CHALEURS EN CHALOSSE. 23.07


Sinon, depuis hier et environ trente-huit km durant, c’est tout droit, tout plat, tout plein de maïs, partout. C’est qu’il vient bien dans la chaleur ambiante, sur cette terre légère et arrosée presque en permanence par d’impressionnants dispositifs d’irrigation. C’est simple, il pousse à vue d’œil. Hier, je prenais une photo d’un champs immense aux pieds courts. Aujourd’hui, sa taille avait plus que quadruplé, elle dépassait le mètre soixante. D’ailleurs, cela m’a joué un tour. Devant faire un arrêt technique, j’accrochai ma casquette à un épis naissant. Le temps que j’ai terminé, il me fallu me servir de mon bâton de pèlerin pour le récupérer. Vous ne me croyez pas et pensez que j’ai pris une insolation ou bien que j’exporte les galéjades marseillaises en Gascogne? Je vous invite à marcher, vous aussi, des heures et des heures durant en plein soleil par une température dépassant les trente-cinq degrés sur des chemins rectilignes entre des champs de maïs à perte de vue, et vous me direz si vous n’observez alors, vous aussi, des choses bizarres.

Un autre spectacle singulier du jour est celui d’un couple croisé sur l’un des chemins montants de Chalosse. Lui, la quarantaine athlétique, tirait dans la pente une petite charrette dans laquelle il avait entreposé certains de ses bagages et du matériel de camping. Il était suivi par une jeune et assez frêle jeune femme qui faisait de même avec une sorte de grand caddie lui aussi bien chargé. Je leur demande où ils se rendent ainsi? “À Jérusalem”, répondit l’homme. De fait, sur l’arrière de sa carriole, ils avaient accroché une pancarte : “Lisboa to Jerusalem”. Ils complètent l’éventail des personnes rencontrées poursuivant des projets plus ou moins extrêmes. Cet Australien de quatre-vingt un an reliant Santiago depuis Genève accompagné de son épouse colombienne qui vient d’être opérée d’une tumeur mammaire. Cette famille nombreuse québécoise avec une enfant de trois ans en poussette la plupart du temps. Un de ses frères âgé d’environ six ans est visiblement épuisé, ses pieds en un très mauvais état, tous sont assommés par la canicule. Je suis en fait plus que réservé sur l’association des jeunes enfants qui n’en peuvent plus, parfois au mépris de leur intérêt physique, voire de leur sécurité, à la passion des parents. Je pense que l’héroïsme que suscite un rêve ou un défit concerne ceux qui les partagent à l’exclusion de tous les autres.

L’entrée en Béarn marque le début de la fin de mon périple, les autorités et les médias locaux le voient en tout cas ainsi. À pratiquement toutes mes étapes jusqu’au dernier jour, nombreuses invitations par les édiles et sollicitations par la presse et les radios et chaines TV du territoire. Cet échange est partie intégrante de mon projet mais difficile à gérer lorsque l’on marche plus de trente km par jour et assure tout ce qui va avec (lessive du linge et du corps, ravitaillement pour l’étape du lendemain, envoie des photos, rédaction du billet, repos réparateur…). Aujourd’hui, passionnante discussion avec le Conseiller général, maire et président de la communauté de commune du coin sur le vécu d’une collectivité rurale dans une très active économie de l’agro-alimentaire, à proximité du bassin de Lacq en reconversion réussie et des grands centres touristiques des Pyrénées et de la côte atlantique. Je vous en parlerai demain, si je le peux.

 

Axel Kahn, le vingt-trois juillet 2013.

 

 

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6 thoughts on “CHALEURS EN CHALOSSE. 23.07

  1. Bonjour,
    Le maïs, originaire d’Amérique centrale est l’une des plantes cultivées qui demande le plus d’eau. Comment est la nappe phréatique de cette région? , ou bien l’eau est-elle puisée dans les rivières?

    Bon courage pour ces étapes sous ce fort soleil et merci pour vos très belles photos et vos chroniques journalières

    • Le gave de Pau a débordé dernièrement. De l’eau, il y en a beaucoup en ce moment, à cause de la fonte des neiges tardives en montagne. Mais cela ne justifie pas la culture intensive du maïs, dont les racines sont peu profondes et ne retiennent pas la terre et font perdre aux sols leurs richesses.

  2. Bonjour Mr Kahn
    Il en faut du courage pour marcher par ces chaleurs caniculaires, sûr que, même pour un autographe, je ne vous suivrai pas..
    Ce sont effectivement des cinglés ces parents qui emmènent leurs enfants en bas âge marcher comme ça, en plein cagnard ..
    Dimanche, ma belle-soeur nous a raconté le projet d’un beau-frère, aller à Compostelle, avec un âne, au printemps prochain, 4 mois sur les routes..Il n’a aucune préparation, mais a déjà réservé l’âne…Le meilleur, c’est qu’il veut corser la difficulté en empruntant son itinéraire, pas celui, trop facile (hic) des pélerins, dormir à la belle étoile, se sustenter avec les moyens du bord….
    Y’a comme ça de doux illuminés…J’espère que l’âne n’aura pas à en pâtir..Il se pose juste la question de savoir comment il va faire franchir les échelles en bois à l’âne pour passer d’un pré à un autre (j’ai le nom morvandiau sur le bout de la langue)..Peut-être le porter sur son dos.
    ps : alors, comme ça, vous lavez vous-même votre linge ? comme le prince William qui a changé la couche de son bébé la nuit dernière, à ce qu’il parait, car, ce qui est écrit dans le journal ne peut être que la vérité vraie, non ! Je suis ravie de voir que nous sommes tout pareil…Sourire..

  3. bonjour monsieur Kahn,

    pour pouvoir profiter d’une marche agréable, il aurait fallu bifurquer à Aire sur Adour, vers Lourdes et ensuite reprendre le GR 78,en Béarn ,on longe le gave de Pau et par des cols, des forets des chemins sublimes, ont passe au “pied du diable” à Moumours, à Asson, L’hôpital St- Blaise, Saint-juste-Ibarre etc…. avant d’arriver et rejoindre le GR 65,à St-Jean-Pied de Port
    ce qui évite le maïs, remplacé par l’élevage Béarnais, qui rappel l’Aubrac
    alain

  4. Jours de canicule
    ————-

    Ma vie, est-ce ton crépuscule ?
    Sont-ce là mes derniers rayons ?
    Mais je trace droit mes sillons,
    Sans crainte de la canicule.

    Mon chant, tel celui du grillon,
    Parmi mes compagnons circule
    Comme fait un animalcule
    Que presque point nous ne voyons.

    Je dis la fraîche ombre du chêne
    Et je dis l’averse prochaine ;
    Je marche, barde échevelé

    Sous l’oeil d’une muse rieuse ;
    Par l’effet d’une humeur joyeuse,
    Mon noir tourment s’est envolé.

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