Deux sondages d’intentions de votes pour 2017 viennent d’être publiés par d’importants instituts d’études d’opinion, l’IFOP et le CSA. Leurs résultats concourent, résumons-les. Au premier tour de la prochaine élection présidentielle, Marine Le Pen arrive en tête dans tous les cas de figure, avec un score considérable allant de 29% à 33 % des voix selon ses adversaires qui sont relégués eux à près de dix points derrière. Ce chiffre amplifie une tendance antérieure ancienne si bien que la probabilité de la présence de Madame Le Pen au deuxième tour de l’élection, qui était déjà élevée, devient considérable. Cependant, elle serait battue au second tour avec 38% des suffrages si elle était opposée à Alain Juppé, à 49% si son adversaire était François Hollande. Le deuxième candidat de la finale reste à ce jour peu prévisible à vingt-huit mois du scrutin ; il existe en effet en ce domaine une grande volatilité et bien des choses peuvent se produire en un peu plus de deux ans, surtout en ces périodes troublées sur les plans économique, géopolitique et sécuritaire. Je me concentrerai par conséquent sur la place du leader du Front National car elle apparaît être une donnée beaucoup plus robuste qui prolonge une tendance perceptible depuis au moins 2002.
La première évidence est que l‘accélération de cette tendance constitue un succès considérable pour Marine Le Pen et sa formation, et cela en dépit des tensions et remous qui agitent cette dernière. La droite extrême est en passe de remporter la victoire idéologique, presque par défaut car le deuxième commentaire qui vient à l’esprit devant ces prévisions est que ses adversaires sont nuls. Cette constatation désolée n’épargne d’ailleurs personne. La ligne Charron défendue avant les élections de 2007 et suivie par la suite par Nicolas Sarkozy et les siens, Brice Hortefeux, Claude Guéant et les autres, s’est révélée être un fusil à un coup non rechargeable. En 2007, cela a permis à Nicolas Sarkozy d’assécher en partie le vote pour le Front National. Cependant, l’effet secondaire et durable est d’avoir légitimé les thèmes, les discours et les valeurs du Front National, d’avoir normalisé ses obsessions et crispations, de leur avoir presque donné leurs lettres de noblesse et contribué de la sorte à cette victoire idéologique signalée plus haut. Exceptée la vengeance de femme blessée de Valérie Trierweiler, les plus grands succès de librairie actuels et récents (sans doute à terme plusieurs centaines de milliers de volumes vendus pour Éric Zemmour), témoignent de cette prééminence idéologique. Or la droite qui contribuait de toute son influence à diffuser ces idées n’était guère en mesure d’en profiter elle-même. En effet, formée de partis de gouvernement, il lui était bien difficile de se démarquer de l’image de co-responsable et de co-gestionnaire d’un système socio-économique avec lequel de larges pans de la population française ont « fait sécession », selon le diagnostic que j’ai tiré des quelques quatre mille kilomètres que je viens de parcourir dans notre pays.
La gauche au gouvernement, cela est notable, a participé de l’illusion livrée clés en main par l’extrême gauche que la dénonciation et la diabolisation des idées du Front National remplaceraient l’analyse des ressorts économiques, psychologiques et politiques réels de leur succès. Or, il est patent que les gens se lassent d’être méprisés, injuriés, dénoncés par ceux qui n’ont guère fait d’effort pour les comprendre. Par ailleurs, la politique de stricte orthodoxie libérale menée est une pièce maîtresse de ce avec quoi les électeurs potentiels ou avérés du Front National ont fait sécession, et de plus une perche tendue pour que fonctionne la dénonciation de l’UMPS.
Quant à l’extrême gauche, sur le discours social et anti-européen duquel s’est en partie alignée Marine Le Pen, elle en est restée elle aussi à la brillante stratégie qui consiste à s’opposer, par exemple, aux réunions du Front National en convoquant des manifestations soudées par le slogan « Le fascisme ne passera pas », dont l’histoire démontre les criantes insuffisances et sa capacité à en faciliter le passage, à lui ou à ses avatars bleu-marine plus ou moins policés. De plus, c’est au sein de cette nébuleuse que s’est aussi développé un discours sur l’immigration au mieux généreux, au pire irresponsable lorsqu’il risque d’aggraver des situations qu’il est incapable de gérer et dont certains travailleurs immigrés en situation irrégulière sont les premières victimes. Pire même, c’est de là qu’est parti, amplifié par l’opposition légitime à la politique de colonisation de l’État d’Israël en Cisjordanie et au déchainement disproportionné de violence à Gaza, un invraisemblable « islamo-gauchisme » que j’ai analysé il y a peu dans mon billet « À la recherche des damnés de la terre ». Invraisemblable car les soutiens extérieurs des mouvements islamistes représentent ce qui se fait de pire dans le genre du libéralisme financier rétrograde et théocratique, et aussi parce que certains de leurs partisans occidentaux ne sont pas non plus à proprement parler des gauchistes. La confusion en ces milieux est telle qu’ils en sont même arrivés à laisser le drapeau de la défense de la laïcité à Marine Le Pen qui n’en demandait pas tant ! On est sur ce point à l’opposé de la position laïque intransigeante de Syriza et d’Alexis Tsipras en Grèce.
J’ai entendu et lu çà et là des réactions à ces sondages de partisans des candidats potentiels de la gauche et de la droite républicaine ; elles témoignent pour beaucoup d’une surprenante satisfaction soulagée : leur candidat peut au moins espérer encore figurer au second tour et possède alors les plus grandes chances de l’emporter au second. Et, dans ce cas, de diriger un pays dont la figure politique dominante sera Madame Le Pen, qui aura obtenu au second tour, contre tous les autres si divisés, autour de 40% des suffrages, voire plus. Croient-ils vraiment qu’il y ait là de quoi se réjouir pour la France ?
Axel Kahn, le trente janvier 2015
L’essentiel de ces sondages montrent que la gauche éparpillée n’a aucune chance d’aller au second tour… Et que tout se jouera donc entre une droite de Sarkozy et une droite de MLP….
La vrai question, encore une fois, est de savoir ce que l’on veut!….Quand on refuse Hollande au premier tour, on met sur orbite Sarkozy au second tour ….
Sans vouloir l’avouer, en donnant sa voix à un candidat qui affaiblira Hollande, on joue pour Sarkozy…
On ne pourra pas éluder le débat encore longtemps….Il est trop facile de dire que tout peut encore évoluer ….C’est évident, mais tout aussi, a de grande chances d’être probable: un président qui veut se succéder et qui a besoin des voix de toute la gauche et d’une partie du centre …
Vous avez bien entendu raison, Fabre : si la gauche veut être au second tour, elle a intérêt à éviter un trop grand éparpillement. Cela vaut aussi, d’ailleurs, pour la droite républicaine et confère à cette élection un aspect totalement inédit : la probabilité, à moins d’importantes inflexions dans les deux ans qui viennent, inflexions dont l’éventualité n’apparaît pas très grande en regard des dix dernières années, que Marine Le Pen soit finaliste ne laisse plus pour les partis de gouvernement qu’une seule place à prendre. Toutes les stratégies individuelles des candidats potentiels seront fortement contraintes par cette donnée.
Je ne crois pas aux sondages ! C’est perte de temps et de repères ….L’histoire dira . Pour éviter le retour des extrèmes de tout poil et les marchands de surenchère qui diabolisent le PS, une seul solution , la stratégie de Martine AUBRY pour passer des accords avec les verts, les radicaux, les Républicains…dès le premier tour pour être présent au deuxième tour.
La stratégie de cavalier seul est suicidaire face à la montée de la droite populiste et de l’extrème droite populiste!
C’est cette stratégie d’unité qui a payé en 2012 La stratégie de la dispersion à gauche sera fatale.
L’histoire se répète mais l’espoir est encore là pour faire mentir … le dénouement d’une société éclatée mais en recherche d’une unité nationale à construire après le 11 janvier , sur la base des textes qui fondent la République.
Cher Axel Kahn,
je vous écris de la part de Denys Cuche qui fut mon professeur d’anthropologie et qui est devenu un ami.
Depuis 3 ans j’organise les Reclusiennes à Ste Foy La Grande ( entre St Emilion et Bergerac) où j’habite alors que je suis MCF en anthropologie sociale à l’Université Bordeaux Montaigne.
Ainsi, dans le cadre de l’organisation des journées dédiées à la pensée d’Elisée Reclus (qui se dérouleront du 10 au 12 juillet 2015 à Ste Foy la Grande) Les Reclusiennes, je souhaite vous solliciter pour participer à l’évènement dont la thématique abordée cette année est celle de “la marche”, la mise en mouvement, le voyage au sens large….mais aussi les marches libertaires, contestataires, contraintes ou arrêtées.
J’ai été très touchée par votre ouvrage sur la marche et très intéressée par votre réflexion autour de ce qu’elle peut provoquer dans la vie d’une personne… Une conférence sur votre ouvrage pourrait totalement s’inscrire dans la 3ème journée des Reclusiennes consacrées aux marches qui permettent la connaissance… des autres de soi…
Je vous laisse prendre connaissance de l’appel à communications présentant les Reclusiennes 2015, et j’espère pouvoir programmer votre venue pour ces journées qui sont conçues selon une approche mêlant les sciences sociales et humaines à l’éducation populaire et les pratiques artistiques et festives. Vous pourrez trouver trace des précédentes éditions au lien suivant : http://www.lesreclusiennes.fr/.
D’avance merci
Bien à vous
Chantal Crenn
Chantal Crenn
Co-organisatrice des Reclusiennes
Responsable du colloque des Reclusiennes
MCF en anthropologie sociale
Université de Bordeaux Montaigne
Chercheure au Cnrs UMI 3189 Dakar et UMR 5115 Les Afriques dans le Monde IEP Bordeaux
Comité scientifique de la Revue AOFOOD et de la Revue Corps ( Cnrs)