Quels gens exceptionnels, Cabu, un monument de gentillesse, de douceur, de l’humilité que permet le talent. Michel Renaud, le créateur du Salon des Carnets de Voyage de Clermont-Ferrand, pour que se rencontrent et se parlent les femmes et les hommes du monde entier, qu’ils se comprennent et s’aiment. Tous deux tués par des abrutis. La qualité humaine vaincra, aucun compromis.
PHOTO Souvenir et article de La montagne. Auvergne
Emission de FRANCE CULTURE LES MATINS 8.1. EDITION SPECIALE “PARLER CONTRE LA TERREUR”
RUE 89 NOTRE HUMANITE EST NIEE ET MASSACREE
HOMMAGE DU MONDE DU LIVRE… photos, dessins et vidéos
Le Rire et la Guerre
Le rire est le propre de l’homme, a dit François Rabelais. Pour Bergson, il nait de la superposition de la rigidité mécanique, celle de la machine et du robot, à la souplesse animale et humaine. Freud y voit le moyen pour l’homme de desserrer la contrainte du surmoi. J’ai proposé dans «L’homme, ce roseau pensant » qu’il était une réaction dépassionnée à la rupture de la norme. Lorsque celle-ci est bafouée, la réaction première, après la surprise, est l’indignation, la colère, l’épouvante. À moins que l’on en rit, et alors la colère et la crainte s’évanouissent. Que les lecteurs se remémorent toutes les plaisanteries et histoires drôles qu’ils ont en mémoire – je l’ai fait -, et ils pourront y appliquer cette règle. Cela est bien entendu le cas des «blagues » graveleuses, de l’humour noir, des moqueries de l’autorité religieuse ou laïque.
C’est pourquoi le rire de résistance existe, qu’il est une arme subversive redoutable. On cesse de craindre les supérieurs, les tyrans, les dieux et leurs prélats dont on commence à rire. L’attentat contre Charlie Hebdo visait au premier chef cette forme de contestation de l’intégrisme religieux, de dérision des « craignant Dieu ». Dans cette fonction en particulier, le rire est en effet « le propre de l’homme ». Seul celui-ci peut en effet intérioriser des normes mais, exigeant d’être libre » trouver aussi le moyen de s’en affranchir. C’est pourquoi j’ai pu avancer que la cible des assassins – le désir de liberté, l’humour, le courage et le talent – était l’humanité en l’homme elle-même. Les assassins doivent être pourchassés, appréhendés, jugés, punis ; leurs réseaux doivent être combattus et démantelés ; leurs disciples doivent être identifiés, mis en face de la réalité de ce à quoi ils peuvent avoir crus. Ils doivent aussi être surveillés et on doit sans naïveté se prémunir du danger qu’ils représentent.
Pour autant, sommes-nous « en guerre » ? La question est loin d’être insignifiante. Une situation de guerre identifie un ennemi bien caractérisé, un peuple, une faction dans les guerres civiles, hélas une religion trop souvent dans l’histoire. Les contraintes de la guerre sont presque toujours invoquées pour justifier des mesures d’exception, la limitation, parfois la suppression des libertés, l’incarcération arbitraire, voire la torture. Telles ont près de nous été les conséquences de l’identification des attentats du World Trade Center à une guerre imposant l’adoption du Patriot Act. Dans ces conditions, le peuple agressé considère que le danger qu’il encourt lui impose d’aligner en partie ses pratiques sur les valeurs de l’agresseur. Il existe des situations où cela ne peut être totalement évité. L’agresseur y trouve cependant alors une justification de ses propres méthodes, et remporte ce faisant une victoire lorsque tel était son but. Tout l’engrenage des réactions guerrières aux événements du onze septembre 2001 illustre mon propos.
Aujourd’hui, les symboles visés par les assassins de Charlie Hebdo sont ceux qui fondent notre commune humanité, les pertes sont cruelles, la menace est terrible ; elle n’est cependant pas de nature guerrière. La défaite des agresseurs exige justement que l’on ne cède rien des valeurs qu’ils attaquent, ils auraient sans cela gagné. La police et les services de sécurité, au service d’un état de droit, protecteurs de la liberté, de l’insolence, de l’humour et des talents sont à la fois armés et, dans ces conditions, pleinement légitimes pour l’emporter.
Axel KAHN 8.01.2015
66 rue des Ecoles
94 Créteil 94 OOO
Mon Très cher Axel
Billet magnifique , choc plus que violent pour notre génération.Il faut néanmoins revêtir nos habits de grands parents pour expliquer . Tu t’imagines bien que Claudie et moi moi nous avons été assaillies de questions par nos petits fils que tu connais bien , nos poupées respectives sont trop jeunes .Merci et bises . Brigitte
Merci Mr KAHN pour cet émouvant message et ce bel hommage
Oui monsieur kahn, vous avez raison, il ne faut céder sur rien et combattre au quotidien l’iditotie et l’aculturation. J’étais à l’édition 2014 des carnets de voyages à Clermont ferrand, je garde un souvenir ému de la conférence que vous avez donnée entouré de Cabu et Michel Renaud. Une profonde humanité s’en dégageait. La France est malade disiez-vous. Nous en avons eu hélas une preuve de plus. Mais la réaction tant espérée du peuple est enfin arrivée, faisons en sorte que ce soit une amorce de nos retrouvailles, ensemble, autour des valeurs de la République.
Hubert Espanet
Il y a en effet de quoi être fier et se réjouir de la santé des réactions, de l’expression de la solidarité contre la haine et la violence, du retour des valeurs et notamment de la fraternité.
Axel, le sentiment d’appartenance que vous appeliez de vos voeux existe et s’exprime! Il nous faut maintenant l’alimenter et le cultiver.
bien à vous, fraternellement,
Iroise qui ne vous oublie pas
Bonjour, bien sûr le rire propre de l’Homme ….
Sur ce blog découvert après la lecture de pensées en chemin, je m’attendais toutefois à trouver une réflexion sur la motivation des meurtriers, une recherche des causes de leur dérive, à l’intérieur de la religion musulmane : faut il mettre en cause cette religion ?
N’y aurait il pas aussi et surtout une manifestation de la frustration de pays du Sud (légitime frustration) face à notre confort occidental ?
Faut il chercher un espèce d’atavisme dans l’histoire de cette religion, atavisme dont une des manifestations pourrait être le refus de publier le dernier Charlie hebdo au prétexte d’une caricature de prophète ? …
Je trouve qu’il serait l’heure de lutter contre ce genre d’ atteintes contre la liberté de pensée. Je pense par ailleurs qu’il faut pour cela de re-trouver et expliquer en quoi Charlie c’est la France. C’est pourquoi avec des amis nous avons créé le site https://facebook.com/le.daily-charlie. Le but du site est de récupérer de vielles Unes de Charlie et de les expliquer notamment d’un point de vue de l’histoire, pour permettre même aux plus jeunes de comprendre l’esprit de Charlie. Malgré le climat, n’oublier pas de rire, c’est cela Charlie !
Saint Bollik
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L’évêque Saint Bollik fut brûlé ce printemps ;
La dernière chanson qu’il avait composée
Et qu’un noir tribunal avait analysée
Avait été jugée un blasphème éclatant.
Montant sur le bûcher, son noble coeur battant,
Il songe à des jardins tout chargés de rosée ;
Il a peu de regrets que sa vie soit brisée :
Pour le vieillard qu’il est, ce n’est pas important.
Il contemple, pensif, le bourreau qui travaille
À garnir le bûcher avec des brins de paille
Qu’il est allé cueillir dans les champs refroidis.
L’exécuteur ira dormir dans son taudis,
La cendre volera, comme aux terres brumeuses
Le bon grain se disperse aux mains d’une semeuse.
Il ne sert à rien d’afficher ce soutien si l’on ne condamne pas ceux qui propagent la haine, le fanatisme et la désinformation y compris hors de nos frontières : en Turquie (Erdogan) et aux USA (les immondes New York Times et Washington Post).