LE QUINQUENNAT DE FRANÇOIS HOLLANDE : BILAN SUBJECTIF


François Hollande, Président de la République jusqu’en mai 2017, a annoncé le premier décembre 2016 qu’il ne briguerait pas de second mandat. C’est là une décision sage et lucide, ses chances de l’emporter, voire de figurer honorablement dans la compétition étaient proches de zéro. Je m’étais engagé depuis longtemps à tirer un bilan personnel de son mandat ; cependant, pour ne pas contribuer à mon très modeste niveau à rendre sa position encore plus fragile, à ne le faire qu’après son retrait de la course ou son élimination de la compétition.  Nous sommes désormais dans cette situation.

1, UN BILAN POLITIQUE DÉSASTREUX

C’est sans doute là que le bilan est le plus négatif, et à dire vrai pas totalement inattendu. François Hollande est un poulain de Jacques Delors, il était peu apprécié pourtant par François Mitterand qui ne lui confia, contrairement à sa compagne, jamais de responsabilité autre que la conquête législative de la Corrèze, ce qui n’est certes pas négligeable mais quand même modeste. Marie de Hennezel rapporte dans son livre de témoignages sur son long rapport intellectuel avec François Mitterrand que la formule « le problème de Ségolène Royal, c’est son mari » vient de lui. Il fallut à François Hollande attendre la victoire de la gauche et, en 1997, l’arrivée à Matignon du premier secrétaire du Parti socialiste, Lionel Jospin, pour le remplacer à la tête du Parti socialiste. Sa gouaille, son humour, sa bonhommie, son sens du compromis lui assurèrent une bonne popularité au sein de son  parti mais son bilan fut objectivement peu convaincant, marqué par des échecs à répétition aux élections phares : présidentielle et législatives de  2002, puis de 2007. Là, non seulement François  Hollande ne sut mobiliser le parti pour assurer la victoire de sa compagne Ségolène Royal, mais encore, dépité de son succès alors qu’il convoitait d’être lui-même candidat, il anima en sous-main la fronde à son encontre au sein du parti. Quittant le poste de premier secrétaire en 2008, il participa implicitement au congrès de Reims à l’alliance TSS, tout sauf Ségolène, qui devait aboutir à la si controversée victoire de Martine Aubry. En 2011, son décollage pour être désigné candidat dut tout au retrait rocambolesque du favori, Dominique Strauss-Kahn.

Élu président de justesse (son avance au second tour n’était que de 1,3 millions de voix) après une assez bonne campagne et deux discours mémorables, celui du Bourget qui galvanisa les militants, puis celui de Dijon sur l’équilibre des pouvoirs, soutenu alors par un Parti socialiste uni et mobilisé comme jamais, il préféra privilégier pour conduire sa politique un Premier Ministre particulièrement peu charismatique et une équipe rassurante et confortable plutôt qu’un gouvernement de combat qui eut été mieux approprié pour affronter une terrible situation économique et une droite revancharde.

Par la suite, par conviction et analyse, le Président pris toute une série de décisions, économiques et autres – j’y reviendrai – dont il était inéluctable qu’elles lui aliènent l’aile gauche de sa majorité de mai 2012 sans jamais s’assurer que ces défections étaient compensées par un renfort en provenance de la droite et du centre. De ce fait, associée à une profonde impopularité personnelle dont je pus me rendre compte dès ma première traversée pédestre du pays en 2013, il m’apparut à peine plus d’un an après son élection qu’il ne serait pas en mesure de faire un second mandat. L’hypothèse d’un retour en grâce par la force d’un processus politique mobilisateur me semblait très improbable. Son abyssale impopularité s’enracinait en effet dans une hostilité personnelle et presque épidermique, peu ragoûtante mais hélas réelle, dont des composantes étaient le tweet de Valérie Trierweiler en juin 2012, le communiqué de rupture avec celle-ci, la conversation en duplex avec Léonarda, l’épisode du scooter, voire même son physique. Sa bien singulière « incontinence » médiatique, parfois des plus imprudente, ne devait pas améliorer le sentiment que François Hollande était fait pour habiter la fonction présidentielle. C’est à cette hostilité à la personne que devait se superposer rapidement et de manière croissante tout au long du quinquennat la rancœur de la gauche anti-libérale dont les voix avaient contribué à sa victoire.

L’appel de Manuel Valls au poste de Premier Ministre permis à François Hollande de pouvoir compter sur une personnalité bien plus populaire, organisée et structurée que Jean-Marc Ayrault mais envoyait un fort signal négatif supplémentaire à la frange gauche de sa majorité puisque Manuel Valls incarnait l’aile la plus à droite du Parti socialiste, que ce courant d’idées avait recueilli un peu moins de six pour cent des suffrages à la primaire citoyenne de novembre 2011.  Les possibilités de se relancer néanmoins auraient exigé qu’il exerçât un réel leadership sur son camp. Tel n’a en pratique jamais été le cas, ses partisans les  plus proches sont aujourd’hui eux-mêmes divisés entre les fidèles « maintenus », ceux qui suivent Manuel Valls et les partisans d’Emmanuel Macron.

Les épisodes vécus par  un nombre croissant de citoyens de gauche comme d’insupportables provocations se multiplièrent après la prise de fonction de Manuel Valls. L’utilisation à répétition de l’article 49-3 pour faire passer au parlement une réforme profondément impopulaire à gauche (et à l’extrême-droite…) du droit du travail en est un exemple connu. La plus douloureuse de ces « provocations », celle qui reflète le mieux l’incompréhensible errance de la pensée politique du président, pourtant en principe des plus expérimentés, est la tentative de faire modifier la constitution française pour y introduire un article sur la déchéance de nationalité. Tout a été dit de cet absurde épisode. Une telle mesure de déchéance est déjà inscrite dans le code civil, et d’ailleurs appliquée. Son introduction dans la constitution n’avait qu’une valeur symbolique….pour l’extrême-droite qui l’avait réclamée la première et pour Nicolas Sarkozy qui s’y était rallié, contre l’avis de François Fillon et d’Alain Juppé. Un front Hollande – Sarkozy – Le Pen, en somme. Un tel faux-pas dévastateur trouvait sa fallacieuse justification dans la conviction cultivée par François Hollande dès 2012 qu’il serait au second tour de la présidentielle de 2017 opposé à Marine Le Pen et qu’il l’emporterait alors. Il cherchait dans cette hypothèse à donner des gages à une droite dont une fraction suffisante devait dans cette configuration voter pour lui afin assurer sa victoire. Cette tentative d’ajouter au socle constitutionnel des valeurs républicaines la première disposition depuis les origines de la première République en 1793 limitant des libertés individuelles a bouleversé nombre des soutiens du président, au rang desquels Christiane Taubira et Emmanuel Macron.

En définitive, au terme de son premier mandat, la gauche se réclamant du socialisme et de la sociale-démocratie se retrouve en miettes, atomisée, écrabouillée ; la gauche dans son ensemble est ramenée à une situation qui évoque celles de 1958, 1969 et 1993 ; l’extrême droite a plus progressé que jamais depuis 1995, à un rythme annuel moyen de deux à trois fois plus élevé que durant les trois septennats – quinquennats de droite qui ont précédé.

2, UN GRAND RÉFORMATEUR

S’il est difficile de porter un regard bienveillant sur le bilan politique de François Hollande, il convient en revanche de reconnaître qu’il restera comme l’un des grands réformateurs de la cinquième République. Son bilan contraste sur ce point avec l’immobilisme du mandat de Nicolas Sarkozy à l’actif duquel on ne peut guère mettre que l’autonomie des universités et l’incitation à leur regroupement et réorganisation. Depuis 2012, les gouvernements de François Hollande ont fait adopter, comme le candidat Hollande s’y était engagé, d’importantes réformes de société : le mariage entre personnes de même sexe ; un toilettage de la loi sur la fin de vie ; l’autorisation dans des contritions éthiquement encadrées de la recherche sur l’embryon ; le tiers payant généralisé en médecine ; un accroissement essentiel de l’indépendance de la justice, etc. La plupart de ces réformes ne seront pas supprimées, de même que celles qui concerne l’organisation territoriale du pays et le redécoupage des régions. Bien entendu, on peut se réjouir ou bien regretter ces mesures mais non contester qu’elles contribuent à redessiner le visage de la France. Sous cet aspect, les « années Hollande » resteront dans l’histoire.

3, LE CHEF D’UNE NATION ATTAQUÉE

La France a eu à faire face durant le mandat de François Hollande aux plus grandes menaces pour la sécurité de ses citoyens depuis la dernière guerre mondiale, puis les évènements liés à la guerre d’Algérie. Le Président s’est là révélé à la hauteur. Après plusieurs attentats et prises d’otages de ressortissant français au Maghreb et au Sahel, en janvier 2013 des colonnes djihadistes en provenance du Tchad, du Niger et du nord du Mali foncent sur Bamako où résident au moins cinq mille Français et autres Européens. La plus grande prise d’otages  de « croisés », ainsi que le dénoncent les assaillants islamistes de tous les temps se prépare. Comprenant que ce serait là une terrible catastrophe, François Hollande hésite peu, il envoie l’aviation française stopper les colonnes assaillantes, puis des troupes au sol, alliées à des combattants tchadiens et nigériens, pour les affronter et reprendre le terrain conquis. Quoique la situation là-bas reste instable – comment pourrait-elle ne pas l’être ? -, c’était la bonne décision. De même, la France ne pouvait rester inerte devant les exactions et massacres inter-religieux qui ensanglantaient la Centrafrique, son ancienne colonie d’Oubangui-Chari.

Chaque fois, après les attentats de Paris de 2015 et celui de Nice en juillet 2016, le président trouva le ton juste. Il sut incarner la Nation en janvier 2015 et réunir le monde entier autour d’elle. Bouleversé en novembre de la même année par la barbarie djihadiste, ses mots furent d’abord  émouvants et forts avant qu’ils ne s’égarent dans la désastreuse affaire de la déchéance de nationalité. L’introduction de l’état d’urgence était légitime, seule sa prolongation devient problématique.

4, LE DÉFENSEUR DE L’ENVIRONNEMENT

Malgré les inévitables polémiques sur plusieurs dossiers avec des mouvements et groupes écologistes, le souci du président vis-à-vis de l’environnement et du réchauffement climatique est sincère, il ne ménagea pas sa peine pour faire de la COP 21 à Paris,  avec Laurent Fabius, sans doute la plus réussie de ces conférences annuelles, et pour contribuer ensuite à en assurer le meilleur « service après-vente ».

5, UNE POLITIQUE ÉCONOMIQUE À CONTRE-TEMPS.

François Hollande, fidèle en cela à Jacques Delors, a des convictions économiques qui penchent plus vers le libéralisme néoclassique de Tony Blair et de Gerhart Schröder que vers la sociale-démocratie non marxiste version Bad Godesberg de 1959. Contrairement à cette dernière proche du libéralisme d’un Keynes et d’un Roosevelt, sa référence, il l’a dit lui-même, est la loi de Say et sa théorie de l’offre.  Ce n’est pas le lieu ici de reprendre le débat économique général entre les mérites respectifs des deux conceptions. Cependant, force est de remarquer que l’efficacité d’une politique exclusive de l’offre requiert des périodes de croissance de l’économie mondiale. En effet, le pari en est que l’aide aux entreprises, en particulier par le biais de différentes mesures fiscales, permettra à ces dernières de gagner en compétitivité sur le marché avant tout international. Cependant, les sommes investies dans la stimulation de l’offre peuvent manquer pour dynamiser en parallèle la demande intérieure qui, handicapée de plus par la modération salariale, sera dans un premier temps peu motrice. Pourtant, le pari est que l’accroissement du chiffre d’affaires à l’exportation des employeurs fera diminuer le chômage, accroîtra l’activité et produira secondairement du pouvoir d’achat, bouclant un cercle vertueux.  La conviction selon laquelle « les profits d’aujourd’hui sont les emplois de demain », comme Schröder, dit-on, aimait à le rappeler, résume la vision libérale reprise par les néoclassiques.

Un tel mécanisme ne peut néanmoins opérer en atmosphère de déflation internationale dont le paramètre majeur est une insuffisance de la demande qui enclenche une spirale infernale de baisse des prix et des bénéfices. La politique à mener dans ces situations est toujours compliquée et d’efficacité incertaine, elle doit dans tous les cas agir sur les deux paramètres que sont l’offre et la demande de sorte que la seconde soit en état de répondre à l’augmentation de la première. Telle n’a pas été la politique menée, Pacte de responsabilité et CICE, très déséquilibrée en faveur exclusive de l’offre alors que la demande intérieure était pénalisée par la modération salariale et la politique fiscale, nationale et territoriale. La demande des collectivités territoriales (infrastructures, rénovations, etc.) ne pouvait que s’effondrer en conséquence de la diminution des dotations de l’État. Dans le même temps, le commerce extérieur se rétractait du fait de la défaillance des émergents, des « BRICS », dont la Chine. Au total, les mesures n’ont pas permis d’accroître la production, la croissance est basse, de l’ordre de 1,3% pour l’année 2016. Ce chiffre est par lui-même tout à fait incapable de rétablir le marché de l’emploi. Seules les marges des entreprises et la rémunération des actionnaires ont retrouvé des couleurs. Le chômage reste à la fin de 2016 de plus de cinq cent mille travailleurs sans emploi plus élevé qu’en 2012, la somme du chômage total (catégorie A) et du chômage partiel (catégories B et C) continue de croître. Le traitement social du chômage, les basculements en catégorie D (en formation ou stage) auront en 2017 leur contrecoup puisqu’on estime à au moins deux cent mille le nombre de salariés en formation qui rejoindront la catégorie A. Quelques dizaines d’emplois auront pourtant été créés grâce au CICE et au pacte de responsabilité, mais à un coût exorbitant de l’ordre de cent mille euros par emploi créé. Comparé aux autres pays européens, la France a encore reculé au plan de ses performances sur le front de l’emploi.

L’une des justifications à la politique économique menée réside en les engagements européens. François Hollande s’était engagé à  les renégocier avec l’Allemagne et Bruxelles. Que cela n’ait pas vraiment été tenté ou que cela se soit révélé impossible, force est de constater que rien de sérieux en ce sens n’a été fait.

La loi travail est elle aussi une pièce maîtresse de la politique de l’offre puisqu’elle a pour objectif d’augmenter la flexibilité du travail et de réduire son coût global. Là encore, je n’en ferai pas ici la critique de fond mais observerai combien elle apparaît, elle aussi, à contretemps. La politique « keynésienne » de création de monnaie par la banque centrale européenne, la baisse subséquente du taux de change de l’euro et des taux de l’emprunt, l’effondrement un temps du cours de l’énergie devaient donner un coup de fouet mécanique à l’économie  européenne. Ce fut le cas mais la tension mondiale déflationniste persistante et le détournement de la monnaie créé dans des « trappes à liquidité » spéculatives assuraient que l’embellie serait relativement brève. Il convenait par conséquent d’en profiter dans un climat social serein propice à la mobilisation générale. Au lieu de quoi on engagea le pays dans le rude affrontement autour de la loi El Khomry, encourageant la division syndicale et provoquant un vaste mouvement social qui a laissé dans le cœur des « vaincus » un goût d’amertume et un vif désir de revanche. Vraiment, ce n’était pas le moment ; cela a contribué à empêcher la France de mieux tirer bénéfice d’une conjoncture européenne transitoirement plus porteuse.

6, UNE POLITIQUE INTERNATIONALE PARTISANE, DÉSÉQUILIBRÉE ET ILLISIBLE

Mises à part les décisions justes en ce qui concerne la zone d’influence de l’ancien empire colonial français, la politique internationale de Laurent Fabius et de François Hollande m’apparaît la pire de toutes celles menées durant la cinquième République. Elle renoue avec les à-priori atlantistes, pro-israéliens et les pratiques interventionnistes et bellicistes de la vieille SFIO de la quatrième République. Sous cet aspect, comme sous celui de l’état dans lequel il laisse son parti et la gauche, François Hollande ne peut être rapproché que de Guy Mollet. Le président et ses gouvernements, Laurent Fabius dont le rôle personnel a été considérable, ont aggravé la rupture sarkozyste avec la pensée gaulliste d’une France trait-d’union entre les peuples et les blocs. La réintégration complète dans les structures de commandement intégrés de l’OTAN en donna très vite le la.

L’amitié traditionnelle entre notre pays et Israël a fait place plutôt à de la complaisance qui a eu plusieurs occasions de se manifester. Les condamnations contre l’usage excessif de la force à Gaza, les centaines de morts et la destruction des infrastructures réalisées grâce à l’aide internationale ont été molles. Le satisfecit au Premier Ministre Benyamin Netanyahu après qu’il a sévit contre des colons incendiaires qui avaient brûlé vifs une mère et son petit, sans l’accompagner d’une  condamnation de l’extension de la colonisation, a été choquant. Laurent Fabius, en concordance avec les positions tranchées de Benyamin Netanyahu sur cette question, a mené un combat d’arrière- garde pour retarder la signature de l’accord international sur le nucléaire iranien.

Les conséquences du jusqu’au-boutisme de Fabius vis-à-vis de l’Iran ont été doubles : d’une part cela a contribué à handicaper notre pays pour profiter des possibilités économiques ouvertes par l’accord sur le nucléaire civil. D’autre part, le positionnement de la France en tant que soutien indéfectible de l’islam sunnite dans son opposition multiséculaire avec l’islam chiite s’en est trouvé renforcée alors qu’à l’heure actuelle c’est le second, non le premier qui nous agresse. Notre alliance diplomatique, économique, militaire et stratégique avec le pays du wahhabisme, l’Arabie saoudite, et les autres états du Golf a pu sembler peu en phase avec la menace que fait peser sur notre pays cette lecture littérale et intégriste de l’islam sunnite, lecture qui a irrigué les pratiques du djihadisme salafiste. Cette position totalement partiale de la France se manifeste aussi par le soutien implicite de l’intervention saoudienne au Yémen, ses pertes infligées aux civils et la destruction d’un patrimoine architectural exceptionnel.

En Syrie, la France a un rôle historique majeur puisqu’elle est l’ancienne puissance protectrice de ce pays. À ce titre, elle ne pouvait que protester contre la violence de la répression du pouvoir chiite  alaouite d’Assad contre sa population sunnite majoritaire dans la foulée des printemps arabes. Contrairement à d’autres pays où le pouvoir central arabe a été emporté par la rue, Assad et ses troupes ont réagi avec férocité, une guerre civile vite internationalisée,  impliquant d’abord les puissances sunnites de la région (Arabie, Qatar, Turquie) du côté des rebelles,  puis l’Iran, l’Irak et les milices chiites du Liban pour venir à la rescousse des frères alaouites, a débuté, sanglante, impitoyable. Les forces djihadistes sunnites, d’abord Al-Qaïda, d’autres groupes, puis Daech, ont très vite joué un rôle prépondérant dans la mêlée sanglante. Au lieu de garder le contact avec les différents protagonistes afin de tenter de jouer un rôle apaisant, la France s’est activement engagée dans la coalition sunnite, sans référence à ce que les terroristes qui la frappaient en provenaient, et non de l’autre camp. Laurent Fabius s’est même laissé aller à déclarer que le Front Al Nosra (Al-Qaïda) « faisait là- bas du bon boulot », l’Al-Qaïda qui avait armé le bras des assassins de Charlie Hebdo ! La coupure de toute relation avec le camp gouvernemental a privé nos services d’informations précieuses sur la menace terroriste et nous a peu à peu disqualifiés pour jouer là-bas le moindre rôle. Ce ne sont plus aujourd’hui que les Américains et les Russes qui ont de l’influence sur le cours des choses.

Avant même d’être attaquée, la France s’est associée, à la demande des États-Unis, aux actions à la coalition internationale contre Daech et a participé  aux opérations, surtout aériennes, menées contre cette organisation.  Or, autant les États-Unis et la Grande Bretagne ont une responsabilité écrasante dans la déstabilisation de l’Irak, la création et l’expansion de Daech, autant la sage politique d’esprit gaulliste de Dominique de Villepin et de Jacques Chirac en a préservé la France. Notre apport militaire n’étant à l’évidence pas essentiel à la défaite de Daech en Irak et en Syrie, je conteste la logique de notre participation à ces actions. Je ne suis pas sûr qu’elles n’aient pas contribué et qu’elles ne contribuent pas à accroître le péril terroriste en France.

Enfin, je déplore la position, là aussi déséquilibrée, de la France en Ukraine et vis-à-vis de la Russie. Après quatre mois d’épreuve de force à Kiev entre les révolutionnaires pro-européens de la place de Maïdan et le président Ianoukovytch pro-russe, une négociation s’engage à la fin de février 2014 entre les adversaires, sous le patronage, d’une part de l’Union Européenne représentée par un membre de la Commission, le Ministre des affaires étrangères d’Allemagne et Laurent Fabius, d’autre part de la Russie représentée par un envoyé de Vladimir Poutine. Un accord est conclu, qui prévoit le départ de Ianoukovytch dans un délai maximal d’un an, de nouvelles élections législatives et présidentielles, la libération des prisonniers politiques….un bon accord, en somme dont le Russe et les Européens se félicitent. Dans la nuit qui suit, les révolutionnaires de Maïdan passent à l’offensive, chassent Ianoukovytch et désignent un gouvernement provisoire violemment anti-russe. Fabius ne trouve rien à y redire, il cautionne. L’une des premières mesures adoptée par le nouveau pouvoir est de supprimer la langue russe, parlée dans toute l’Ukraine et langue quotidienne dans l’est du pays, en tant que langue officielle.

La Crimée est une province historiquement russe donnée à l’Ukraine par Nikita Khrouchtchev dans les circonstances abracadabrantesques d’un dîner très alcoolisé. À l’époque, cela ne porte pas à conséquence. Il n’empêche, après l’indépendance de l’Ukraine, la Crimée est selon le droit international sans conteste ukrainienne. Cependant, par accord intergouvernemental, la flotte stratégique russe de la mer noire est basée à Sébastopol. Tous les diplomates savent que cette situation n’est viable qu’à la condition de relations correctes entre les deux pays. L’arrivée à Kiev d’une équipe clairement anti-russe laisse présager que, faisant fi du droit international, la Russie privilégiera ses intérêts stratégiques de grande puissance. C’est en effet ce qui se passe. Le conflit entre le pouvoir central de Kiev et ses provinces orientales russophones et russophiles fera par la suite des milliers de morts.

Dans cette situation de tension, l’alignement de la France sur la politique américaine et la sensibilité des nations jadis membres de l’URSS dont on peut bien comprendre la russophobie l’a conduite à abandonner son rôle de pont entre les blocs, à appuyer une politique de sanctions contre la Russie. Ces dernières ont certes affecté les Russes mais n’ont changé en rien leur politique et les ont conduits à réorienter leur commerce et leurs alliances vers la Chine et l’Asie. Nos agriculteurs qui commerçaient avec la Russie ont vu leurs difficultés s’accroître. Vraiment pas une réussite.

Voilà, je m’y étais engagé, sans rancune ni indulgence, voilà « mon bilan » du quinquennat de François Hollande.

Axel Kahn, le trois décembre 2016

Certains me demanderont : Mais alors, Axel, que proposez-vous ? Ma réponse !

Un manifeste social-démocrate…

DONNER ENVIE D’AVOIR ENVIE…
Les choses se mettent en place. La droite et l’extrême droite sont en ordre de bataille : le centre a un candidat et en aura peut-être deux ; la gauche anti-libérale est rassemblée et a pour l’instant le vent en poupe ; le Parti socialiste et quelques satellicules préparent leur primaire. Et moi, je l’avoue, je n’ai pas faim, pas faim du tout. Seule l’extrême droite et la gauche anti-libérale analysent le rejet par un nombre croissant de peuples de la terre des gouvernements, nommément de gauche ou de droite, qui appliquent les règles intériorisées comme impérieuses et par conséquent inévitables de l’école néoclassique du libéralisme économique qui a pris toutes les rênes en main dès 1980. En particulier, les partis socialistes et sociaux-démocrates du monde entier, en réalité partisans d’une économie libérale néoclassique plus ou moins matinée de social, sont rayés de la carte, en Grèce, Espagne, Italie, ailleurs, en France demain.

La seule analyse servie est, face à ce phénomène, celle de la « montée des populismes », la seule solution proposée par les contestataires est plus ou moins entachée de césarisme. Alors, je n’ai pas faim. Je rêve d’une force authentiquement social-démocrate, des femmes et des hommes capables de poursuivre à la fois la liberté individuelle et de préserver le bien commun, des responsables ardents à allumer des étoiles, celles de la mobilisation des forces de l’esprit, de l’intelligence humaine au profits de progrès qui ensemble constitueront un Progrès pour l’Homme. Je pleure un temps où le mot de réforme était beau et recouvrait des modifications de l’ordre des choses au profit des citoyennes et des citoyens, je le pleure quand j’observe qu’il ne sert plus aujourd’hui qu’à désigner des régressions de droits, des abandons de conquêtes dénoncées comme d’illégitimes avantage acquis. Vive le réformisme, à bas le « régressisme » !

Les choses se mettent en place, il leur manque pourtant l’essentiel, la générosité et l’espoir. Alors, je n’ai pas faim. Mon anorexie ne sera pas véhémente, agressive, dénonciatrice, que chacun fasse ce qu’il a à faire, trace le sillon de ses ambitions personnelles, elles ne sont pas condamnables par principe. Cependant, je n’ai pas d’élan pour les suivre, rien ne m’attire vraiment, je n’ai pas envie. Oh, je finirai bien par me résoudre à faire un choix, un petit choix d’un petit appétit. À moins qu’un jour – mais ça ne peut plus attendre – quelqu’une ou quelqu’un, une vision et une passion, réveillent mon appétit, excitent le désir, me donnent envie d’avoir envie…..

Axel Kahn, le six décembre 2016

 

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6 thoughts on “LE QUINQUENNAT DE FRANÇOIS HOLLANDE : BILAN SUBJECTIF

  1. Votre analyse sur l’Ukraine et l’attitude contre-productive de la diplomatie française me semble très juste et très pertinente. De toute façon Hollande s’est systématiquement aligné sur Obama et Merkel, rendant ainsi la voix de la France totalement inaudible.

    En ce qui concerne la politique intérieure, outre les erreurs économiques en début de quinquennat, nommer Duflot au logement était une faute motivée par des raisons bassement politiciennes. Nommer Taubira au ministère de la justice était tout aussi irresponsable car elle a suspendu la construction de nouvelles prisons, alors qu’en 2012 les prisons françaises étaient déjà les plus surpeuplées d’Europe. Cinq ans plus tard la situation s’est donc aggravée et, en plus d’être humainement indignes, nos prisons sont plus que jamais des foyers de radicalisation islamiste. Des vraies bombes à retardement.

    Que ce soit en matière d’économie, de justice ou d’éducation, le bilan de ce quinquennat est extrêmement négatif et me conforte dans l’idée qu’en France il n’existe pas de véritable gauche de gouvernement.

  2. Un grand réformateur ? Mais comment peut on écrire cela ? Ce n’est pas un « bilan subjectif » que vous écrivez, c’est un bilan vu par un aveugle. Ce paragraphe me fait penser à cette phrase de Tolstoï :
    “The most difficult subjects can be explained to the most slow-witted man if he has not formed any idea of them already; but the simplest thing cannot be made clear to the most intelligent man if he is firmly persuaded that he knows already, without a shadow of a doubt, what is laid before him.”

    • Ce bilan est tout sauf un panégyrique, il est globalement impitoyable. Cependant, comparé aux mandats de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy marqués par très peu de réformes majeures exceptés l’autonomie des universités et le quinquennat (funeste !), je persiste et signe. La profonde réorganisation territoriale, qu’on l’approuve ou non (mais cela est vrai de toutes les réformes) et la modification du périmètre du mariage civil, en particulier, laisseront une trace définitive dans notre pays. Je suis sévère, très sévère, j’aspire à être juste.

      • A moins, monsieur Moos on que les réformes que vous appelez de vos vœux et considérez seules dignes d’être prises en compte soient les ajustements aux règles de l’économie libérale néoclassiques, ce qui conduit les peuples qui les appréhendent plutôt comme des régression à manifester leur exaspération, en GB, Italie, Bulgarie, Moldavie, États-Unis, etc. Alors là, notre différent vient de ce que nous ne parlons pas de la même chose.

  3. A mon avis, les deux principaux points positifs qui resteront de ce quinquennat sont la COP 21 et l’intervention Serval au Mali. Mais sur ce dernier point ce qui m’a beaucoup frappé c’est l’absence totale de solidarité européenne (comme en Centrafrique) avec la France. Monsieur Kahn, ne pensez-vous pas que Hollande aurait dû taper du poing sur la table pour obtenir une aide militaire et/ou financière des européens, qui sont tout autant que nous concernés par ce qui se passe en Afrique ? N’est-ce pas ce que l’on attend d’un président français ?

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