Il ne peut exister de société humaine sans confiance puisque cette relation a été nécessaire au processus d’humanisation lui-même. Nos lointains ancêtres aussi bien que tout nouveau-né aujourd’hui ne peuvent accéder aux pleines capacités mentales dont les potentialités sont codées par leurs gènes que grâce aux échanges au sein d’une communauté de semblables où les êtres s’humanisent les uns-les-autres, ce qui implique une relation de réciprocité et de confiance. J’appelle confiance réciproque le sentiment que l’autre éprouve vis-à-vis de soi la même bienveillance, et par conséquent manifeste la même loyauté et la même franchise, qu’on éprouve à son encontre. En son absence, les premières communautés eussent été incroyablement fragiles puisque chacun de leurs membres aussi indispensable aux autres que l’est le maillon d’une chaine se seraient révélé incertain. La cohésion liée à la confiance demeure un paramètre essentiel de la stabilité et des succès de toute équipe. Sa dissipation vaut dissolution du couple et éclatement de la cellule familiale.
Au sein des sociétés plus organisées, la confiance en la loyauté d’autrui cesse peut-à-peu de reposer seulement sur un sentiment inconditionnel, un don, en quelque sorte, elle tend à être stabilisée par divers mécanismes de l’ordre de la réputation et de la réprobation générale envers ceux qui la trompent. Cela vaut aussi pour ce qui concerne l’échange des biens, c’est-à-dire l’économie. Aux temps où celle-ci était théologique, jusqu’à la fin du Moyen-âge dans le monde chrétien, elle repose avant tout sur la confiance naturelle entre les membres de la communauté des enfants de Dieu ; on parle alors du « juste prix », le prêt à intérêt est condamné, les traites sont honorées « en foires de Champagne », garanties le plus souvent par la seule bonne foi des partenaires. Cette dernière présidera encore jusqu’à il y a peu aux transactions entre commerçants et particuliers, le « top là, compère ! » et les paumes qui claquent l’une contre l’autre valant tous les documents certifiés.
Cependant, le réalisme pessimiste de la pensée libérale assimilant chaque citoyen à un agent économique rationnel qui cherche à satisfaire ses intérêts et à maximiser son profit a amené à questionner le statut de la confiance inconditionnelle et désintéressée puisqu’elle est une position souvent irrationnelle qu’il convient par conséquent d’expliquer. La théorie des jeux, du classique dilemme du prisonnier à tous les scénarios plus complexes élaborés dans la foulée, s’y est employée. En bref, ces nombreux travaux tendent à assimiler la confiance à une stratégie le cas échéant payante par le biais du gain de réputation, de l’incitation du partenaire à un comportement avantageux ou de l’optimisation des bénéfices escomptés en cas de relations prolongées.
Dans la réalité, cependant, la confiance, apparait de nos jours de plus en plus cantonnée au domaine privé. La radicalisation perceptible de l’objectif de maximisation individuelle de ses gains a abouti à relativiser l’importance de l’observation des règles. On a certes confiance en l’avidité des concurrents à l’emporter, dans le domaine économique, sportif ou autre, et non plus dans leur loyauté pour y parvenir ; honneur au vainqueur, malheur au vaincu, quelques moyens aient été employés pour parvenir à ce résultat ! Tel devient le mot d’ordre suprême d’une société de la fraude, du dopage, de la dissimulation et du mensonge. Goldman Sachs, Lehman Brothers, Enron, Volkswagen, le Médiator de Servier après le Vioxx de Merck et avant d’autres scandales, Lance Amstrong, les wikileaks et Luxembourg leaks, forment désormais le fond permanent de l’actualité. Le plagiat empoisonne la vie littéraire, universitaire et scientifique.
La défiance devient telle et est si générale que fleurissent les sites d’information dont elle constitue l’argument majeur : « On vous ment ! ». Le complotisme propose des lectures plus ou moins ésotériques de l’actualité, celle que diffusent les journalistes et que commentent les femmes et les hommes politiques est systématiquement disqualifiée. Il s’en suit le désamour observé des citoyens envers leurs élus, cette « sécession » que j’ai décrite pendant mes longues marches en France.
La révolution numérique permet au phénomène de connaitre un impressionnant paroxysme. La vie privée n’étant plus qu’un lointain souvenir, chacun est envahi chaque jour par des personnes qui font irruption dans son intimité et qui lui veulent du mal. Utilisant ses codes, ses adresses électroniques, ses numéros de téléphone, ses sites sur les réseaux sociaux, ils sont déchainés à le voler, à le piller, à le calomnier, à usurper son identité pour réaliser maints mauvais coups. Un message électronique sur cinq, plusieurs appels téléphoniques chaque jour, ne sont que des pièges de plus en plus élaborés et imaginatifs dans lesquels ne pas tomber requiert une vigilance exacerbée et qui devient vite obsessionnelle. En fait, il n’est plus possible hors du cercle familial et proche de faire confiance à quiconque. Les bandits ont bien entendu existé de tout temps. Cependant, ils formaient jadis une catégorie particulière d’individus dont il convenait de se méfier au plus haut point alors que la confiance était plutôt la règle envers les “honnêtes gens” de la communauté. De nos jours, il n’existe plus de séparation si nette, les “bandits” sont potentiellement partout.
La confiance, nous l’avons dit, fait l’humanité de chacun et est requise pour édifier et consolider une société. De ce fait, la défiance généralisée qui tend à s’y substituer menace l’épanouissement individuel et dissout le lien social. Retrouver le goût de la confiance réciproque, de la loyauté et de la bienveillance, rétablir des relations propices à la sérénité et compatibles avec le bonheur, combattre le raz-de-marée de la tromperie et de la fraude peut apparaitre constituer un objectif utopique. Pourtant, il n’en est guère de plus fondamental pour qui aspire à retrouver la voie d’un avenir désirable. En ce sens, la dissipation du sentiment de confiance au sein de l’espace public constitue l’un des paramètres de la crise du Progrès que j’ai eu maintes fois l’occasion de commenter, celui qui entraîne le pessimisme de nos concitoyens quant à la capacité de leurs enfants et petits-enfants de vivre mieux, ou au moins aussi bien qu’eux.
Axel Kahn, le sept décembre 2016.
Nous serons nombreux, je crois, à être totalement d’accord avec vous. “La confiance (…) est requise pour édifier et consolider une société.” D’accord à 100%: Il n’y a pas d’objectif plus fondamental “pour qui aspire à retrouver la voie d’un avenir désirable.” Dommage que l’analyse que vous publiez ici ne sera lue, je le crains, que par des lecteurs déjà convaincus. Je vais la partager. Ce sera ma petite goutte d’eau dans l’océan…
Avoir confiance, oui…lorsque cette confiance est justifiée. Et en ce quI concerne la majorité des médias elle a cessé de l’être depuis longtemps. Beaucoup désinforment plus qu’ils n’informent, car le politiquement correct dont ils sont prisonniers est incompatible avec la rigueur intellectuelle et la lucidité indispensables pour faire ce métier correctement.
Il y a heureusement des exceptions (le journal Marianne, Natacha Polony, Caroline Fourest, Mohamed Sifaoui… ) qui tentent de rehausser le niveau, mais ce sont les exceptions qui confirment la règle et l’indigence intellectuelle de la plupart des journalistes ou politologues leur ôte toute forme de crédibilité.
Et en disant cela je ne tiens pas un discours anti-élites, car (sauf exceptions citées plus haut) ils ne font partie d’aucune élite.
Cher Axel ,
Confiance , respect , bienveillance façonnent effectivement humainement la vie en Societe et en constituent même le ciment. Notre époque souffre de ce manque qui divise au lieu de rassembler . Je reste résolument optimiste dans la capacité de l’homme a s’approprier collectivement ces ressources si précieuses à une vie épanouie .
Amitiés
Fabrice
Et pourtant la solidarité s’exprime en France. Solidarité familiale, de voisin à voisin et aussi nationale et même internationale. Ne brisons pas ces liens de solidarité des uns avec les autres par des mesures politiques indécentes ou seulement maladroites. Il existe une économie solidaire vivace dans les régions. Il existe des politiques solidaires dans les cités et les lieux où on vit. Cultivons-les.
Peut-il y avoir solidarité sans qu’il y ait confiance en l’autre? Je ne le crois pas.
C’est mon apport “goutte d’eau” de soigner autour de moi la confiance, de ne pas mettre en doute systématiquement la parole de l’autre, politique, journaliste, médecin, enseignant, etc…, au motif qu’il y a eu, qu’il y a, qu’il y aura des manquements, des égoïsmes, des mensonges…Si je veux qu’il y ait confiance les uns envers les autres, je ne peux que l’offrir moi-même aux autres.
Merci à Fabrice pour son message optimiste. Il ne m’est pas destiné, néanmoins je le prends comme une bouffée d’air.
Comment la confiance serait-elle possible alors même que les médias, censés nous informer, font de la désinformation sur certains sujets ? Aussi bien en ce qui concerne la société française que certains pays étrangers, la vérité n’est jamais dite. Deux exemples : l’Allemagne et les USA, que vénèrent 99% de nos journalistes. J’en ai fait l’amère expérience en envoyant des textes au courrier des lecteurs de deux journaux (l’un à tirage régional et l’autre à tirage national) : mes courriers étaient généralement publiés, SAUF…lorsqu’ils abordaient les innombrables violations des droits de l’homme aux États-Unis ou le rôle pervers joué par Merkel en Europe depuis plus de dix ans. Courriers avançant des faits avérés et facilement vérifiables, mais visiblement incompatibles avec le politiquement correct à la mode. Et c’est la même chose pour certains phénomènes de la société française, qui restent également tabous.
Il va de soi que cette absence de crédibilité des médias profite en fin de compte (et pas seulement ) au FN, qui propose de très mauvaises solutions mais séduit malheureusement de nombreux électeurs exaspérés de voir l’abîme séparant la réalité de ce qu’on nous montre dans les journaux télévisés ou la presse écrite. La confiance ne peut pas exister dans un monde où règnent les tabous, les non-dits et les mensonges qui vont avec.
la très prestigieuse European Physical Society a publié dans sa revue European Physics News un article de Steven Jones, Robert Korol, Anthony Szamboti et Ted Walter, mettant en évidence que l’effondrement des Tours jumelles et de la Tour 7 du World Trade Center le 11 septembre 2001 s’agit d’un cas de démolition contrôlée.
Article disponible en ligne sur http://www.europhysicsnews.org/articles/epn/pdf/2016/04/epn2016474p21.pdf depuis Août 2016.
Encore un canular complotiste ?
Alors à qui faire confiance ? Qu’allons nous enseigner à nos enfants, la version officielle des avions ou celle de ces experts en physique ??
Vu les conséquences désastreuses de ces attentats il serait bon qu’on sache