La commune définit, selon l’étymologie, l’ensemble des habitants qui partagent des communs. Jadis, c’était les prés, les canaux d’irrigations et autres dispositifs utilisés en indivision par les membres des communes. Avec le déclin des communs dès la fin du XVIIIe siècle, ce sont les lieux partagés qui ont justifié seuls l’appellation de communes : mairies, églises, écoles, commerces, dont les bistrots, services publics, salles communautaires. Peu à peu, tout à disparu, les églises ont cessé d’avoir un curé titulaire et d’être très fréquentées, les messes n’y ont plus été célébrées. Les bistrots ont souvent été les derniers commerces à disparaitre et il en existe aujourd’hui cinq à six fois moins qu’en 1960. Dans le même temps, la consommation d’alcool pur par Français est passée de 26 à 11, 6 litres, le déclin portant avant tout sur le vin.
Dans le souci louable de contribuer à la revitalisation des bourgs ruraux, le Premier ministre a annoncé aux premiers jours du salon de l’agriculture que l’État distribuerait 10.000 licences IV à des débits de boisson. La licence IV, ou grande licence, est requise pour vendre des alcools distillés à consommer sur place en dehors des repas. Le verre de rhum ou autre eau-de-vie. Cette mesure est inepte et scandaleuse.
D’abord car elle sera bien incapable d’aboutir au but recherché, recréer un lieu de convivialité au village. J’ai inlassablement parcouru la France à pied, depuis des décennies. Sur 4000 kilomètres en 2013 et 2014. J’ai décrit plusieurs exemples de « renaissance » de communes, jamais, vraiment jamais un débit d’alcool n’en a été la cause, voire un moyen déterminant. Ici, c’est le sauvetage de l’école qui a provoqué cette revitalisation, là l’aide par la communauté de communes à l’installation de magasins plus ou moins communautaires, avec dépôts de journaux et de pain, de restaurants possédant des licences III (vin, bières…), voir seulement II (boissons non alcoolisées). Là des animations fréquentes dans une salle communale, une médiathèque même rudimentaire…
Il n’est aucune activité qui soit vraiment stimulée par l’ouverture de bars disposant de grandes licences et qui ne le pourrait sans cela, excepté la consommation d’alcool.
Or, compte tenu des méfaits persistants de l’alcool, en particulier chez les jeunes, la mesure projetée apparait inconsciente. Ou pire, suggérer une écoute coupable des pressions du milieu alcoolier. Dans le monde entier, une corrélation existe entre le nombre de débits d’alcool et la consommation globale. Certes, l’alcoolisme solitaire domestique est fréquent, de même que les ivresses expresses des réunions plus ou moins festives de jeunes. Cependant, dans le contexte du village isolé, le bistrot est le lieu privilégié de l’entrainement à la consommation : « c’est ma tournée, la tienne, celle de Léon du patron… »
La Ligue, fidèle à ses combats, mettra tout en œuvre pour convaincre les autorités qu’elles font fausse route. Chacun dans les comités peut contribuer à aider nos dirigeants à retourner à la raison.
Axel Kahn, Président de La Ligue, le 4 mars 2020
Heureux convives
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On s’est pris l’apéro, bien contents de se voir,
Parlant de poésie et de vie quotidienne.
Puis on s’est déplacés, avant que la nuit vienne,
Traversant le jardin du Luxembourg, le soir.
Dans une brasserie, on est allés s’asseoir
Pour savourer des plats de cuisine à l’ancienne,
Buvant de petits vins faits pour qu’on s’en souvienne.
On en est repartis avant qu’il ne fît noir.
Au retour, on longea le jardin endormi,
Déjà le boulevard ne vivait qu’à demi ;
On atteignit la gare à vingt-deux heures trente.
J’ai voulu raconter ces modestes plaisirs :
Je sais qu’en cette vie, nos meilleurs souvenirs
Sont ainsi, fugitifs, telle une brume errante.