CHÔMAGE : NE PAS BOUDER SON PLAISIR, RESTER PRUDENT


Les chiffres du chômage pour le mois de septembre ont fini par s’améliorer en France, confirmant une tendance européenne et des indices nationaux enfin plus favorables. Ce résultat attendu est le fruit de la combinaison de trois ordres de facteurs, l’un international : la chute du prix de l’énergie ; le second européen, la politique de Quantitative Easing de Mario Draghi et de la BCE, et la création progressive de mille deux cents milliards de monnaie nouvelle en euros ; le troisième français, la politique d’aide aux entreprises (CICE et Pacte de responsabilité) des gouvernements de François Hollande. J’ai expliqué en détail les deux premiers mécanismes dans mon billet du vingt-quatre janvier 2015, « Quels seront les effets du bazooka monétaire européens ? ». J’ai aussi, plus récemment, rappelé que les menaces sur l’économie mondiale restaient élevées, qu’elles croissaient même à l’heure actuelle, et qu’il convenait de rester prudent : « Non, la crise n’est pas finie ». Il est amusant pour un connaisseur de l’histoire de la pensée économique d’observer que si la politique française d’aide aux entreprises, avec cependant le souci du maintien du pouvoir d’achat, emprunte à la théorie économique de l’offre de Jean-Baptiste Say et, plutôt, aux libéraux modernes anti-keynésiens, le Quantitative Easing (traduire « la planche à billet ») est quant à lui de pure essence keynésienne et est employé par tous les pays du monde, maintenant par la BCE, en opposition frontale avec les thèses des libéraux monétaristes de Milton Friedmann et des « Autrichiens » disciples de Friedrich Hayek , c’est-à-dire avec les dogmes de la révolution libérale des années 1980[1].

D’ici 2017, l’évolution du chômage dépendra avant tout de l’évolution internationale. Si la crise majeure qui menace ne se déclenche pas sous l’influence conjuguée du ralentissement économique des émergents, de la masse invraisemblable de liquidités à la disposition des banques et des spéculateurs du monde entier – et par conséquent des risques d’éclatement de bulles spéculatives nombreuse – et de la dégradation de la situation géopolitique internationale, l’amélioration du chômage devrait se poursuivre, lente, cependant, tendant plus vers un plateau aux alentours de 9 -10 % que des cinq – six % considérés comme le plein emploi. Cela suffirait-il à inverser les tendances politiques actuelles ? Sans doute pas, à les influencer, peut-être. Sinon, ….croisons les doigts.

Axel Kahn, le vingt-sept octobre 2015

[1] A. Kahn L’Homme, le libéralisme et le bien commun, Paris, Stock, 2013

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