TRUMPETTES ROUGES AUX ÉTATS-UNIS, TONALITÉ BLEU-MARINE EN FRANCE


Bien sûr, Marine Le Pen peut ce matin sabler le champagne. Sans faire campagne, dans un silence presque total, elle est à 27 pour cent d’intentions de vote. Dopée par la victoire de son candidat préféré aux États-Unis, elle se mettra en chemin en février, avec un temps de parole non entamé sur les ondes radio – TV, une bonne force de frappe sur les réseaux sociaux, un bon talent de tribun, le père imprésentable au placard. Plutôt à l’aise. Les autres formations ont plutôt intérêt à ne pas lui opposer un candidat avec les faiblesses constitutionnelles d’Hillary.

Les causes de la relativement large victoire de Donald Trump sont évidentes :

.1, malgré le rétablissement macroéconomique des États-Unis, l’envol des inégalités. Le résultat des états de la ceinture rouillée des Grands Lacs en témoignent : le désespoir des vrais pauvres, soit environ quarante millions d’américain ; la frustration des  blancs issus du prolétariat industriel aux salaires bloqués et abonnés aux petits boulots ; la hargne crispée des classes moyennes inférieures de la communauté blanche qui, sans être pauvres,  sont restés barrées  dans une  ascension  sociale dont bénéficient à vitesse sans cesse accélérée les grands gagnants du miracle américain, tout cela a joué un rôle décisif. Les sondages sortis des urnes témoignent en effet que plus de quarante pour cent des citoyens dont le revenu est inférieur à 50.000 $, beaucoup plus si on retranche les noirs et les hispaniques, ont voté Trump, soit un transfert important par rapport aux élections remportées par Obama

.2, la morgue des « élites intellectuelles et économique », celles de New-York, de Washington DC, de la Silicone-Vallée et des grandes villes de Californie, etc., envers le populisme obtus des masses ignorantes et racistes engendre des réactions d’une extrême violence de ceux qui se sentent ainsi méprisés, calomniés.

.3, l’impossible remplacement du rêve de progrès social par celui de “progrès sociétal” porté par ces “élites”. Les gens sont attachés aux traditions, sont majoritaires à se caractériser par un indéniable conservatisme sur le plan de la famille, des mœurs et, particulièrement aux États-Unis, de la religion. Le progrès social est en réalité la condition absolue de l’acceptation plus aisée des bouleversements sociétaux qui sont deviennent sans cela les marqueurs d’une période et d’une classe honnie. Les sondages de l’élection du huit novembre illustrent la très grande importance du facteur religieux, surtout évangéliste, dans le choix pour le républicain.

.4, le racisme, la xénophobie, la tradition isolationniste, le sexisme machiste qui se portent encore si bien Outre-Atlantique. Alors que personnes de couleur et latino-américains ont massivement voté Hillary Clinton, Trump possède une large majorité chez les blancs non hispaniques.

.5, la personnalité d’Hillary Clinton, la candidate des élites sus-citées dont elle est une digne représentante, son soutien à GW Bush lors du déclenchement de la guerre d’Irak, son imprudence en envoyant dans des mails non protégées des informations d’État, ses tricheries dans son combat contre Bernie Sanders, le seul authentique candidat de gauche qui eut été un meilleurs candidat contre Trump qu’elle-même : on sait qu’elle se faisait communiquer à l’avance les questions posées lors des débats qui l’opposaient à Sanders !

.6, de façon globale, ce résultat est l’un de plus qu’il faut mettre sur le compte de l’effondrement de l’idée de Progrès, celui que portait encore Roosevelt aux Américains et qui promettait aux femmes et aux hommes qu’ils seraient finalement les bénéficiaires du progrès scientifique, techniques et économique. Les sondages déjà évoqués indiquent que soixante-trois pour cent des américains convaincus que les générations futures vivraient moins bien que l’actuelle se sont prononcés pour Trump.

Réfléchissons bien, presque aucune de ces causes n’est spécifique aux  États-Unis, beaucoup ont d’évidents échos pour la situation pré-électoral de la France. Chez nous comme là-bas, soit des candidates, candidats et organisations seront capable de réinstaller le rêve d’un Progrès pour l’humain au cœur d’une vision et d’un projet d’avenir, soit la “sécession massive” de pans entiers de populations du monde avec les élites autoproclamées et auto-satisfaites, sécession dont j’ai signalé le risque dès le mois de mai 2013, se poursuivra.

Axel Kahn, le neuf novembre 2016

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14 thoughts on “TRUMPETTES ROUGES AUX ÉTATS-UNIS, TONALITÉ BLEU-MARINE EN FRANCE

  1. Oui, chez nous en France, je vois aussi, comme vous l’écrivez, “la morgue des élites intellectuelles et économiques” qui snobent ceux qui n’ont pas leur habileté à manier les concepts , l’effondrement de l’idée d’une Europe unie travaillant pour le meilleur être des peuples, l’existence d’un fonds d’idées racistes, xénophobes, réactionnaires, islamophobes, antisémites qu’une petite étincelle suffit à ranimer.
    Je voudrais que vous ayez raison et que se lève celui ou celle qui apportera l’espoir d’une confiance en l’avenir.
    C’est une tâche bien difficile. Mais peut-être que cela sera.

    • Le terme “islamophobe” est une erreur de langage. Islamophobe signifie : qui n’aime pas l’islam. Ce qui est plus que légitime en soi et ne doit pas être confondu avec le racisme anti-musulman, qui vise des personnes et non une religion.
      Il faut faire très attention aux mots qu’on utilise, d’autant que ceux qui se disent victimes d’une prétendue “islamophobie” (par exemple les sinistres indigènes de la République) sont souvent les pires des racistes et des antisémites, bien pires que le FN.
      Tant que le mot “islamophobie ” ne sera pas rayé du vocabulaire moderne, la confusion continuera de régner dans les esprits et on n’avancera pas.

      • Islam et musulman sont assez équivalents et font référence à des religions. L’islamisme est une idéologie religieuse, fort différente même si les islamistes sont musulmans et appartiennent à l’Islam…..

        • Alain Jacubowicz, président de la LICRA, a lui-même dit à propos du mot islamophobie : “ce n’est pas le bon terme pour désigner le racisme antimusulman”. Le choix des mots est primordial.

          • Oh que oui, il faut bien choisir ses mots, et concernant le racisme, voir race et racisme de Claude Levi-Strauss, déjà ancien livre mais encore d’actualité en matière de définition de concept.

          • a mons humble avis, “islamophobie” est une notion (idéologique) et non un concept (outil d’analyse) assurément… Très chargé (trop même)Cordialement,
            Ali Aït Abdelmalek, Professeur de sociologie

          • Chez Claude Lévi-Strauss il y a à prendre et (beaucoup) à laisser. Certaines de ses affirmations étaient erronées et ont ouvert la voie au relativisme, qui se traduit par un rejet du progrès et de la culture, et qui aboutit à la justification de toutes les formes d’obscurantisme. Je ne crois pas que Lévi-Strauss puisse encore être considéré comme une référence pour comprendre la notion de racisme aujourd’hui, parce que depuis son époque beaucoup de choses ont complètement changé, y compris la façon dont se manifeste(nt) le(s) racisme(s). On a changé de siècle et de monde.
            Cordialement.

  2. Vous avez raison. Les mots qu’on utilise sont importants et j’admets que je n’en maîtrise pas toujours le bon usage.
    Mais concernant l’islamophobie, vous dites bien que cela signifie la haine (phobos) de l’islam. Les personnes de confession musulmane ne désignent-elles pas elles-mêmes par ce mot, islam, leur religion? Il ne s’agit pas ici d’islamisme.

    • Ne pas aimer une religion ce n’est pas la même chose que détester les gens qui la pratiquent pacifiquement. Par exemple, je considère le christianisme et l’islam comme des fléaux pour le genre humain (parce qu’ils ont détruit directement ou indirectement des dizaines de millions de vies, et même sans doute beaucoup plus, avec ou sans effusion de sang) mais cela ne m’empêche pas de pouvoir éprouver de la sympathie pour une personne de confession chrétienne ou musulmane. Il faut bien faire la distinction entre telle ou telle religion et les gens qui la pratiquent.

      • Ce sont les fanatismes religieux ou non qui sont des fléaux. Et par-delà les dictateurs qui les imposent.

  3. Attention, en grec “phobos” ne signifie pas haine, mais crainte. Dans la langue française une phobie est une maladie se manifestant par l’apparition d’une peur intense et incontrôlable. Le terme d’islamophobie a été lancé par les fondamentalistes islamistes, intentionnellement, d’une part pour renvoyer à une forme de maladie mentale, d’autre part pour faire croire que la lutte contre l’islam politique ou fondamentaliste est la lutte contre l’islam “tout court” et contre tous les musulmans. C’est donc un “mot-valise” qui ne devrait pas être employé lorsqu’on est pour le débat démocratique et éclairé…

  4. Catherine Riegel a raison : le mot islamophobie appartient à la rhétorique des islamistes radicaux et des indigènes de la République (dont je m’étonne que les médias et politiques continuent à ignorer la dangerosité). Les journalistes qui utilisent ce mot à tort et à travers font à mon avis preuve de beaucoup de légèreté, pour ne pas dire plus, et font le jeu des prêcheurs de la haine.

    • En parcourant Internet, je vois que l’origine et le sens de ce mot sont complexes. Je l’ai utilisé dans le sens courant indiqué dans le dictionnaire, Larousse, “hostilité envers l’islam, les musulmans”, religion et personnes étant associées, ou plutôt, pour être honnête “hostilité envers les musulmans”.
      Je me suis aperçue d’ailleurs qu’il n’était pas entré dans le Larousse de 2006.
      La définition de “phobie” étant: aversion très vive. Un peu éloignée en effet du sens du mot grec. De l’aversion à la haine il n’y a pas loin.

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