DÉMOCRATIE, ÉLECTION, TIRAGE AU SORT : FACE À LA CONTESTATION DES ÉLITES


Au hasard d’une proposition de la fantasque Jacline Mouraud, une intéressante discussion s’est amorcée hier sur mon  mur Facebook à propos de la procédure du tirage au sort pour désigner les membres d’instances de la République ou de porte-paroles des citoyens. Bien sûr, le processus démocratique est indissociable de la compétition électorale. La loyauté de cette compétition constitue l’un des critères du niveau de démocratie d’une société.

Dans l’immense majorité des cas, les élections permettent la confrontation entre des visions, des analyses et des propositions de mouvements, rarement d’individus isolés dans les élections locales de petits villages. Les candidats sont censés avoir désiré s’engager et se sentir investis d’une mission, convaincus du bien-fondé de leur programme et de leur aptitude à le mettre en œuvre. Ils espèrent être « élus », du latin « eligere », choisir. Ils se sont choisis, ont été choisis et représentent par conséquent, étymologiquement et aux yeux des citoyens, des « élites ».

Cependant, ce processus implique une distance entre eux et les autres personnes constitutives du peuple. Les élus ont fait ce choix de se soumettre au vote, ont d’abord souvent dû obtenir l’assentiment des membres de leur formation, puis ont mené campagne. Ils ne sont plus de ce fait des citoyens totalement « ordinaires ». Tous ceux qui ont l’expérience des mouvements politiques et des campagnes électorales savent qu’en effet, sans que cela ne remettent en rien en cause la qualité et la sincérité des militants et dirigeants, ils constituent à leur insu une « petite société » à part.

C’est pour éviter ces biais que les jurys populaires de cours d’assise sont tirés au sort. Ils doivent refléter au mieux la réalité du peuple dans sa diversité, sans se limiter à ceux qui ont fait la démarche de se porter candidats. Sur le même modèle, les états généraux de la bioéthique font désormais appel à des assemblées citoyennes tirées au sort de sorte à refléter la diversité des sexes, genres, origines et situations. Les membres des jurys et assemblées reçoivent une formation accélérée par des professionnels et sont mis rapidement au travail. Une semblable procédure tend aujourd’hui à être utilisée de plus en plus fréquemment.

Une des caractéristiques des évolutions politiques dans le monde entier est la contestation des « élites », de ceux qui se sont choisis et ont été choisis. C’est pourquoi émerge la revendication de l’installation, à côté des élus qui sont le fer de lance de la démocratie représentative, de citoyens tirés au sort participant au processus législatif. On peut y être favorable ou violemment défavorable mais l’hypothèse n’est point sotte. Elle prête infiniment moins le flan aux dérives populistes démagogiques que des procédures telles le référendum d’initiative citoyenne d’Étienne Chouard. Un beau débat ouvert. Menons-le calmement.

Axel Kahn, lundi quinze avril 2019

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7 thoughts on “DÉMOCRATIE, ÉLECTION, TIRAGE AU SORT : FACE À LA CONTESTATION DES ÉLITES

  1. Cela pourrait faire l’objet d’une refonte du CESE (comité économique, social et environnemental) dont les membres, ou un collège, serait tiré au sort parmi les citoyens. En leur donnant pouvoir d’examen (avis ? Amendements ? veto ?) sur tous projets de loi débattu au parlement.

  2. Dans le cadre des Etats généraux de la bioéthique, à partir de quelles données est effectué le tirage au sort des citoyens? Les listes électorales dans les mairies ? Les citoyens ont-ils un droit de regard sur son déroulement?
    D’autre part que pensez-vous de la LIC, la loi d’initiative citoyenne, projet présenté par les députés LRM ? Là ce serait les citoyens eux-mêmes qui seraient à l’initiative du projet de loi.

    • LIC mieux que RIC. Oui, tirage au sort à partir des listes électorales assurant aussi une bonne représentativité territoriale.

      • Cependant le tirage au sort est aléatoire et n’assure pas forcément une bonne représentativité sociale.

  3. La liberté
    ———-

    Je ne leur ferai plus la guerre
    Qu’ils crèvent de leur ambition
    Marchands de soupe et de galère
    Et marchands de révolution

    Mieux vaut la sagesse précaire
    D’un ermite en méditation
    Mieux vaut dormir mieux vaut se taire
    Qu’entrer dans leurs machinations

    Si je meurs dans les ans qui viennent
    Que de ma vie je me souvienne
    Sans tristesse ni sans fierté

    Je n’ai acquis nulle richesse
    Ni accompli nulle prouesse
    Mais j’ai gardé ma liberté

  4. Projetons-nous quelques instants dans ce futur où l’on serait représentés par le dernier des imbéciles, qui n’aurait aucun intérêt pour la chose publique et dont l’univers se limiterait au frontières de l’île de Fortnite.
    Ou par un autre, raciste parmi les racistes, un de ces décérébrés qui insultent tout le monde sur les réseaux sociaux.
    Serait-ce vraiment plus démocratique ?

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