UN PAYS DE SPLENDEUR, DE TRADITIONS ET DE LÉGENDES…D’ANTAN. (2)



Après deux jours à parcourir de part en part le massif ardennais, j’en conserverai le souvenir d’une sauvage beauté de sa forêt omniprésente et aujourd’hui largement déserte, de son haut plateau spongieux sur lequel s’ébattent, peu dérangés, des animaux nombreux (grands cervidés, sangliers, renards, oiseaux divers, salamandres, tritons et sans doute bien d’autres que je n’ai pas vus), plateau qui en ce mois de mai ruisselait de toutes parts, oùles bottes, voire les échasses eussent été des plus utiles. Les ruisseaux sont innombrables, ils entaillent parfois le socle ardennais qui date de l’ère primaire, a été ébrasé puis re-soulevé lors du plissement alpin, en vallées escarpées elles aussi délaissées à quelques exceptions près, dont, outre la vallée de la Meuse, celle, riante et charmante quoique par endroits abrupte, de la Semoy.

Les ardennais rencontrés s’étonnaient tous que nous ne suivions pas pour nous déplacer la “trouée verte” de la Meuse, chemin de halage de plus de 😯 km transformé en agréable piste cyclable et qui suit fidèlement les méandres et boucles du fleuve. Ils nous prévenaient que le massif comportait du dénivelé, que l’on était pas trop sûr de ne pas se perdre si l’on s’enfonçait dans les bois. De fait, à l’exception de la partie sud à partir des abords de la Semoy, rien n’y est prévu pour le touriste aux aspirations sylvestres, aucun panneau, pas de balisage, chemins souvent dégradés et, je l’ai dit, parfois marécageux. Le contraste est frappant avec la mise en valeur touristique des Ardennes belges.

D’ailleurs, la comparaison entre le dynamisme apparent de part et d’autre de la frontière est, aux dires de mes interlocuteurs unanimes, saisissant. Certes, la crise économique n’a pas plus épargné la province de Namur en Wallonie que le côté français, cette terre industrielle, jadis riche en activités métallurgiques, textiles et autres, a vu disparaitre la presque totalité des entreprises. La manne des retombées fiscales de la grande centrale nucléaire de Chooz, près de Givet, est la bienvenue pour la communauté de commune mais n’incite guère à la profusion d’initiatives, de toute façon entravées par l’éloignement des grands centres et liaisons rapides.

Pourtant, quand les habitants des Ardennes au nord de Fumay, et même en deçà, vont au restaurant, ont des achats importants à faire, doivent recourir à de l’imagerie médicale, se faire hospitaliser, c’est vers Dinant, qu’ils se portent, ville belge d’une taille pourtant similaire à celle de Givet.

Les Ardennes françaises donnent l’impression au voyageur trop rapide que j’ai été de répondre au sinistre économique par les détresses individuelles et l’évocation, dans les milieux les plus éduqués, des solides traditions de cette terre de légendes et de pèlerinages. Hélas, la geste des quatre fils Aymon, infatigables et indestructibles chevaliers en butte à l’arbitraire de Charlemagne, risque de ne plus guère opérer pour tirer les filles et fils du pays de leurs difficultés: ils ne sont plus que de saisissants reliefs appalachiens dominant la vallée de la Meuse du coté de Boigny/Meuse.

Axel Kahn, Nouzonville, le vendredi dix mai.

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2 thoughts on “UN PAYS DE SPLENDEUR, DE TRADITIONS ET DE LÉGENDES…D’ANTAN. (2)

  1. Merci de votre beau temoignage sur France Inter ce matin. Bonne marche !

  2. Bonjour Monsieur Kahn!

    J’ai été heureux de vous entendre converser avec mon confrère académicien Jean Christophe Rufin sur France Inter qui intervenait pour la parution récente de son dernier ouvrage “Immortelle randonnée”. Vous étiez en train de marcher et votre enthousiasme était palpable, contrairement à ce qu’il a dit et exprimé ce jour là ( mais lui, à son désavantage, était assis, c’est vrai ). Je pense , comme vous, semble-t-il, que toutes les “grandes marches” sont propices à la réflexion sur soi, pour se “résumer”, c’est à dire faire le point, prendre le temps de penser à ce qui fait l’essence même de notre existence. Lorsque j’ai fait le Compostelle, en partant du Puy en Velay le 8 mai 2011, ( 1850 kms par la côte nord et le chemin primitif), j’ai été surpris de constater qu’il m’arrivait souvent, au contraire, de parcourir plusieurs kilomètres, perdu dans mes pensées, sans être du tout parasité ou diverti par les divers stimuli extérieurs. Je suivais mes idées parfois mieux que le chemin lui-même !
    Les gens qui sont toujours dans l’action, les politiques qui ont vocation de meneurs d’hommes, gagneraient sans doute beaucoup à cet exercice mais malheureusement, ils penseraient certainement y perdre leur temps plutôt que d’en gagner.
    Au grand plaisir de vous lire.
    Je ne vous dis pas bon courage car je sais que votre plaisir, votre motivation et votre enthousiasme sont les plus forts.

    Alain TARATE

    PS: aujourd’hui dimanche, je prépare mon sac pour le Stevenson.

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