11.07 HIT PARADE DE LA BEAUTÉ DE FRANCE ENTRE DEUX MERS


J’ai apprécié ce que voyais presque chaque jour et n’en pourrais donner la liste, aussi longue que notre pays est authentiquement beau. Je ne reprendrai ici que ce qui m’a subjugué, parfois sidéré, ce dont il m’était difficile de me déprendre, ce sur quoi je me suis retourné après l’avoir quitté à regret, les yeux humides encore de l’émotion ressentie. Mon ordre sera celui de la succession de mes étapes depuis mon départ de la Pointe-du-Raz.

 Justement, sans surprise, le Cap Sizun et son extrémité occidentale figurent sans contestation dans ma liste. Le mariage de l’océan jamais assoupi, des hautes falaises incroyablement découpées, des criques et des baies, les petits ports auxquels on accède presque par des échelles, la lande battue par le vent, les mouettes, goélands et autres oiseaux marins qui tournoient, sifflent ou rient, les ajoncs et la flore littorale d’arméria maritime et de silènes enflés si caractéristiques créent une atmosphère enivrante et vivifiante dont il est presque superflu que je chante la majesté.

 Toujours en Bretagne, beaucoup moins connu des non-Bretons, j’ai aussi été stupéfait par le site de la vallée de Guerlédan et de la forêt de Quénécan. C’est un exemple du mariage harmonieux entre un paysage et des réalisations humaines, ici le château des Forges des Salles dans la forêt et les allées couvertes néolithiques des crêtes et landes de Liscuis au-dessus de la vallée encaissée du Daoulas. Le relief étonnamment escarpé donne au lac de retenu un caractère montagnard singulier, montagnard et sauvage car la fréquentation touristique y est faible. Le chemin sportif exigeant tracé dans la pente nord de la vallée offre de superbes points-de-vue, au plus près du lac ou bien le dominant de plus de cent mètres. Il passe aussi par d’anciennes carrières de pierre bleue de Bretagne, schistes dont on retrouve l’usage dans l’habitat local. L’évocation des terribles conditions de travail des ouvriers ajoute une touche grave aux riches sentiments suscités chez le visiteur.

La Brenne est sans conteste mon troisième coup de cœur. La multitude des étangs, chacun avec son environnement végétal et ses plantes aquatiques spécifiques, crée un patchwork de miroirs aux scintillements et couleurs d’une remarquable diversité qui se recompose tout au long de la course du soleil et, j’imagine, change chaque jour. Des oiseaux innombrables et divers animent de plus cette vaste étendue dans laquelle le promeneur a l’impression de cheminer dans un univers différent de tout ce dont il a l’habitude.

Non loin de l’Indre et de la Brenne, j’ai été saisi de stupéfaction par la beauté hiératique de la vallée granitique de la Creuse, la vallée des peintres et de Georges Sand, de Gargilesse à Crozant et à Fresseline. Le jeu des blocs cristallins entre lesquels cascadent les affluents de la rivière jusqu’à leur tumultueuse confluence, les moulins qui les bordent et qui ont tant été peints, l’incroyable romantisme qui se dégagent des ruines du château de Crozant à la confluence de la Creuse et de la Védelle et face au roc majestueux dont Monet a tant étudié les couleurs et les lumières laissent une impérissable trace dans l’esprit des visiteurs, ils bouleversent son âme si celle-ci sait entendre de surcroît les notes d’un nocturne de Chopin amoureux.

J’ai apprécié la haute vallée de la Dordogne, le site nostalgique ou persistent les seuls souvenirs de Port-Dieu engloutis dans le lac de Bort, les hauts plateaux du Cantal et du Puy de Dôme, l’Artense et le Cézalier, les innombrables orchidées sauvages de ce dernier, les volcans du Velay mais je tiens à vanter en particulier le fantastique cirque volcanique des Boutières à la frontière entre la Haute-Loire et l’Ardèche car il mérite de figurer au panthéon des plus beaux paysages de notre pays qui n’en manque pas. Sur ses bords dominent le Mont Mézenc et ses deux sommets, l’un dans chaque département. Le matin par temps clair la vue y embrasse non seulement l’ensemble du cirque glaciaire mais aussi le mont Ventoux, le pic de Bure et porte jusqu’au Mont Blanc. Le cirque lui-même, de plusieurs kilomètres de diamètre, est constellé de sucs qui proéminent sur ses pentes. Le stupéfiant mont Gerbier de Jonc est face au Mézenc, sur le bord sud-est. Il ne ressemble à aucune autre montagne que je connaisse, en France ou à l’étranger, pièce rapportée à la symétrie presque parfaite et de couleur claire zébrée du vert foncé d’une végétation rase. Dans le val à ses pieds, des dizaines de sources se réunissent pour donner naissance à la Loire. Magique !

 En dernier lieu, je placerais bien entendu les pré-Alpes et les Alpes du sud que je suis en train de parcourir à travers les Hautes-Alpes, les Alpes-de-Haute-Provence et, dans cinq jours, les Alpes-Maritimes. Je connais bien les Alpes qui bordent la Suisse et l’Italie, ainsi que l’Oisans où je me rends chaque année. En revanche, à l’exception de l’Ubaye, je n’avais jamais randonné dans la partie sud-ouest de cette montagne et en attendais beaucoup. Je ne suis pas déçu car elle offre un entrelace de vallées isolées séparées par des reliefs affirmés, des falaises et des barres autour de 2000 mètres d’altitude de la crête desquelles les panoramas sont somptueux. J’ai en particulier longé les faces ouest – une falaise à pic – puis, après l’avoir traversée, est – une pente raide – de la Barre des Doubres, l’une des plus longues d’Europe, dans des conditions météorologiques idéales et reste émerveillé du spectacle. Sur les cimes, la flore alpine est abondante, différente du côté de l’ubac et de l’adret. Lorsque l’on quitte ces hauteurs pour traverser les vallées, dès l’altitude de 2000 mètres les champs de lavande, actuellement en pleine floraison, ressemblent à des vagues bleues dont les ondulations régulières et parallèles dévalent les pentes, un enchantement qui donne alors au pays un caractère provençal affirmé.

 En ce qui concerne les monuments, deux émergent pour moi sans contestation.

Le premier est la ville de Richelieu, en Indre-et-Loire. C’est un exemple unique d’une ville bâtie ex-nihilo en dix à quinze ans à partir du début des années 1630, de ce fait d’une absolue homogénéité de style et selon un plan urbanistique parfaitement maitrisé. Qui aime la pureté du classicisme architectural de ces années ne peut qu’être séduit. Il s’en dégage une force sereine et une noblesse rares.

Le second monument est la basilique Saint-Julien de Brioude. J’ai déjà fait plusieurs voyages consacrés au roman auvergnat mais n’étais jamais venu à Brioude dont la basilique n’est souvent, de façon très injuste, pas citée parmi les fleurons des sanctuaires d’Auvergne. Or, je l’affirme, c’est une des plus remarquables, dotée de plus d’un statuaire exceptionnel et dans laquelle des fresques ont été dégagées dans un remarquable état de conservation. Le pavement d’origine en galets de plusieurs teintes et la marqueterie de pierre à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur d’un édifice dans un remarquable état de conservation tranche peut-être avec le dépouillement austère que l’on attend en général du roman mais contribue à faire de ce monument un chef d’œuvre de toute première importance.

Voilà ce que j’ai ressenti tout au long d’un fabuleux voyage dans un merveilleux pays. Je ne peux que vous inviter à vous rendre compte par vous-même. Il n’est pas obligatoire pour cela de parcourir des milliers de kilomètres à pied, encore que, si vous le pouvez, je ne saurais trop vous y inciter. Vous serez heureux, comme je le suis.

Axel Kahn, le onze juillet 2014

 

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7 thoughts on “11.07 HIT PARADE DE LA BEAUTÉ DE FRANCE ENTRE DEUX MERS

  1. Votre bonheur, Axel, est communicatif.
    Votre très beau texte poétique et enthousiaste suscitera sans nul doute bien des appels à voir ou revoir les lieux dont vous célébrez les merveilles avec un tel bonheur d’écriture…

    Voici une très modeste contribution (avec un tout petit peu d’anticipation) pour chanter votre voyage et vous remercier de l’avoir partagé pas à pas:

    Heureux qui comme Axel a fait un beau voyage
    De la pointe du Raz aux collines de Menton
    Et puis est retourné, plein d’usage et raison
    Ecrire ses pensées dans un nouvel ouvrage.

    Quelle joie de retrouver le lieu de sa naissance
    Pressigny le Petit, certes, mais Savoureux
    L’Aigronne, le tuffeau et tous ces chemins creux
    Où déjà il aimait muser dans son enfance !

    Plus lui plaît de marcher, solitaire, tel un sage,
    Emu par la beauté, les fleurs et l’art sacré
    Avant, le soir venu, d’offrir mots et images.

    Il eut pour la mascotte affection et tendresse,
    Lui fit prendre la pose et jouer maintes scènes.
    C’est en fait son miroir, cette petite Princesse…

    Iroise, avec le concours de Joachim du Bellay

  2. tres beau resumé des souvenirs de votre traversée oû je suis d’accord sur 2 points le gerbier et sa region çà c est l ardechoise de coeur qui parle et la basilique St Julien dont j avais dit mon admiration au moment de votre visite

    Les AM que je connais tres bien pour y avoir vécu plus de 40 ans sont plus belles l hiver que l éte quand depuis le cap d’Antibes on a la mer bleue aux pieds et le Mercantour enneigé comme un écrin derriére pour les photographes c est la carte postale ideale
    Mr Kahn je vous avais vu au festival du livre de mouans sartoux avec votre frere
    Bravo Iroise pour ces vers qui j espere seront apprécies par le marcheur ! nous aurons participé à ce blog sans nous connaître mais avec un point commun apprécier la beauté que nous aura fait partager l auteur de celui ci

  3. Je m’apprête à m’élancer sur vos traces dans 3 semaines, à partir de la Pointe du Raz.. Je voyagerai dans les mêmes conditions que vous, bien que sur une distance plus courte puisque je stopperai à Malestroit.
    Votre récit et vos mots depuis votre départ renforce mon enthousiasme et mon impatience à vivre le chemin.
    Je ne manquerai pas le Cap Sizun et le Lac de Guerlédan dont vous parlez avec émotion.
    Bonne fin de voyage !

  4. Oui, tout cela est très beau et moi, tu sais que je suis une grande sensible à ta traversée pour différentes raisons Je constate, ce qui est super ,que tu as des fidèles qui te suivent .Tu vas bientôt arrivé et la je me pose la question : “Et maintenant, que va-t-il faire “? en mai 2015 ?.Bon bien sûr tu peux faire la verticale et l’Horizontale mais tu vas être obligé de repasser par le centre de la France que tu as déjà vu .Et il va falloir que tu retrouve une mascotte aussi célèbre que Norman. !!!!!!

    Bonne fin de route
    Bises
    Brigitte

  5. Merçi Mr. Khan pour cette superbe traversée de la France. Oui, douce France ! c’est le pays de notre enfance et qu’il est beau notre pays. Protegeons-le, respectons-le c’est le plus beau cadeau que l’on puisse faire à notre descendance.

  6. Je viens de terminer “Pensées en chemin” et j’ai pris grand plaisir à vous lire, repassant quelquefois par des lieux connus. De très beaux parcours où l’amour des paysages et celui des hommes s’entremèlent. J’envie votre détermination et, ayant noté la suite que vous vouliez donner à votre premier chemin, je viens faire le curieux au moment où vous achevez le second… Bravo ! Je pénètre plus avant dans votre Blog…
    dp

  7. Merci Axel

    Je vous ai suivi, discrètement, depuis votre départ, en lisant vos textes et en découvrant vos belles photos sur twitter !
    J’ai personnellement eu la chance d’oser et de réussir un périple de 2000 kms du Finistère Breton au Fistera de la Galice espagnole, reliant ainsi deux territoires assez authentiquement celtes, au rythme de mon pas, et de ressentir cette joie et cette plénitude qui vous habitent. Nous avions évoqué ces sentiments, probablement communs aux marcheurs au long cours, lors de notre rencontre à Ouest France, à Rennes.
    Merci d’avoir cité quatre lieux qui m’ont moi aussi subjugués, même si je les ai découverts à d’autres occasions que ce long périple : Le cap Sizun et Huelgoat, qui sont deux des fleurons bretons aussi nombreux que les hermines qui ornent notre drapeau breton, La Brenne et l’ensemble Mézenc – Mont Gerbier des Joncs qu’un ami de Haute Loire m’a fait découvrir.
    André, le marcheur breton.

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