personnes comme moi ne connaissant rien à la cinétique d’une épidémie, d’une pandémie.
    Je suis régulièrement les cartes du monde qui en montrent l’avancée inexorable et asynchrone. En suis très impressionnée.
    Merci

  2. La décision politique n’a pas d’autres choix que celui d’ être le porte voie démocratique de la communauté scientifique « sachante » mais lorsque celle ci s’exprime avec des voies dissonantes queLe position doit elle adopter ?
    Merci pour ces précisions qui aident à clarifier la situation actuelle de cette pandémie .

  3. Merci pour ce retour précis de la situation.
    J’aurais une question : que sait-on des capacités immunisantes de ce virus? Est-elle importante?
    Merci par avance pour la réponse.

  4. Une question : certains disent que l’épidémie régressera lorsque 60 à 80 % de la population aura été infectée. Si la mortalité est de 3 %, dans un pays comme la France cela signifierait entre 1 et 1,5 millions de morts – c’est terrifiant. Est-ce à cela qu’il faut s’attendre ? Merci de vos éclaircissements.

    • Après de 50 à 60 % de personnes immunisées, les épidémies régressent spontanément. Mais ici ce pourrait entrainer alors environ 500.000 morts.

      • Merci, Axel Kahn. Faut-il s’attendre à un tel scénario ? Y-a-t-il des moyens de l’éviter ?

    • Bonsoir,
      J’ai quelques questions.
      Vous parlez de formes asymptoqiues qui représenteraient au moins 30, 30% des cas c’est bien cela ?
      2ème question, est-ce que vous pensez que la contamination de 50% de la population est désormais inévitable ?
      3eme et dernière question, pensez-vous que le nombre de mort est largement sous-estimé ? Ils nous disent que tout le monde est compté mais j’ai du mal à y croire, ils ne peuvent pas être au courant de tout.
      Bien à vous,
      Par avance merci de votre réponse.
      Belle soirée,
      Mathias.

      • Oui, au moins 30 % des personnes infectées ne présentent aucun signe. Sans doute beaucoup plus avec les enfants.
        Le nombre de morts en France est sans doute au moins le double de celui décompté à l’hôpital.

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