LE DEVOIR EN BLOUSE BLANCHE


Spécialiste des yeux à Wuhan, le docteur Li Wenliang s’est alerté dès décembre 2019 de la multiplication des cas de pneumonies atypiques sévères. Soupçonnant l’émergence d’une épidémie virale ressemblant au SRAS-1 de 2003, il a donné l’alerte. Il a été blâmé, menacé, on l’a fait taire. Puis, l’alerte a enfin été prise au sérieux, les autorités chinoises ont réagi avec l’exceptionnelle efficacité de cet immense pays, puissant, d’un immense niveau scientifique et sanitaire, par ailleurs une dictature. Li Wenliang a été au front. Il a combattu. Il a été contaminé, il est mort. Mais pourquoi ce dévouement d’un homme que les autorités avaient d’abord maltraité ? Parce que c’était son devoir. Cette force puissante, irrésistible, dont la capacité existe chez tous mais n’est mobilisée que chez certains, par laquelle la conscience dicte à un humain libre ce qu’il doit faire. Ce qu’est son devoir.

Aujourd’hui à, Mulhouse, Colmar, Strasbourg, déjà à Paris et en Île de France, demain partout sur le territoire, observez ces femmes, souvent jeunes, mamans, belles de ce qu’elles sont, harassées de fatigue, qui ne se posent guère la question de fuir la région ou l’épidémie est la plus active pour se mettre au vert, elles font leur devoir. Il ne saurait être sans risque. Pas plus pour ces médecins confrontés à des conditions dantesques de prise en charge et de réanimation, des conditions de guerre. Ils le font sans se poser de questions, parce qu’ils doivent le faire. Mes enfants sont dans ce cas. Ma maman aurait dit, une de ses expressions favorites, « vous ne faites que votre devoir, et encore bien petitement ». Pas si petitement que ça, quand même, vous êtes magnifiques. Comme le pompier, comme le guerrier qui défend les siens ou les autres, comme le sauveteur, tous ceux qui pensent à sauver avant de faire jouer leur droit de retrait. Vous êtes humains, pleinement, des femmes et des hommes authentiques. Les autres aussi le sont, mais grâce à vous qui maintenez ses lettres de noblesse à l’humanité. Qu’en resterait-elle sans vous ? Quant à moi, à ma place, je ne vous décevrai pas.

Axel Kahn, mardi 17 mars 2020

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2 thoughts on “LE DEVOIR EN BLOUSE BLANCHE

  1. Très sensible à ces quelques lignes pleines de subtilité et de charisme
    Bravo !!
    Bien à vous

  2. Dame en blanc
    ———-

    Nature peut en grands maux se répandre,
    Mais nos bonheurs ne sont à regretter :
    La Dame en blanc nous aide à résister
    À la souffrance, ou nous la faire entendre

    Et, nous laissant sur une couche étendre
    Tire le sang de ses doigts enchantés :
    Tant que le corps se voudra contenter
    De bien subir ce qu’il ne peut comprendre,

    Il ne souhaite encore point mourir.
    Mais quand sa force il sentira tarir,
    Sa voix cassée, et son âme impuissante,

    Et son esprit en étrange séjour,
    Blanche sera cette dernière amante :
    Par elle peut blanchir un sombre jour.

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