IDÉES REÇUES SUR LE TERRORISME


Michel Onfray dans le Point et d’autres dans les journaux où ils s’expriment nous ressortent pour relativiser la culpabilité des terroristes du treize novembre les mêmes arguments que ceux déjà entendus après les attentats de janvier, et même l’affaire Merah. Or, certains d’entre eux sont tout simplement ineptes.

  1. Les terroristes ne font que répondre à des provocations islamophobes. Mis en avant pour dénoncer la laïcité à la française, et plus particulièrement la pratique par les caricaturistes de Charlie hebdo de la liberté de la presse, cet argument perd toute signification en ce qui concerne les parisiens passant une soirée au stade, à la terrasse des cafés et restaurants ou à un concert de rock.
  2. Les terroristes réagissent à la violence du conflit israélo-arabe et à la rigueur de l’occupation israélienne, aux attaques contre Gaza. Ils manifestent leur solidarité avec le peuple palestinien opprimé. De fait, le conflit israélo-arabe a alimenté le terrorisme mondial pendant des décennies. Cependant, alors même que, hélas, la situation là-bas reste dramatique, elle a cessé de constituer le moteur principal du terrorisme actuel qui repose avant tout sur les progrès du salafisme wahhabite, la déstabilisation de toute la région par les interventions dramatiques au Moyen-Orient des Américains – et des Français en Libye -, et par la rivalité entre l’Iran et l’Arabie, entre les chiites et les sunnites. D’ailleurs, les conflits les plus meurtriers, en Syrie, en Irak et au Yémen ne font pratiquement aucune référence à la situation en Israël et en Palestine. D’un certain côté, hélas d’ailleurs, car cela conduit le monde à s’impliquer moins dans les événements en Terre sainte et à laisser pourrir encore ce conflit épouvantable et interminable. Il n’y a pratiquement pas de djihadistes internationaux à Gaza, le wahhabisme y est moins prégnant en Palestine que dans d’autres régions arabes, l’Autorité palestinienne et le Hamas sont également opposés à Daesch.

 

  1. Les ghettos dans les banlieues, l’apartheid social, le mépris et l’islamophobie poussent les jeunes des cités dans les bras des djihadistes. S’il n’y a pas de doute sur le rôle joué par ces éléments dans le courant de sympathie dont ils disposent chez des jeunes de banlieue, sur le recrutement de certains de ces derniers pour les combats en Syrie, force est de reconnaitre que ce n’est pas là une explication magique, qu’elle est bien loin d’être vérifiée dans la majorité des cas de passage à l’action terroriste en France. Un peu comme les dix-neuf terroristes du onze septembre 2015 n’étaient en rien issus des milieux défavorisés de leurs pays, au contraire, le profil des terroristes de janvier et de novembre 2015 en France contredit ce stéréotype. Coulibaly avait été employé de la Ville de Paris, les assaillants kamikazes de novembre venaient des classes moyennes, possédaient un café – restaurant, avaient été chauffeur à la RATP, etc. Les frères Kouachi orphelins de père ont certes eu une enfance difficile mais disposaient tous deux d’une formation professionnelle et d’un emploi. De plus, une part très significative des candidats au jihad est composée de convertis issus de toutes les couches de la société. La conversion et (ou) la radicalisation se font sans doute chez des jeunes en recherche d’un sens à leur vie, dans des petits groupes d’amis, en marge de mosquées intégristes et en prison après un passage par la délinquance.

 

Ce qui est incontestable, en revanche, c’est, je viens de le rappeler, le rôle historique dans la situation actuelle de la politique des États-Unis et de leurs alliés en Afghanistan, Irak, Syrie, de la France en Libye. C’est l’ambiguïté de la politique d’alliance des pays occidentaux avec les pétromonarchies du golfe d’où s’est répandu le wahhabisme, qui ont financé l’essentiel des groupes et mouvements salafistes sunnites dans la région et à travers le monde. C’est la rivalité de l’Arabie et des émirats avec l’Iran, c’est l’opposition datant de treize siècles entre les sunnites et les chiites. C’est l’hypocrisie de ces pays riches qui, après avoir soufflé sur les braises laissées par les interventions occidentales, n’accueillent aucun des réfugiés fuyant la situation qu’ils ont eux aussi contribué à créer et sont plus occupés à bombarder le Yémen voisin et à intervenir contre leurs populations chiites qu’à lutter contre l’État islamique.Pour saisir en partie ce qui se joue et certains des ressorts psychologiques des terroristes kamikazes, il vaut la peine de relire l’Alamut de Wladimir Bardol. Il y compte l’épisode de l’opposition dans l’Asie centrale du onzième siècle entre le « Vieux de la montagne »l, chef des Ismaéliens, une branche du chiisme, et les khalifes sunnites abbassides de Bagdad. Les terroristes assassinent leurs ennemis drogués par du haschisch (les haschischins) et dans l’espoir d’accéder au paradis d’Allah dont leur maitre leur a permis par une manipulation de connaitre les délices. Un épisode saisissant, vraiment.

Axel Kahn, le dix-huit novembre 2015.

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2 thoughts on “IDÉES REÇUES SUR LE TERRORISME

  1. Les wahhabite depuis la crise pétrolière de 1973 et qu’ils ont de l’argent font de l’ingérence partout où il y a des musulmans en finançant l’idéologie salafiste xénophobe afin d’imposer leur vision du monde . Les terroristes d’inspiration salafiste font de l’ingérence violente dans nos sociétés pour nous punir de nos modes de vie qu’ils abominent et les changer .
    Le problème, c’est que l’occident n’a cessé d’en faire autant depuis 3 siècles, militairement, politiquement, juridiquement, économiquement, et par l’intrusion des productions culturelles occidentales, qui tout simplement infligent à ces gens jusque dans leur foyer un modèle qu’ils haïssent et qu’ils considèrent comme une abomination .
    Or dans notre monde qui devient plus en plus peuplé et de plus en plus petit, on ne voit pas que cela va s’arrêter .
    On reproche aux gens qui nous tuent et qui veulent la destruction de nos libertés d’être insupportablement prosélytes… Cependant que la culture occidentale -surtout américaine – n’est rien d’autre que toute entière prosélyte, comme cela est la norme sinon la règle pour toute civilisation dominante dans l’histoire humaine .
    Dans ces conditions, quel discours tenir aux peuples du tiers-monde, lorsque eux-même se considèrent depuis toujours comme les agressés, et cela dès qu’ils ouvrent un journal économique ou qu’ils allument la radio ou leur poste de télévision ?

    • Vous avez raison, Med on, mais ce n’est qu’une des dimension de l’affaire comme j’ai tenté de le rappeler dans mon dernier billet du 29-11 sur la nécessité d’intégrer la complexité.

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