ÉMOTIONS


Le rythme de mes déplacements est depuis quelques mois de l’ordre de celui d’un candidat à la présidence de la République mais je ne le suis pas, je vous assure. Heureusement, les dizaines d’heures passées dans le train me permettent de lire et de faire des découvertes, le cas échéant sous l’impulsion de libraires chez lesquels je rencontre mes lecteurs avant de signer mes livres. C’est ainsi que j’ai lu récemment “Monsieur le Commandant” de Romain Slocombe, publié en 2011 et disponible désormais chez Pocket. C’est un livre terrible sur la dénonciation imaginée de sa belle fille juive par un académicien pétainiste, ancien prix Goncourt, homme de lettre respecté. Est évoqué à travers cette fiction le comportement hélas bien réel d’une très grande partie du monde des lettres pendant l’occupation allemande. Quoique presque insoutenable, cet ouvrage fort bien écrit est fort.

Ma plus grande surprise est cependant celle de “L’Affaire des Vivants” de Christian Chavassieux (Phébus), une saga à la manière de Zola qui s’étend de 1870 à la bataille de Verdun en 1916. Le livre met en scène le mirifique destin d’un paysan doué qui répond au nom flamboyant de Charlemagne, donné par un grand-père qui avait de l’ambition pour lui ; il deviendra un capitaine d’industrie sans pitié dans une petite cité située à une centaine de kilomètres de Lyon. Plus encore que l’histoire fort bien troussée, quoique parfois un peu “à la manière de “, c’est le style éblouissant qui mérite vraiment que tous ceux qui aiment la littérature, ses images, sa musique et sa langue, lisent cet ouvrage sans tarder. Une vraie découverte littéraire.

Au delà des rencontres toujours chaleureuses, des escapades qu’elles permettent, mes voyages connaissent aussi de pures moments d’émotions. Ce peut être mon émerveillement devant l’intérêt, la curiosité, l’intelligence et la maturité des élèves de terminales et classes préparatoires devant lesquels je profite chaque fois que possible de mes déplacements pour parler de sciences, d’éthique, de morale, de détermination et du sens à donner à leur vie. A Marseille récemment, c’est cependant devant  un petit garçon de quinze mois que je me suis senti fondre. J’étais allé visiter la “Maison du Vallon”, une maison verte du sixième arrondissement de la ville, menacée de fermeture du fait de la mise en vente des locaux par la mairie en quête d’argent frais. Il y a peu d’espaces verts dans la cité phocéenne. La Maison du Vallon accueille gratuitement dans un petit jardin et quelques pièces de jeunes mamans en difficulté et leurs enfants, de 14 à 18h ; ils trouvent là, au calme et au vert, l’occasion de souffler un peu, les petits jouent, les mamans discutent.

Pour la défense de la maison du Vallon Marseille

Pour la défense de la maison du Vallon Marseille

Manifestant ma solidarité aux familles et aux bénévoles, j’avise le petit Raphaël qui, près de sa jeune maman étrangère, me regarde fixement, puis se met à me tendre, les uns après les autres, ses joujous. Bientôt, ce sont ses petits bras qu’il tend vers moi, les yeux brillants. j’interroge la jeune femme d’un regard, elle acquiesce. Voila donc l’enfant dans mes bras, il s’y trouve bien, me sourit, joue avec mes lunettes, mon stylo, me demande par ses gestes de l’aider à marcher, puis de le reprendre. Nous devenons inséparable et, lorsque le moment sera venu que sa maman quitte la maison verte, il me fera encore de ses petites mains des gestes d’au revoir. Peut-être Raphaël avait-il le souvenir vague d’un homme, son père, désormais absent ? Je ne sais, mais suis assuré que désormais cet épisode minuscule restera gravé dans ma mémoire comme quelques regards d’enfants dans le passé et qui ne m’ont jamais quitté.

L’émotion esthétique n’est pas non plus absente de mes voyages. J’ai relaté il y a quelques jours le  plaisir dans les montagnes du Chablais français au dessus du lac Léman. Le dimanche 21 juin, j’étais à une singulière manifestation mélangeant l’art des jardins, les arts plastiques modernes, la science et la littérature, “Lieux mouvants“, dans le centre Bretagne et à quelques encablure de la région de Guerlédan et des crêtes de Liscuits dont j’ai fait l’un de mes six coups de cœur de la beauté de nature entre deux mers. Ma rencontre avec les Bretons, en plein air dans un jardin magique, fut sans conteste un grand moment. Je vous en laisse juge.

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Axel Kahn, le vingt-quatre juin 2015

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9 thoughts on “ÉMOTIONS

  1. Quelle belle idée de partager ces moments d’émotions et comme il est agréable de les lire. Et de quitter la pesanteur des commentaires de politique politicienne ou d’hypothèses économiques qui échappent bien souvent à la compréhension. Mais, je sais bien, vous continuerez à penser le Monde comme il va et comme il devrait être.
    N’empêche, c’est le temps des vacances et le temps des émotions à ne pas laisser en chemin.

  2. Je suis bien triste de refermer ” Entre deux Mers”. Aussi triste que vous l’étiez en page 245. J’ai cheminé avec vous et Princesse Mascotte avec un grand bonheur. Malheureusement je ne vous ai pas rencontré “en vrai” chez notre Libraire- Sauveur, ici, à Montélimar, tout récemment. Mais une autre fois, peut-être.
    Soyez heureux, vous rendez heureux. Françoise V.

  3. Le rêve d’immortalité est universel et beau.
    Mais, vous avez raison, doute et précaution scientifiques s’imposent. La communauté savante n’a jamais été à l’abri des mythes et de l’irrationnel. Il faut le lui rappeler de temps à autre, comme l’a merveilleusement, mais rigoureusement fait Bachelard.

    Mieux vaut, comme vous le faites Axel, cultiver intensément l’amour de la vie, de la nature et de l’humanité.
    Et avoir dans le coeur une petite princesse…

  4. Merci, Françoise, Michèle et Iroise de ces marques touchantes de sympathie. Je vous embrasse toutes trois.

  5. Merci, cher Axel Khan. Mon admiration pour vous se mue en une émotion étrange, maintenant que je sais que vous avez apprécié mon travail.

    • Christian, je pense réellement que vous avez du talent. Merci et félicitations.
      Axel

  6. Monsieur,
    Vous m aviez émue aux larmes lors de votre passage dans l émission de Frédéric Lopez dont j oublie le titre et dont je n étais pas fan… Mais vous aviez retenu mon attention, et un peu plus que cela…
    Je viens de refermer vos ouvrages Pensées en chemin, Entre deux mers… Je retrouve cette émotion , intacte…. Ce que vous savez communiquer de La Vie.
    Merci.
    Lôrence

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