DÉSIRS. Les femmes attirent les hommes, les hommes attirent les femmes…


Il y a quelques années à Soir 3, le journal du soir de France 3, Marie Drucker me demandait de commenter une étude démontrant que trois pour cent des enfants n’étaient pas biologiquement ceux de leur père légal sans qu’ils le sachent. Je lui répondis que, grâce à la contraception, ce pourcentage avait beaucoup diminué : dans ma jeunesse, c’était au moins huit pour cent, près de trente pour cent en ce qui concerne les deuxièmes et troisièmes enfants….La présentatrice manifesta une vive émotion à laquelle je réagis en lui rappelant : « vous savez, Madame Drucker, les femmes attirent les hommes et les hommes attirent les femmes, cela semble établi… »

J’avais raison et croyais ma conviction partagée par toutes et tous. Était-ce bien le cas ? L’année 2017 restera dans l’histoire des sociétés occidentale, après l’affaire Harry Weinstein, celle de révolte des femmes contre la violence et le harcèlement sexuel des hommes, contre les stéréotypes machistes dégradants. C’est bien. Leila Slimani a très subtilement revendiqué la légitimité pour une femme d’avoir le même droit qu’un homme de se promener à l’heure qu’elle désire, là où elle veut, vêtue comme elle se sent bien. Le droit à la légèreté et à l’insouciance. Rien à dire à cette revendication, elle est légitime, il est consternant qu’il soit nécessaire de la formuler encore au XXIe siècle.

Cependant, la juste indignation contre toutes les violences faites aux femmes, le refus des attitudes sexuées de domination et de possession, a parfois débouché sur un tableau étrange de la relation entre les sexes et les genres. Dans cette peinture singulière, des femmes fragiles et sans défense, sans désir et sans passion, seraient les victimes expiatoires du désir masculin, celui de porcs en rut incontrôlables et dangereux. Certes, le mâle humain, butor carnassiers et prédateurs, cela existe, hélas ; femmes et hommes doivent s’unir pour les mettre hors d’état de nuire, pour auparavant entrer dans l’esprit des garçons que c’est là une attitude dégradante et abjecte. Cependant, le monde est bien celui où les hommes attirent les femmes et où les femmes attirent les hommes, comme je le rappelais à Marie Drucker. Désirs féminin et masculin existent l’un et l’autre, ils sont puissants tous deux. Leurs manifestations seules sont asymétriques, elles créent sans conteste la dangerosité bien supérieure du désir masculin sur sa contrepartie féminine. Il existe à cela une base physiologique à  laquelle s’ajoute des millénaires de sociétés patriarcales et sexistes. .

La séduction est en œuvre dans tous les sexes et les genres ; elle vise à éveiller le désir de l’autre. Cependant, le désir masculin violent peut pour certains parvenir à ses fins en l’absence de désir féminin : c’est le viol. En revanche, le désir féminin, en dehors du culte d’Onan, ne peut s’assouvir qu’à la condition d’avoir préalablement provoqué celui du ou de la partenaire convoité(e). Les femmes s’y entendent en général pour y parvenir. On peut les dire, comme les hommes, provocantes, collantes, lassantes, elles ne sont pas dangereuses, au moins en ce qui concerne les conséquences de leur désir dans l’espace public.

Leila Slimani, déjà citée pour la qualité et la pertinence de sa prise de position, a raison de revendiquer le droit à la légèreté pour une femme comme pour un homme, celui de déambuler court vêtu(e), en short où en jupes court(e)s, le bouton du haut du jean défait, le nombril à l’air, le slip visible et  le poitrail plus ou moins largement dénudé, de jour comme de nuit, sur la plage ou sur la place. La mode de l’instant chez les garçons est celle du pantalon tenant par miracle sur les hanches et baissé au moins de montrer le haut du caleçon et le début de la raie des fesses ! Si elles et s’ils se sentent bien ainsi, pourquoi ne le pourraient-elles, ne le pourraient-ils pas ? Cependant, difficile de ne pas faire l’hypothèse que si filles et garçons s’aiment ainsi, apprécient l’image qu’elles et qu’ils donnent de leurs corps, c’est au moins un peu (litote) parce qu’elle est de nature à éveiller le désir. Être désiré(e) peut-être pesant mais aussi indispensable pour vivre !

Le désir, en particulier le désir sexuel, emplit le monde, il habite la plupart des hommes et des femmes, des femmes et des hommes. Le nier est soit absurde, soit annonce une société invivable, terrifiante, un monde sans désir. La question n’est par conséquent pas  de le combattre, de le vilipender mais de vivre avec, de vivre ensemble et heureux avec.

Axel Kahn, le seize janvier 2018

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