D’UNE PRIMAIRE À L’AUTRE 2011 – 2017) : BENOÎT HAMON


Souvenirs. Le deuxième tour de la primaire citoyenne de la gauche se déroule le dimanche 15 octobre 2011. Martine Aubry n’est pas favorite. Devancée au premier tour, la Première secrétaire en exercice du PS, remplacée par Harlem Désir le temps de la campagne, a vu l’ensemble des candidats éliminés se rallier à François Hollande. Elle garde pourtant un certain optimisme. Ses partisans sont réunis dans une péniche amarrée au pied de la passerelle de Solférino. J’accompagne la candidate depuis le début de la campagne, chargé du thème « Refonder le Progrès », je suis là, bien entendu, encore moins optimiste qu’elle. Les premiers résultats ne sont pas bons, la défaite se confirme, plus sèche que les plus pessimistes ne l’envisageaient, de 13 points. Martin Aubry encaisse le coup, puis prend la parole devant les siens. Elle remercie son équipe, ses électeurs, puis elle annonce qu’à l’instant elle reprend ses fonctions de Première secrétaire, que rien n’est plus urgent que se mobiliser pour réunir la gauche, puis les Français autour de François Hollande, de ne négliger aucun effort pour en faire le successeur de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Elle se tourne ensuite vers François Lamy, Anne Hidalgo, je crois, et elle me demande de l’accompagner. « Allons-y, maintenant ». Nous sommes donc quatre au maximum à nous frayer un chemin dans l’incroyable cohue des journalistes, vers le quai, puis la rue de Solférino, le siège du parti socialiste. Au premier étage, François Hollande, Manuel Valls et quelques autres nous attendent. Salutations, félicitations, bises. « Alors, François, on se met au travail, maintenant ? » Ils s’engouffrent dans une salle de réunion, la campagne pour la présidentielle débute. Martine Aubry mobilise toutes les forces du parti pour cette élection. Candidat contre François Fillon dans les législatives qui suivent, je participe à cette campagne dans ma circonscription, les 5e, 6e et 7e arrondissement de Paris. Je suis un ami de Martine Aubry, les militantes séguolinistes sont nombreuses, un hamoniste dirige la propagande dans le 5e, un autre est mon mandataire financier, ma suppléante est une strauss-kahnienne ralliée, un jeune collègue médecin est montebourgeois et monte les « stand-ups, le représentant du PRG est totalement engagé», il doit bien avoir quelques vallsistes. L’unité est totale, l’enthousiasme croit, François Hollande sera élu.

Dimanche 29 janvier 2017, Benoît Hamon l’emporte nettement contre Manuel Valls. La campagne a dérapé les deux derniers jours, une coalition hétéroclite de partisans de Manuel Valls et de personnalités qui on placé la question identitaire au centre de leur combat et qui défendent une vision selon moi profondément erronée de la laïcité à laquelle je suis tant attaché, au premier rang desquels Caroline Fourest, cherchent à déstabiliser Benoît Hamon en instruisant un procès assez répugnant à l’encontre de  son porte-parole mis en cause par Manuel Valls lors du débat télévisé de second tour. C’est un déchainement qui me rappelle de biens mauvais souvenirs. Mis en cause par Nicolas Sarkozy lors du débat de deuxième tour, j’avais subi tant de pressions, de menaces, y compris de mort, été couvert de tant d’injures abominables que durant un temps j’avais été contraint d‘interrompre ma ligne téléphonique et mes comptes sur les réseaux sociaux. Seulement, dans mon cas, ces attaques venaient de la droite. Dans le cas d’Alexis Bachelay, responsable socialiste et député, elles proviennent de son propre parti qui n’avait auparavant jamais rien objecté à son action et à son engagement en faveur des populations palestiniennes et à sa proximité sans complaisance avec la communauté musulmane. Ce tout jeune papa a lui aussi été menacé de mort par je ne sais qui, menaces anonymes comme je les ai connues. J’ai alors été pris d’un irrésistible haut le cœur. Ceux qui ont fait ça ont commis une vilénie, je leur en veux. Rien de tel, en 2011 : l’attaque la plus violente fait aujourd’hui sourire « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». Lors des réunions de son équipe de campagne, Martine Aubry insistait chaque fois sur l’absolue nécessité de se garder des attaques personnelles, d’éviter tout ce qui nuirait trop au rassemblement nécessaire.

Et maintenant ? On verra, et on comparera. Les résultats de cette primaire ne sont en rien étonnants. La ligne 2011 de Manuel Valls était très minoritaire, l’impopularité du président Hollande a été abyssale, la conduite assez brutale des affaires par Manuel Valls Premier Ministre lui ont valu de solides inimitiés. Durant la campagne de cette primaire il n’a guère su incarner une vision progressiste et originale de la société qu’il appelait de ses vœux. Ses critiques des propositions de son adversaire étaient insuffisantes pour masquer une impression de grande vacuité programmatique. Ses attaques sur la conception de la laïcité de Benoit Hamon auraient pu aussi bien être  menées par Nicolas Sarkozy et l’extrême droite. Aujourd’hui, une situation nouvelle s’impose. Majoritaire parmi le peuple de gauche qui a voté à la primaire, la ligne incarnée par celui qui est désormais le candidat des socialistes, du PRG et d’une partie des écologistes est aussi selon toute apparence majoritaire au sein de ce qui persiste du PS. L’addition des scores de la motion B du récent congrès de ce parti, d’une partie de la motion D, des aubrystes, d’un partie des majoritaires qui ont suivi Peillon, le tout boosté par une dynamique, l’indique assez clairement. Il n’y a que parmi les parlementaires socialistes que le candidat reste minoritaire, ce n’est pas sain. Ces parlementaires auront à se déterminer. Si certains demandent l’investiture à Emmanuel Macron pour les législatives, les choses seront claires, ils quitteront « la vielle maison ». Je n’ai pas même de critique à leur faire. Les autres, demeurant dans leur parti, devront bien entendu se mobiliser de toutes leurs forces, comme en 2011 et 2012, pour assurer le meilleur succès à celui qui est désormais « leur candidat ».

Quel peut être ce meilleur succès ? Je prends le pari que Benoit Hamon va rapidement progresser dans les intentions de vote, au-delà de 10 % dans un premier temps, puis sans doute au-delà. Il va stopper l’hémorragie de certains socialistes vers les insoumis, attirer certains suffrages communistes. Si le soutien de Nicolas Hulot devient explicite, il y aura un net renfort venant des écologistes et simples citoyens partageant cette sensibilité. Il progressera alors, et cela pourra accroitre une dynamique.  Je le vois alors atteindre assez facilement les 15 à 16 %. Devant, resterons sans doute Fillon, Macron et Le Pen. Fillon peut cependant n’être plus en mesure de maintenir sa candidature, ou bien faire un très mauvais score. La troisième place à la présidentielle n’est pas inaccessible, et puis rien est figé. Le meilleur est improbable, il n’est pas rigoureusement impossible.

Il n’y aura selon toute évidence pas d’accord avec Jean-Luc Mélenchon ou Emmanuel Macron. Ce sont là deux destins personnels, honorables mais irréductibles à un ralliement. Quant au candidat socialiste, se rallier avant le second tour comporterait un risque fort de disparition corps-et-bien de « la vielle maison ». Sur les deux leaders sus-cités, celui des insoumis et celui  d’en marche, Benoît Hamon a un modeste avantage qui peut s’avérer payant : Il l’a dit, il se veut adepte d’une saine humilité et récuse la notion de détenir la vérité, il ne prétend pas être un homme providentiel. Ces points le différencient de Mélenchon et de Macron,  et pourraient le servir.

Axel Kahn, le vingt-neuf janvier 2017

LES NEIGES DU KILIMANDJARO….

Mes yeux se sont embués, hier, en voyant une fois de plus à la télévision le film de Robert Guédiguian avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin. J’ai associé mon émotion à la récente victoire de Benoît Hamon à la primaire de sa famille politique. En effet, j’ai imaginé qu’il aurait sans doute partagé cette nostalgie s’il n’avait eu bien d’autres choses à faire qu’à être devant son écran de télévision, hier soir ; comme pour être honnête, sans doute Jean-Luc Mélenchon et ses partisans. Cependant, le fait que contrairement à moi …et à JLM, BH soit un homme jeune a accru ma satisfaction de sa très nette victoire.

Je dis très nette car elle l’est. Deux millions de votants pour une élection dont peu nombreux sont les électeurs confiants en ce qu’il en sortira le nom du futur président de la République, au sein d’une gauche en capilotade après un quinquennat socialiste, alors que les insoumis étaient dissuadés de voter par leur leader, c’est remarquable. Je ne m’y attendais pas. En 2011, dans un enthousiasme de conquête du pouvoir, alors que le candidat socialiste à la présidentielle de 2012 réunira dix millions de voix au premier tour, il y avait eu 2.850.000 votants, soit 28% du score au scrutin national. Si on utilisait les mêmes rapports, cela ferait espérer 7.140.000 électeurs en avril 2017 pour Benoît Hamon ; il est très improbable qu’il puisse atteindre ce score mais cela donne une idée de la performance pour les pisses-vinaigres qui mégotent sur ce résultat, nettement supérieur à celui de François Hollande en 2011. Il devançait alors Martine Aubry de 13 % de suffrages. Benoît Hamon l’emporte avec 18 points d’avance, dans tous les départements de la métropole, à l’exception des Pyrénées orientales et de l’Aude où les deux candidats se tiennent dans un mouchoir de poche. BH l’emporte aussi en Corrèze (53 %) et dans l’Essonne (55 %). À Paris, il ne perd que dans les 6e, 7e, 8e 16e et 17 e arrondissement. Il est écrasé dans les très, très, très bourgeois 7e, 8e et 16e….et plébiscité dans les populaires 10e, 18e et 20e arrondissement. Globalement, BH dépasse légèrement les 60 % à Paris. Il gagne nettement à Lyon dont le maire roule pour Macron. Globalement, ce résultat est sans appel. La géographie détaillée du scrutin dit plus que de long discours sur sa signification sociologique et politique.

Peut-être la mode des réseaux sociaux amplifie-t-elle la manifestation des cris de désespoir de nombre de perdants et les fait-elle apparaitre comme de très « mauvais perdants ». Quoiqu’il en soit, on peut d’ors-et-déjà observer qu’ils n’auront pas l’élégance et l’esprit d’unité de leur camp manifesté par Martine Aubry en 2011, pourtant battue elle- même mais qui mobilisait sans tarder l’ensemble du parti autour de son vainqueur. Autre temps, autres personnes. Il faut dire que ce que révèlent ces primaires est cruel pour les perdants puisqu’elles confirment ce que tous les observateurs lucides savaient, c’est-à-dire que, minoritaires dans leurs groupes parlementaires, à l’Assemblée et au Sénat, les frondeurs étaient très majoritaires dans l’opinion de la gauche social-démocrate qui avait voté pour FH au premier tour d’avril 2012. Il ne faut pourtant pas s’en faire trop : en 2007, les choses avaient été encore bien pire pour Ségolène Royal qui, désignée, voyait s’opposer à elle presque l’ensemble du parti socialiste mené par son Premier secrétaire de l’époque, un certain FH. Rien de tel pour BH, majoritaire aujourd’hui, moins que dans l’opinion mais sans aucun doute, au sein de son parti puisqu’il est soutenu par son courant, Karine Berger, Vincent Peillon, Martine Aubry, Arnaud Montebourg, le Premier secrétaire (au moins formellement, avec JCC, on ne sait jamais bien..).

Cela dit, il existe sans aucun doute au sein du PS, et surtout des parlementaires, des personnes dont la propre évolution les place désormais à des années lumières de la gauche telle qu’elle s’est exprimé dans cette primaire. Ils partiront, c’est plutôt sain. Les forces politiques ne sont pas des corps inertes, ils se recomposent aussi. Quand c’est pour clarifier les choses, il s’agit d’un progrès. Et puis, nous resterons nombreux, c’est maintenant prouvé, à nous émouvoir des « Neiges du Kilimandjaro », et être persuadé que la société que nous voulons est celle où ses attraits demeureront une valeur d’avenir. Optimisme, mes ami(e)s, salut et fraternité, l’ascension pour les atteindre sera belle.

Axel Kahn, le trente-et-un janvier 2017

One thought on “D’UNE PRIMAIRE À L’AUTRE 2011 – 2017) : BENOÎT HAMON

  1. Merci pour cette analyse comparative entre 2011 et 2017.
    Pour Mai 2017, plus de bio-agriculture et plus de respect pour toutes les vies, donc pour les animaux non-humains, élèverait de plusieurs crans sa vision d’un futur possible.

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