VIOLENCE ET CRUAUTÉ HUMAINES


Les humains sont violents et cruels, ils l’ont toujours été, ils le sont toujours. Certes pas plus que jadis, pas tellement moins, cependant. C’est plus la société qui s’est policée et désensauvagée que l’âme humaine. Les exemples de violence qui défraient actuellement l’actualité française, en cette fin octobre 2018, ce sont les bagarres entre bandes de jeunes, adolescents et parfois pré-adolescent, à coups de barres de fer et de couteaux. Ici, les causes de ces débordements sont diverses mais relèvent bien souvent d’une propension animale à la violence habituelle chez les prédateurs. L’agressivité est déclenchée par un regard, par un défi, par la défense du territoire, la lutte pour l’accès à une fille, femme ou femelle, la compétition pour un os à mordre….Homo sapiens, Canis canis et Canis canis lupus, Anser anser mâle (le jar…peu intéressé lui par l’os..), etc. Ici, le ressort principal du passage à l’acte violent  procède d’une insuffisance des phénomènes éducatifs et culturels d’inhibition des réactions instinctives dont nos semblables ont hérité comme d’autres animaux. Les réseaux sociaux ont accru l’immédiateté et la diffusion de facteurs déclenchants. Olivier Houdé a bien démontré qu’apprendre revient pour une grande part à apprendre à dire non, c’est-à-dire à inhiber les réponses instinctives et intuitives le temps que la question ait le temps d’être analysée par les processus cognitifs corticaux façonnés par l’éducation, la société, la religion, la culture. Telle est la raison pour laquelle ces formes de violence élémentaire peuvent se manifester chez chacun mais sont particulièrement fréquentes et virulentes dans les milieux les moins scolarisés, partiellement désocialisés, en métropole, outre-mer où ailleurs. Jean-Pierre Chevenement a qualifié il y a 25 ans ces jeunes violents de “sauvageons”, ces rejets racinaires d’arbres qui poussent sans tuteur. Il a été très critiqué ; pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit.

L’actualité nous rappelle aussi combien l’humain peut-être incroyablement cruel. Un récent et épouvantable documentaire sur les geôles libyennes, les récits des exactions dans les prisons du régime syrien, dans les camps de Daech n’en constituent que quelques exemples qui ne sont en rien exceptionnels. Dès que la guerre, la révolution ou toute autre forme de désordre a suffisamment affaiblit l’état de droit, la plus abjecte des cruautés se manifeste à nouveau. Elle ne cesse jamais aux marges de cet état de droit. Le journal Le Canard enchainé a illustré cette cruauté par l’un de ces titres horribles qui méritent de figurer au firmament de l’humour noir : à propos de l’affaire Jamal Khashoggi, il parle de la version « en dents de scie » des autorités saoudiennes. De fait, ce journaliste saoudien opposé au régime des Salmane à Riyad n’est jamais ressorti « entier » du consulat d’Arabie saoudite en Turquie où il avait été attiré sous le prétexte de formalités administratives. Riyad a fini par reconnaitre le meurtre prémédité mais n’a pas indiqué où retrouver le corps. Ni dans quel état et en combien de morceaux ont le retrouverait. Le pire est probable. C’est ici d’une implacable cruauté d’un régime théocratique et monarchique fort qu’il s’agit. L’Europe et l’église qui ont pratiqué la torture jusqu’au XVII ou XVIIIe siècles, à l’occasion au-delà, comme plus récemment les régimes totalitaires fascistes et communistes, connaissent.

Contrairement à la violence instinctive dont les fondements animaux sont certains, la cruauté est quant à elle bien spécifique, à de rares exceptions près, de l’animal humain, les autres bêtes ne sont pas cruelles. Elles manifestent leur nature, éventuellement de carnivores, sans souci de la souffrance des proies et victimes mais non parce que cette souffrance leur procurerait  un plaisir particulier. Parce que dans leur espèce, cela a toujours été ainsi, ces comportements sont héréditaires. En revanche, le tortionnaire, clerc de la « Sainte inquisition », homme de main du tyran et tyran lui-même, délinquant sadique, bande de soldats engagés dans une guerre de religion ou dans une épuration ethnique, jouissent de la terreur de leurs victimes, boivent leurs  tourments, s’émerveillent de leur pouvoir. Ce qu’ils envisagent de l’immense détresse de la ou du torturé(e) magnifie leur propre puissance. Aucun animal non humain n’est capable d’une telle sauvagerie, seul l’humain le peut, lui seul est parfois inhumain, la « bestialité » lui appartient. Elle est pour sa part irréductible par l’éducation seule, nombre de pervers et de bourreaux cruels ont un très haut niveau scolaire, voire universitaire, ils peuvent être épris d’art et de beauté. Sans doute le cas de Mohammed ben Salmane comme cela l’était de nombre de chefs nazis. Le seul rempart imparfait contre la cruauté humaine est d’ordre social, il passe par l’édification de normes (les déclarations des droits de l’humain) en sont et dans l’efficacité des systèmes éventuellement répressif pour les faire respecter et punir ceux qui y contreviennent. Systèmes internationaux lorsque se manifeste la cruauté institutionnelle.

Axel Kahn, le vingt-six octobre 2018

4 thoughts on “VIOLENCE ET CRUAUTÉ HUMAINES

  1. Bonjour M. KAHN,
    Je viens de lire le manifeste rédigé par M. Créoff et F.LABORDE…La cruauté exercée par leurs propres parents à des enfants innocents, victimes des pires sévices…!! L’humain redevient sauvage dans certains cas…
    “Sauvageons” était bien doux chez M. CHEVENEMENT.
    La déshumanisation qui peut se manifester est vraiment propre à certains êtres dits “humains” dont je ne comprendrai, ne donnerai jamais le sens…Pourquoi???? Une question sans réponse à mes yeux.
    Merci pour cet éclairage qui suscitera peut-être quelque réaction légitime…
    Bien cordialement,
    Malou BOURBOUZE

    • Hélas, cette “déshumanisation”, mot pris dans le sens d’une rupture radicale avec l’humanisme, est bien humaine, elle est impossible chez les autres animaux qu’Homo sapiens…

  2. Il faut s’attendre à ce que les actes de cruauté et de barbarie (racistes notamment) se multiplient en Occident, car le web est le plus grand vecteur de racisme et de haine sous toutes les formes ayant jamais existé. Le victim Bashing pratiqué par R.Diallo, Alain Soral, H.Bouteldja et Dieudonné (comme celui pratiqué il y a quelques années par Jacques Verges dans les tribunaux ) constitue d’ailleurs une forme de cruauté mentale s’ajoutant aux cruautés physiques ou les encourageant.
    En outre il suffit de savoir à quoi ressemblent nos maisons de retraite, nos hôpitaux psychiatriques, nos abattoirs et nos élevages intensifs pour se rendre compte que la cruauté institutionnalisée existe toujours, et je ne parle même pas du harcèlement scolaire, également frappé d’omerta comme tout le reste.
    A propos de la condition animale Hugo disait (je cite de mémoire et donc de manière approximative ) : “Les animaux ne connaîtront pas l’enfer : ils y vivent déjà”
    Bien à vous

    • “L’enfer n’existe pas pour les animaux : ils y sont déjà” est semble-t-il la citation exacte.

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