UN MARCHEUR À MOTEUR Entre Bourbon Lancy et la Touraine 7 juin


Elle porta sur les relations entre la beauté et les projets politiques, sa signification pour qui manque du nécessaire, les moyens de faire renaître la fierté chez des gens assommés par la crise. À l’occasion du rappel de l’accueil peu ouvert que j’avais constaté, il y eu une véritable prise de conscience collective de la part de personnes témoignant spontanément de réactions de rejet de leur part vis à vis de tiers sortant de l’ordinaire – comme en sort un sexagénaire bien tassé qui chemine dans le vent et sous la pluie enveloppé dans une bizarre grande cape rouge – : des jeunes d’allure hippy, des gens du voyage, etc. En réalité, la vraie bonne nouvelle apprise hier est celle du premier exemple depuis mon départ d’un certain dynamisme industriel. Il existe dans cette petite cité thermale une importante usine Fiat qui fabrique les moteurs de camion de la marque pour toute l’Europe. Sa productivité avait atteint des sommets avant la crise des subprimes en 2008 (73.000 moteurs cette année là), avant de s’effondrer à environ 23.000 en 2009. Or, ce chiffre est maintenant remonté à 58.000 et l’usine embauche….des intérimaires. Ce frémissement rappelle celui que j’ai déjà signalé à Avallon où une usine de remédiation de pneus pour camions se porte elle aussi plutôt bien. Bien sûr, ces activités ne sont pas vraiment “vertes” et certains de leurs paramètres témoignent de leur fragilité. À Bourbon Lancy, par exemple, l’activité est uniquement dévolue à l’exécution, il n’y a aucun bureau d’étude alors que la motorisation moderne fait appel à des concepts et technologies avancés. Tous les ingénieurs sont italiens ou allemands, les français pressent les boutons d’une entreprise très moderne comme on leur dit de les presser. Il n’empêche, après les désastres constatés auparavant, il se passe au moins là quelque chose, des femmes et des hommes travaillent et en vivent, ils font des projets.

Aujourd’hui, Axel Kahn marcheur au long cours est motorisé pour se rendre dans son village natal en Touraine. Il parcourt en une matinée ce qui lui prendrait “à l’ordinaire” une bonne douzaine de journées. Le terme ordinaire m’est venu spontanément alors qu’il est singulier puisque marcher tous les jours des dizaines de kilomètres pendant trois mois ne l’est pas du tout, contrairement à une banale liaison de quelques centaines de kilomètres en véhicule automobile. Pourtant, c’est là l’impression ressentie ce matin : les champs défilaient, je n’y voyais aucune fleur, les bêtes n’avaient pas le temps de s’approcher, curieuses. C’est à peine si je pouvais distinguer les caractéristiques de beaux édifices entrevus de manière fugace. Pas question d’en faire le tour pour en repérer l’angle le plus intéressant, le photographier et partager avec vous le plaisir ressenti à sa découverte. Je vous entends déjà protester qu’il est tout de même possible de faire du tourisme sans se transformer en stakhanoviste de la marche à pieds!  Vous avez raison, mais je n’en avais pas le goût, j’ai pu l’éprouver. Faisant halte à Selles-sur-Cher, charmante petite ville dont les seuls atouts ne sont pas les fromages de chèvres, je m’étais promis de vous en adresser quelques images. Échec total, le coeur n’y était pas, la réceptivité à toutes les émotions esthétiques que procure la marche avait place à une sorte d’anosmie-ageusie me laissant sans ressort.

Vivement mardi que je reprenne le chemin. Je n’ose penser qu’il pourrait avoir une fin. Portant, c’est promis, j’évoquerai demain avec vous mes souvenirs des près des cinq premières années de ma vie passées, après le cinq septembre 1944, au “Petit Pressigny” où je dors ce soir.

 

Axel Kahn, le sept juin 2008.

 

 

Envoyé de mon iPad

Partager sur :

3 thoughts on “UN MARCHEUR À MOTEUR Entre Bourbon Lancy et la Touraine 7 juin

  1. Personne ne va protester .La diète d’images permettra de savourer encore plus l’inauguration de ton square .Et puis savoir que tu souffles un peu , certaines sont contentes!!
    Bises

  2. comme je comprends votre frustration!!!! Je suis de la France profonde, mais comme beaucoup je suis devenue “des villes” Mais je prends plaisir à marcher dans les rues et à regarder les petites fleurs qui sortent du bitume, regarder les transformations de la nature même en ville , peut aussi faire réfléchir. Bonne route Mr Kahn

  3. Bonjour Monsieur Khan,
    Marcher le long des chemins : quel bonheur de se ressentir faisant partie de l’univers… tel un brin d’herbe !
    Merci pour votre temps donné à nous faire partager votre périple.
    Belles pensées !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.